Friday 10. July 2020
#189 - Janvier 2016

COP 21 – la route est longue de l'enthousiasme à la mise en œuvre

L'accord conclu à la COP 21 de Paris le 12 décembre dernier a été accueilli avec enthousiasme et généralement reconnu comme positif, voire même comme très positif. José Ignacio García nous en livre une première analyse.

Conférence des Nations unies sur les changements climatiques - COP21 (Paris, Le Bourget)

Après plusieurs années de ce que l'on a appelé "l'impasse climatique", la conclusion d'un accord est un signal très positif. Alors que nous avons sous les yeux le spectacle d'un monde bouleversé par les conflits et que nous n'observons aucun progrès réel en direction d'une gouvernance mondiale que beaucoup jugent nécessaire, nous devons reconnaître qu'un accord conclu à l'unanimité par 195 pays sur un sujet aussi sensible que les impacts climatiques est effectivement une avancée très positive. Nous connaissons déjà ce que veut dire l'absence d'accord : aucun moyen d'élaborer des politiques efficaces, une incapacité à générer les fonds nécessaires, un chaos croissant, de l'incertitude et, en fin de compte, la mainmise des plus puissants. Ce genre de situation n'est jamais à l'avantage des plus vulnérables. Un accord tel que celui-ci, avec toutes ses imperfections, nous rappelle la supériorité morale du consensus et l'importance des processus qui lui donnent naissance.

 

La limite à laquelle on aspire en matière de réchauffement climatique se situe au-dessous de 1,5°C et certainement au-dessous de 2°C. C'est ce que dit fondamentalement l'accord, à savoir que nous avons déjà atteint la limite du tolérable. En fixant la limite à 2°C et en indiquant clairement le seuil souhaitable de 1,5°C, l'accord reconnaît que la seule voie de sécurité possible pour la planète est la réduction totale des émissions de gaz à effet de serre. Ceci veut dire qu'il faut se diriger vers un monde où les combustibles fossiles ne feront plus partie de notre bouquet énergétique. Peut-être y arriverons-nous, ou peut-être pas, mais il semble que tout soit possible si nous faisons preuve de plus de patience que ce que nous croyons actuellement possible de rassembler. Au moins, nous savons maintenant où sont les limites.

 

Des responsabilités communes mais différenciées

La reconnaissance politique des différentes responsabilités ne peut plus être entendue comme une exemption de ces responsabilités. Et nous parlons de responsabilités à de nombreux niveaux différents : national, régional mais aussi local. L'accord de Paris est un accord à double et même triple vitesse, que ce soit en ce qui concerne la proposition des objectifs ou en ce qui concerne leur suivi. Ce ne sera pas facile : étant donné que les prix du pétrole sont au-dessous de la barre des 50 dollars, il faudra un grand courage politique pour promouvoir la quantité nécessaire d'énergies renouvelables et c'est là quelque chose que les pays producteurs de pétrole savent bien. C'est aussi le cas, de façon similaire, pour les pays qui dépensent des millions à subventionner la production inefficace de charbon. La transition énergétique nécessitera des gouvernements très courageux et il est certain que chacun aura une responsabilité propre, même si elle diffère de celle d'autrui.

 

Un accord de ce type est naturellement très fragile, non seulement en raison des échecs internes (l'établissement d'objectifs très faibles, le manque de mécanismes de suivi homogènes ou simplement l'incapacité d'un Etat à atteindre les objectifs) mais aussi parce que d'autres accords internationaux (en matière de commerce, de biodiversité ou de brevets) peuvent limiter ou réduire l'ambition de cet accord, voire même lui enlever toute pertinence. C'est un élément de gouvernance mondiale qui a besoin d'être intégré dans un cadre cohérent de relations internationales. Seule cette cohérence permettra aux parties de mettre en œuvre l'accord avec l'ambition requise.

 

Transparence et suivi

Il ne suffit pas d'établir un Fonds. Il ne suffit même pas de respecter les engagements financiers. Il doit y avoir un système garantissant la transparence dans l'utilisation des fonds. Il est également essentiel que ces fonds aient un impact positif sur la vie des communautés, en particulier des plus vulnérables. Nous ne pouvons pas permettre que ces ressources servent à établir de vastes infrastructures qui ne profiteraient qu'aux entreprises occidentales du secteur de la construction, ou même pis, qu'elles servent à maintenir au pouvoir des dictateurs cruels. Le Fonds Vert pour le climat ne peut être un mécanisme qui perpétue les situations de pauvreté, il doit être un vecteur de transformation sociale et environnementale. Pour effectuer le suivi de tous ces processus, nous avons besoin d'une société civile forte et soudée, qui puisse se charger du suivi nécessaire.

 

A l'issue de ces deux semaines de négociations, la question qui reste en suspens est de savoir si tout ceci était bien nécessaire. Par "tout ceci" nous entendons une conférence coûteuse et stressante réunissant des milliers de personnes et ressemblant parfois davantage à un spectacle qu'à une rencontre politique. Il s'agit de savoir si nous pourrions mettre au point un mécanisme plus harmonieux, dynamique et efficace permettant de résoudre les problèmes sans passer par toute la dramatisation et l'intensité de ces journées de Paris. Cette catharsis était peut-être nécessaire ; le sentiment d'être au bord du gouffre est ce qui nous force à réagir et à changer d'orientation. Mais une purification de ce type, qui est un leitmotiv du théâtre grec, ne sera une réussite que si elle change quelque chose dans la vie de ceux qui se trouvent déjà au bord du gouffre de la pauvreté, de l'exclusion et de la vulnérabilité.    

José Ignacio García

 JESC

 

Version originale de l’article : anglais

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