Monday 25. May 2020

Des pistes pour lutter contre la pauvreté en Europe

Pour développer des politiques efficaces de lutte contre la pauvreté, il faut inclure les personnes vivant la pauvreté et l’exclusion à la réflexion et dialoguer avec elles dans la durée, selon Bert Luyts, délégué d’ATD Quart Monde à l’UE.

L'UE s’était engagée à réduire le nombre de personnes pauvres de 20 millions d’ici 2020. Où en est-on aujourd’hui ? 

 

Les données statistiques sur l’évolution de la pauvreté en Europe ne sont pas réjouissantes : Après une augmentation du taux de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale pendant plusieurs années, en 2015 l’UE a pu enregistrer une baisse vers le niveau de 2008. Au total 119 millions de personnes en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, c’est toujours près d’un quart de la population. Le timide renversement de tendance, loin de nous rassurer, devrait nous encourager à agir contre la pauvreté avec plus de conviction. D’autant plus que la pauvreté devient plus persistante et plus sévère, notamment pour les jeunes (moins de 25 ans).

 

Bien sûr, avec des chiffres seulement, il n’est pas possible de bien comprendre toute l’ampleur et la profondeur de la pauvreté. Ce que vivent et pensent les personnes reste encore méconnu.

 

Comment se fait-il qu’un quart des européens soient en risque de pauvreté alors que les pays européens disposent des systèmes sociaux les plus avancés au monde?

 

Peut-être parce que même le meilleur système repose sur l’action et l’interaction de personnes. Le manque de confiance entre des groupes de la population, l’incompréhension réciproque, les préjugés sont des obstacles sous-estimés. La cohésion sociale n’est pas uniquement un objectif secondaire, elle est fondamentale. Par exemple, quand une personne vivant en caravane, sur un terrain situé à la frontière de deux communes, n’obtient pas l’enregistrement de son domicile ni dans l’une ni dans l’autre commune, cela ne s’explique pas seulement par des lacunes dans les règlements. Un autre problème est la discrimination, le plus souvent indirecte : les procédures difficiles et dissuasives qui ont pour effet des taux de non-accès élevés à des aides et des allocations.

 

Le fait d’avoir un travail préserve-t-il de la pauvreté ?

 

Oui et non. Et ce n’est pas seulement le montant du salaire qui compte : si un emploi est de bonne qualité, il offre aussi l’inclusion dans un régime de protection sociale et un enrichissement du réseau social du travailleur. Mais il y a aussi des emplois qui appauvrissent : dans le secteur du travail au noir ou dans des sous-statuts, à temps très partiel, à l’appel, des tâches très solitaires à des horaires atypiques, ou dans une ambiance de compétition et de suspicion.

 

L’aspiration à travailler, à être utile aux autres, est bien plus forte que l’on ne pense. Bien des personnes privées d’emploi depuis longtemps ont perdu espoir de retrouver un emploi, mais très rares sont celles qui se plaisent dans cette situation.

 

L’Union européenne va avoir un rôle important dans la transition vers une économie « zéro carbone », cela va créer de nouvelles activités, de nouveaux emplois. Ne pourrait-on pas faire l’effort de penser ces activités et ces emplois d’emblée accessibles aux personnes au chômage de longue durée et surtout aux jeunes qui se trouvent dans les plus grandes précarités ?

 

Que peux faire l’UE pour les personnes les plus démunies ?

 

En matière des politique sociales, c’est limité : les pays ont voulu rester au gouvernail dans ce domaine. Pour des mesures qui touchent à l’emploi, l’UE a davantage de pouvoir. Cependant nous voyons que des recommandations, qui ne sont pas contraignantes, peuvent être suivies dans la plupart des pays. C’est le cas, par exemple, de la recommandation « Garantie pour la jeunesse ». Bien sûr, le soutien financier des fonds structurels européens aux initiatives des pays membres a aussi donné un coup de pouce.

 

En 2014, ATD Quart Monde a organisé une Université populaire européenne, en partenariat avec l’Intergroupe « Extrême pauvreté et droits de l’homme » du Parlement européen. Ce travail, entre personnes en situation de pauvreté, personnes liées à des ONG et personnes liées aux institutions européennes, a abouti à 14 propositions pour l’Europe, dans une dizaine de domaines différents.

 

Vous y verrez que les attentes sont grandes, elles dépassent sans doute les marges de manœuvre des Traités actuels, mais notre expérience est que, souvent, si on prend vraiment en compte ce que vivent et pensent les personnes en situation de pauvreté, inévitablement cela conduit à toucher au cadre existant. Le 20 décembre, au Comité économique et social européen, nous allons approfondir nos propositions sur la garantie d’un revenu minimum décent et le droit à une existence légale sur le territoire.

 

Propos recueillis par Johanna Touzel

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