Dienstag 26. September 2017

Comment se réapproprier le projet d’Europe unie

L’heure est à la relance de la construction européenne, sous impulsion franco-allemande. Mais pour qu’elle soit solide et durable, cette relance ne peut faire l’économie d’une réappropriation du projet par les Européens eux-mêmes. Quelques conditions pour y parvenir.

 

Elan vers un renouveau - Brexit, Trump & Macron

Dans la crise existentielle que traverse le projet d’Europe unie, 2017 s’annonce déjà comme l’année d’un tournant. Un nouveau départ se dessine. Sous l’effet de trois forces politiques. Les deux premières sont externes: le vote pour le Brexit et l’élection de Donald Trump, survenus en 2016. Ces choix poussent l’Union européenne à réagir. Le désordre politique outre-Manche ainsi que les incertitudes économiques et juridiques, qu’a soulevé le référendum britannique en faveur d’une sortie de l’UE, découragent les continentaux, un an plus tard, de tenter une semblable aventure. Au contraire, le Brexit a fait prendre conscience de l’importance d’appartenir à l’Union. Il en valorise les acquis.

 

Parallèlement, la présidence Trump, marquée par l’imprévisibilité politique et une préférence affirmée pour l’unilatéralisme, conduit l’UE à compter davantage sur elle-même. Comme l’a reconnu Angela Merkel en juin dernier, «il faut que les Européens prennent leur destin en main». La sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat et les menaces protectionnistes de Donald Trump invitent les Européens a contrario à s’affirmer plus encore dans la lutte contre le réchauffement et à rappeler leur attachement à l’ouverture des échanges commerciaux comme aux cadres multilatéraux.

 

Mais l’actuelle relance du projet européen ne se fait pas uniquement sous les feux du Brexit et de Trump. Ceux-ci ont favorisé en réaction l’élection, le 7 mai dernier en France, d’Emmanuel Macron, l’autre force politique derrière le regain d’intérêt pour l’Europe. La nette victoire du candidat le plus fièrement européen contre celle la plus virulente envers l’UE, Marine Le Pen, a donné une nouvelle légitimité à la poursuite de l’intégration. Les élections fédérales allemandes du 24 septembre devraient consolider cet élan, en débouchant sur une affirmation nouvelle du couple franco-allemand, qui que soit le vainqueur à Berlin. Une grande initiative est attendue de la part de ce moteur traditionnel de la construction européenne, qui reste incontournable.

 

Mais une impulsion franco-allemande, même initiée au plus haut niveau et couvrant des sujets aussi essentiels que l’Europe de la défense et l’intégration de la zone euro, ne saurait suffire à remettre sur les rails un projet européen, qui accuse un profond déficit d’appartenance. L’Union européenne pourra déployer toute son utilité et se révéler un acteur incontournable sur la scène internationale, mais elle ne peut faire l’économie d’une réappropriation de son projet par les Européens eux-mêmes.

 

Autres conditions requises pour réussir - S'attaquer à l'exclusion sociale, respecter la diversité nationale et développer une vision

Pour cela, la première condition est que la relance du projet soit inclusive. La présidentielle française comme le vote sur le Brexit et d’autres scrutins en Europe ont montré le décrochage installé dans de nombreux pays entre gagnants et perdants de la mondialisation. L’Union européenne tend à n’être associée que du côté des gagnants.

 

Ce clivage n’est pas seulement social ou générationnel, il est avant tout territorial, entre agglomérations urbaines connectées ouvertes et multiculturelles et zones rurales ou anciennement industrielles qui se considèrent abandonnées. Institutions européennes et gouvernements nationaux doivent de concert ouvrir à ces territoires de nouveaux horizons. L’urgence est à la traduction concrète de cette Europe solidaire de ses populations les moins formées. Le fonds européen bien nommé «d’ajustement à la mondialisation» et les politiques dites «de cohésion» en sont les outils les plus accessibles à développer.

