Saturday 25. May 2019

"Disparition" d'enfants réfugiés non accompagnés en Europe

Des milliers de mineurs réfugiés non accompagnés disparaissent des centres d'accueil en Europe et les autorités nationales ne savent pas où ils sont.

Les mineurs "disparus" font partie des plus de 69.000 enfants non accompagnés qui ont demandé asile dans l'Union européenne en 2015, selon les données d'Eurostat. D'autres ont été séparés en route de leur famille, en se rendant dans le pays de destination. Malgré les informations fragmentaires dont on dispose à ce sujet, des rapports montrent que des enfants réfugiés, placés dans des foyers d'accueil par les autorités nationales en Europe, disparaissent depuis des années.

 

Une étude publiée en 2009 par Terre des Hommes indiquait déjà que "près de la moitié des enfants migrants non accompagnés disparaissent tous les ans des centres d'accueil en Belgique, en France, en Espagne et en Suisse, surtout dans les premières 48 heures qui suivent leur admission dans le centre". Plus récemment, en février 2016, EUROPOL a signalé qu'au cours des deux dernières années, plus de 10.000 enfants à la recherche de protection en Europe avaient disparu des centres d'accueil de réfugiés où ils avaient été placés par les autorités (5.000 en Italie et 1.000 en Suède).

 

Ces disparitions sont également un problème d'intérêt public dans d'autres pays : 60% des enfants migrants non accompagnés, hébergés dans des centres britanniques d'aide sociale, sont portés disparus et ne sont jamais retrouvés, indique le Service britannique de contrôle des demandes d'asile. En Grèce, on observait déjà en 2014 que 20% des mineurs non accompagnés disparaissaient des centres d'accueil dans les 24 heures suivant leur placement.

 

Des disparitions forcées ?

Le phénomène des disparitions de réfugiés mineurs constitue un défi pour les autorités, car il se produit d'habitude dans les premiers jours qui suivent leur arrivée au centre. Dans un rapport de 2010 sur Les mineurs non accompagnés dans le processus migratoire, Frontex a compilé des informations fournies par les autorités suisses et néerlandaises au sujet de réseaux nigérians de traite d'êtres humains, qui s'occupent généralement de la traite de filles de 15 à 17 ans par avion. A leur entrée dans l'Union européenne, elles font immédiatement une demande d'asile et une fois qu'elles se trouvent dans des centres d'hébergement pour mineurs, elles appellent un contact sur place, qui les enlève du centre.

Ce système de criminalité organisée pourrait expliquer dans certains cas pourquoi des mineurs non accompagnés disparaissent : ils sont envoyés exprès pour faire une demande d'asile afin de ne pas être arrêtés à la frontière. Dans d'autres cas, les mineurs non accompagnés sont victimes de traite après leur entrée dans le pays. Quant à ceux qui ont été séparés en route de leur famille, il est possible qu'ils s'échappent des centres pour partir à leur recherche. Mais un facteur décisif qui explique leur "fuite", c'est qu'une grande partie des mineurs en question sont des garçons de 14 à 17 ans qui sont capables d'évaluer leur situation personnelle et de se faire leur propre idée de leur avenir sous l'égide des autorités qui les protègent. Il est fréquent qu'ils soient placés dans des institutions normalement conçues pour de très jeunes mineurs et qu'ils aient l'impression que les centres d'accueil sont l'étape qui précède le retour chez eux. Ces jeunes considèrent que le système de protection ne fournit pas de réponse à leurs intérêts à long terme. En outre, leur méfiance à l'égard des autorités est renforcée par leurs expériences traumatisantes dans les pays d'origine ou de transit.

 

Que faire ?

Il faut s'occuper des mineurs en respectant essentiellement les normes de protection de l'enfance au lieu des critères d'immigration correspondant aux situations irrégulières. A cet égard, la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant, ratifiée par tous les Etats membres de l'Union européenne, souligne l'importance d'une protection et d'une aide spéciales de l'Etat lorsqu'un enfant est "temporairement ou définitivement privé de son milieu familial" (Art. 20.1). Cette Convention impose aussi aux Etats qui sont des Parties de la Convention l'obligation, et non des moindres, de "rechercher les père et mère ou autres membres de la famille de tout enfant réfugié en vue d'obtenir les renseignements nécessaires pour le réunir à sa famille" (Art. 22.2).

 

Malheureusement, la rapidité avec laquelle on recherche activement les mineurs réfugiés disparus n'est pas la même que lors des procédures de détection des disparitions ordinaires d'enfants. Pour empêcher ces disparitions, il faut un contact direct avec l'enfant et il faut comprendre dès le début ses attentes et ses besoins personnels. Les installations et les services doivent également être adaptés à leur âge (la plupart sont des jeunes de sexe masculin et non des bébés). Enfin, la participation d'institutions "amies" (notamment les Eglises et les communautés religieuses) dans les centres publics d'accueil serait à même de créer une atmosphère de confiance plus grande.

José Luis Bazán

COMECE

 

 

Version originale de l’article : anglais

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