Thursday 27. February 2020
#200 - janvier 2017

Crise des réfugiés : combattre la polarisation et l’instrumentalisation

Cette année, la rencontre de l’UE avec les hauts dignitaires religieux était consacrée au thème « Migrations, intégration et valeurs européennes : des paroles aux actes». Mgr Jean Kockerols présente les convictions de l’Eglise catholique sur la question.

En tant que représentant de la COMECE, regroupant les évêques catholiques des pays membres de l’Union, j’aimerais partager, à propos de la crise des réfugiés, quelques inquiétudes, quelques faits et quelques convictions.

 

Des inquiétudes : cette crise a mis à mal l’unité de vue dans l’Union, mais aussi, il ne faut pas le cacher, au sein même des Eglises en Europe. Malgré les appels incessants du pape François, les replis sur soi et le peu de courage de certains gouvernements influencent les réactions de certaines Eglise locales. Par ailleurs, la crise met les communautés chrétiennes au défi de se situer, aussi bien en tant que citoyens, qu’en tant que croyants, notamment face à des regroupements de personnes de confession musulmane. Mais l’Eglise s’engage à lutter contre la méconnaissance de l’autre et les peurs diffuses qu’elle entraine. Le principe même de catholicité invite à combattre la polarisation et l’instrumentalisation de ces questions. L’Eglise se refuse à miser sur une radicalisation des points de vue. Mais elle est inquiète de certaines politiques publiques qui sont, au-delà des inquiétudes parfois légitimes, de graves menaces pour l’Etat de droit.

 

Des faits : en écho à l’appel du pape, les Eglises locales ont accompli et continuent d’accomplir de très importants efforts dans le cadre de cette crise. Non seulement pour le premier accueil des réfugiés, mais pour la promotion d’une bonne intégration, ce qui représente un processus à long terme. Les structures de Caritas de chaque pays, et donc aussi en Belgique, aident à aller bien au-delà de l’émotion passagère. Nous travaillons sur le long terme : ici, mais aussi dans les pays dont les réfugiés sont originaires. C’est là d’abord qu’il faut répondre durablement aux injustices et aux violences.

 

Des convictions : la migration et la réalité qui va de pair, à savoir l’hospitalité, font partie du socle de la religion chrétienne. Le Père des croyants, Abraham, était un migrant. La Sainte Famille s’est réfugiée en Egypte. Le Verbe de Dieu est « venu parmi les siens » (mais ceux-ci ne l’ont pas reconnu). Bref, pas plus que les instances de l’Union, l’Eglise catholique ne peut aborder la question des migrants comme un « problème », comme une question purement de conjoncture. L’Eglise aborde ce défi en le mettant en perspective avec les autres réalités qui lui sont essentielles : la dignité de toute personne humaine et l’engagement nécessaire au service du prochain en souffrance, dans lequel le chrétien reconnaît le visage du Christ. L’Eglise ne peut donc s’empêcher de rappeler à temps et à contretemps que chaque réfugié a droit à un traitement équitable et humain. « La question d’une solution commune à la crise des réfugiés est une question qui touche directement aux valeurs et à l’avenir de l’Europe ». L’Eglise, en dialogue avec les instances de l’Union, s’y engage à fond. Car, faut-il le rappeler, « les migrants, ce n’est pas de la morue » (Luuk Van Middelaar).

 

+ Jean Kockerols

Premier Vice-président de la COMECE

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