 

L’autre condition de réappropriation du projet européen par les opinions publiques est de valoriser l’articulation de ce projet avec les nations. L’extrême-droite oppose sans cesse les deux. Or l’unité européenne se construit dans la diversité des nations, pour paraphraser la devise de l’UE. Vaclav Havel le déclarait en 2009 au Parlement européen: «Ce n’est pas parce que je me sens Européen que je cesse d’être Tchèque. Au contraire, en tant que Tchèque, je suis aussi un Européen. Et l’Europe est la patrie de toutes nos patries.» Autrement dit, nul n’est citoyen européen ex nihilo, mais à partir de sa nationalité propre.

 

On peut préférer naturellement ce qui provient de son pays -ou de sa région- d’origine, sans être taxé de nationaliste. Mais l’amour de sa patrie n’interdit pas d’en savoir dépasser les intérêts égoïstes et de rechercher, selon la visée des pères fondateurs de la construction européenne, une «fusion des intérêts» sur plusieurs sujets. Un Etat ne vient pas seulement prendre à l’Europe, il vient aussi lui donner. C’est un équilibre qui a été trop perdu de vue.

 

Troisième condition, et non des moindres, redonner un nouveau sens au projet d’Europe unie. On le sait, le sens originel d’une Europe pour la paix s’est érodé au fil des générations. La paix entre nations européennes est considérée comme allant de soi dorénavant. Il ne faut toutefois pas sous-estimer le poids des préjugés nationaux et le patient travail de réconciliation entre les peuples toujours à poursuivre afin que s’installe un meilleur climat de confiance indispensable à la mise en commun de nos moyens. Mais, au-delà de cette paix intérieure toujours à consolider, l’Europe peut ancrer sa relance à un nouveau motif de fond: celui de servir de référence dans le monde. Le pape François l’y a invité dans son discours devant le Parlement européen, appelant l’Europe à servir de «référence pour l’humanité».

 

Dans un monde plus incertain, où se rebâtissent des zones d’influence sous l’emprise des rapports de force, l’Europe doit témoigner de ses préférences collectives pour l’Etat de droit, l’ouverture, l’économie sociale de marché et la protection de l’environnement. Cette énumération est à approfondir et affiner mais elle indique comment aujourd’hui, sans arrogance, faire l’Europe pour le monde.

 

Le rôle des chrétiens pour remodeler l'Europe

Sur toutes ces questions, les «conventions démocratiques» qu’ambitionne de lancer le président Macron en Europe à la fin de cette année pourraient servir de temps fort à la réappropriation du projet européen. Celle-ci exige aussi le précieux concours des chrétiens, qui ont tant porté l’idéal européen dans ses débuts. Le «Dialogue de Rome» qu’accueillera le Vatican à la fin du mois prochain offre à cet égard une opportunité à saisir.

 

Sébastien Maillard

Directeur de l’Institut Jacques Delors

 

Les opinions exprimées dans europeinfos sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la COMECE et du Jesuit European Social Centre.

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Agenda

> 17 juillet
Présentation par la Commission Européenne de son examen annuel des développements en matière de questions sociales et d'emploi en Europe. L’édition 2017 se concentrera sur la question de l’égalité intergénérationnelle.
 
> 24 juillet
Réunion du Conseil pour les affaires économiques et financière (ECOFIN) qui rassemblera les ministres des affaires économiques et des finances des Etats membres de l’UE. Les politiques économiques de l’UE, la taxation et la réglementation des services financiers seront les principales questions à l’ordre du jour.
 
> 17-18 juillet
Réunion du Conseil pour l’agriculture et la pêche à Bruxelles. Les ministres européens en charge de la pêche et de l’agriculture y discuteront des questions relatives à leurs domaines de compétence et notamment de la sécurité alimentaire, de la santé et du bien-être animal mais aussi de la santé végétale.
 
> 31 juillet – 11 août
Fermeture annuelle du siège de la COMECE à Bruxelles.
 
> 28 – 31 août
Réunion des commissions du Parlement Européen afin de préparer le travail législatif en vue de la session plénière du Parlement.

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