Mittwoch 19. September 2018
#213 - Mars 2018

Ecclesia in Europa

Au terme de son mandat à la présidence de la COMECE, le Cardinal Reinhard Marx revient sur son expérience pour mettre en évidence une ligne de conduite commune pour la collaboration au sein de l’Église en Europe: le témoignage commun de l’Église inspiré de la force de l’Évangile et pour le bien des Européens.

Très peu de temps après mon ordination épiscopale en 1996, je me suis rendu à Bruxelles pour me familiariser avec le travail de la COMECE. Mais c’est surtout ma participation, en avril 2004, au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, organisé par la COMECE à l’occasion de l’élargissement de l’Union européenne à dix pays d’Europe centrale et orientale, qui a constitué une étape particulièrement importante pour moi. Heureux et reconnaissants de la réunion enfin réalisée de l’Est et de l’Ouest, nous avons alors pris la route des anciens chemins de pèlerinage européens. Saint Jean-Paul II parlait des deux poumons avec lesquels l’Europe devait respirer, soulignant ainsi, de manière figurée, que l’Est et l’Ouest avaient besoin l’un de l’autre et formaient un tout uni. Aussi, beaucoup, en 2004, ne parlaient pas d’un élargissement de l’Union européenne à l’Est, mais d’une réunification de l‘Europe.

 

En regardant aujourd’hui cette coexistence en Europe, notamment celle de l’Est et de l’Ouest, nous constatons un désenchantement évident. Dans les différentes régions d’Europe, les sociétés et le monde politique s’observent d’un œil critique. Nombre d’Européens de l’Ouest désapprouvent ce qu’ils perçoivent comme des atteintes à l’État de droit et à la démocratie dans d’importants pays d’Europe centrale et orientale. Beaucoup d’Européens de l’Est reprochent à l’Ouest un renoncement à soi-même et un manque d’enracinement dans les valeurs chrétiennes et, parfois même, perçoivent l’Union européenne comme une nouvelle forme de domination étrangère.

 

Dans cette situation de tension politique et d’incompréhension sociale réciproque, l’Église a un rôle important à jouer. Elle jette des ponts entre l’Est et l’Ouest, entre les hommes et les idées. Les évêques en particulier sont appelés à bâtir sans relâche de tels ponts, à rechercher ce que nous partageons en commun et à maintenir le dialogue entre nous. Car, malgré la force du lien qui nous rattache à nos pays et nos cultures, nous devons, en tant qu’Église universelle, apporter un témoignage commun et ne pas nous cantonner à penser en catégories nationales. Ainsi, l’exhortation post-synodale de Jean-Paul II de 2004 s'intitule justement "Ecclesia in Europa" et non «Ecclesiae in Europa». C’est un impératif qu’en tant que Conférences épiscopales en Europe, il nous faut prendre au sérieux.

 

La COMECE est garante du fait que, sur le plan politique également, il existe une Église en Europe et non des Églises en Europe. Elle constitue la plate-forme au sein de laquelle est mené le dialogue entre les Conférences épiscopales. Dorénavant, il nous faudra peut-être renforcer encore bien davantage cette dimension. La tâche de la COMECE est, en tout cas, plus importante que jamais, si, en tant qu’Église, nous voulons conjointement prendre position vis-à-vis des grandes questions sociétales et sociales. C’est ce à quoi nous a également convié le Pape François, dans son discours de 2014 au Parlement européen lorsqu’il a mis l’accent sur «la disponibilité du Saint Siège et de l’Église catholique, à travers la Commission des Conférences épiscopales européennes (COMECE), pour entretenir un dialogue profitable, ouvert et transparent avec les institutions de l’Union européenne.» Durant toutes ces années, j’ai volontiers participé à ce dialogue et je continuerai à le faire.

 

Pour cela, l’Église en Europe doit toutefois également disposer de suffisamment de compétences en matière de politique européenne. D’une part, cette compétence sur le contenu concerne au plus haut point tant l’action du Secrétariat de la COMECE à Bruxelles que l’engagement des différentes Conférences épiscopales dans les thématiques européennes. D’autre part, elle concerne également les structures: les Conférences épiscopales européennes devront se demander comment combiner au mieux et de manière constructive la double structure des deux organisations européennes que sont la COMECE et le CCEE. Cette question se pose en particulier au regard de l’élargissement de l’Europe en 2004, et des élargissements encore à venir.

 

Quoi qu’il en soit, l‘Église que nous formons en Europe ne doit pas se laisser désunir, mais porter un témoignage commun, en particulier sur les questions politiques et socio-éthiques. L’Église catholique a une évidente vocation européenne.

 

+ Le Cardinal Reinhard Marx

Président de la COMECE

 

 

Version originale de l’article : allemand

 

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