Monday 22. July 2019
#210 -Décembre 2017

Créer une famille de peuples – L'Eglise et l'Europe

L'Eglise peut nous aider à comprendre comment renouveler l'Europe en tant que communauté de peuples, explique Mgr. Jean Kockerols lors d'une conférence donnée à la Chapelle pour l'Europe et adaptée dans cet article.

Si l'on en revient à l'essentiel, on ne doit jamais oublier que l'Union européenne n’est pas qu’une énorme structure institutionnelle. Elle était avant tout destinée à être une communauté. Dans l'allocution prononcée par le pape François lors de la conférence (Re)thinking Europe", celui-ci nous a rappelé que l'Union européenne s’était d’abord appelée "Communauté européenne". Ce terme, qui implique un projet ambitieux, est plus fort que le terme "Union". Bien sûr, l'Union européenne est une communauté de nations, mais il s'agit essentiellement d'êtres humains qui sont appelés à oeuvrer pour le bien commun.

 

L'Eglise et le projet européen

 

Pourquoi est-il plutôt naturel que les chrétiens (et l'Eglise) soutiennent le projet européen et participent à sa vie et à son développement ?

 

La foi chrétienne, incarnée dans la foi d'Israël, accorde une grande importance à "l'histoire" et à la "mémoire". Pour que l'Eglise puisse comprendre sa propre identité et sa propre mission, elle doit se souvenir de ses origines, de sa source. L'Europe ne peut être considérée comme une Union que si les Européens savent d'où ils viennent et les raisons pour lesquelles des nations se sont réunies il y a 60 ans. Je regrette que dans de nombreux pays, et aussi au niveau des Eglises locales, il manque ce sens de l'histoire et de la mémoire.

 

La foi chrétienne a introduit une religion de la paix et de la réconciliation. C'est pourquoi les Eglises ne peuvent qu'encourager le projet qui a démarré juste après la seconde guerre mondiale. L'établissement de la paix reste en tout cas aujourd'hui une mission et une tâche pour chacun d'entre nous.

 

S'écouter mutuellement, respecter autrui dans sa différence, essayer de construire l'unité ou mieux recevoir notre unité par l'intermédiaire de l’Esprit : c’est aussi cela le message fondamental de la vie chrétienne. Ceci reflète la catholicité de l'Eglise – l'un de ses fondements, faute de quoi elle ne serait pas fidèle à l'Evangile. Les chrétiens savent parfaitement que "l'unité dans la diversité" est un énorme défi. Ils peuvent aussi donner un avant-goût de ce que signifie transcender certaines frontières, de construire des ponts et non des murs.

 

Dans leur vie quotidienne, les chrétiens ne sont pas seulement nourris par leur foi mais aussi par leur espérance. Cette dimension manque si souvent à notre continent. Nous pourrions parfois dire que les Européens souffrent de morosité. Repenser l'Europe aujourd'hui nécessite une grande espérance ainsi que beaucoup de courage et de confiance, des qualités que les chrétiens peuvent apporter. En effet, les chrétiens doivent partager ce don de l’Esprit.

 

Quels éclairages peut apporter l'Eglise sur la crise à laquelle est confrontée l'Europe ?

 

Dans l'un de ses discours, le pape François parle de l'Europe comme d'une "grand-mère" : vieille, fatiguée, ayant abandonné ses ambitions, essoufflée. Cette comparaison est intéressante. Cependant, même après 60 ans, l'Union européenne ressemble à mon avis davantage à un adolescent qui découvre la liberté : ce que signifie le fait d'être libre. Comme un adolescent, l'Union européenne doit apprendre ce qu'implique la liberté, en faisant l'expérience de succès et d'échecs. Elle doit trouver le moyen de vivre avec tout cela, pour elle-même et pour les autres. Il est clair que cela nécessite un sens des responsabilités. Envers elle-même et envers les autres. Dans la plupart des pays de l'Union européenne, les citoyens ont été libérés et jouissent toujours d'une très grande liberté. L'Eglise doit les aider à comprendre la responsabilité à l'égard du monde entier que comporte cette liberté.

 

Un adolescent est tenaillé par un grand nombre de peurs. Il est souvent anxieux et plein d'hésitations. Exactement comme presque tous les Européens à l'heure actuelle. Ceux-ci ont peur, ou en tout cas ils sont anxieux. Ils ont beaucoup d'appréhensions au niveau politique, économique ou écologique. La plupart d'entre eux considèrent que "Bruxelles" est tellement loin des citoyens. Mais l'Eglise doit les aider à avoir confiance et à ne pas se servir de leurs peurs comme d’un outil de justification facile, qui manque d'ambition. Le pape François nous appelle à aller plus loin que nos premières impressions et à ne pas avoir peur.

 

Pour un adolescent comme pour les européens d’aujourd’hui, la recherche d'identité et d'appartenance à l'une ou l'autre communauté est un défi essentiel. Sommes-nous catalans? ou espagnols? ou européens? Nous avons des identités multiples. On peut en comprendre les conséquences de nombreuses manières fort différentes.

 

L'Eglise doit nous aider à découvrir qu'il s'agit d'une chance. Pour notre avenir, la citoyenneté européenne n'est pas un détail. Cette citoyenneté nous aide à embrasser notre destinée commune, sans mettre de côté nos autres identités.

 

 

Mgr. Jean Kockerols

Evêque auxiliaire de Malines-Bruxelles, Vice-Président de la COMECE

 

 

Version originale de l’article : anglais

 

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