Sunday 21. April 2019
#210 -Décembre 2017

Après Rome, poursuivre le dialogue

Les récentes journées pour « re-penser l’Europe » tenues au Vatican sont un encouragement à poursuivre le dialogue sur le terrain mais aussi entre l’Est et l’Ouest de notre continent, selon Enrico Letta, Président de l’Institut Jacques Delors.

Si tous les chemins mènent à Rome, où nous conduit la route du retour ? Nous étions 350 de toute l’Union européenne fin octobre dernier, évêques, élus, chercheurs, responsables associatifs, à nous retrouver au Vatican, à l’invitation du Saint-Siège et de la COMECE, pour dialoguer sur l’Europe qui nous est chère et la quête d’unité qui nous anime.

 

De ces deux journées, conclues par les paroles fortes du pape François, je retiens d’abord tout simplement qu’elles aient eu lieu. Un petit miracle, si j’ose. Sur un continent à la sécularisation avancée, attaché – avec raison – à séparer la politique du religieux et à peine sorti d’une crise existentielle sur son projet d’union, rien n’était moins évident. D’autant qu’un nombre non négligeable de catholiques ont pris leurs distances politiques avec un projet européen jugé, selon eux, trop éloigné désormais du christianisme. Le Saint-Siège, à la visée par définition universelle, aurait pu considérer que les contributions chrétiennes au projet européen – thème de ces journées – n’étaient pas prioritaires et seraient vaines dans un monde, et une Eglise, de moins en moins euro-centrés.

 

Il faut donc accueillir ces journées comme un encouragement. Celui d’un pape, non-européen, qui a prononcé, à cette occasion, son cinquième discours sur l’Europe (après deux au Parlement européen et au Conseil de l'Europe à Strasbourg, un 3e lors de la réception du prix Charlemagne et un 4e lors des 60 ans du Traité de Rome). L’encouragement aussi que procurent tous ces visages, croisés durant ces deux journées, certains investis de longue date dans les milieux bruxellois, d’autres fraîchement venus. On repart de Rome avec l’assurance d’être moins seul comme chrétien à s’intéresser encore à l’Europe.

 

Participer aux débats en cours

Ces journées ne doivent pas laisser que de beaux souvenirs et de belles paroles. Elles marquent un point de départ. Celui du dialogue justement qui mérite d’être prolongé. Où cela ? Inutile d’inventer de nouveaux rendez-vous de toute pièce au risque de tomber dans un confortable entre-soi. Les chrétiens ne doivent pas faire bande à part mais, quel que soit leur état, participer aux débats en cours, écouter, prendre la parole. Il existe déjà tant de mouvements, de « maisons de l’Europe » et autres lieux dans la société civile, qui ont besoin de forces nouvelles. Si des « conventions démocratiques », ou autres formes de dialogue citoyen, voient le jour l’an prochain, les chrétiens y ont leur place. 

 

En sens inverse, ils peuvent aussi ouvrir leurs divers lieux et institutions à des thématiques et initiatives européennes. Les Semaines sociales de France, que j’ai eu l’honneur d’ouvrir, viennent d’en offrir un exemple réussi, dédiant cette année ce grand rendez-vous du catholicisme social à l’Europe. Taizé organise chaque fin d’année un temps fort pour les jeunes dans une ville du continent, comme prochainement à Bâle. Mais cela peut se réaliser à moindre échelle, dans un diocèse, une paroisse, une école. Au moment de préparer l’agenda 2018, il convient partout de se demander : « Qu’avons-nous prévu sur l’Europe cette année ?»

 

Dialogue Est-Ouest

Ces multiples échanges sur le terrain ne doivent pas empêcher la poursuite d’un dialogue qui a commencé à Rome mais mériterait assurément d’être approfondi, celui entre l’Est et l’Ouest de notre continent. De mêmes références catholiques, nous tirons des conclusions parfois trop éloignées les unes des autres. Il ne faut pas en rester au constat d’un écart, au regret de divergences, au renoncement à l’unité. Les chrétiens trouvent ici une vocation de pont pour que les Occidentaux et les pays d’Europe centrale et orientale apprennent à mieux se connaître, à se comprendre. Dans les deux sens. Rendons-nous visite mutuellement autant que possible. Passons du temps ensemble. Ce serait un grand service pour l’Europe et il devient urgent de lui rendre.

 

 

Enrico Letta

Président de l’Institut Jacques Delors

 

 

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