Donnerstag 15. November 2018
#214 - Avril 2018

Éducation : Élargissement ou dépassement des compétences ?

Regards croisés sur deux documents consacrés à l’éducation, publiés par la Commission européenne et le Saint-Siège : Qu’est-ce qui les différencie, où se rejoignent-ils, comment se complètent-ils ? Une invitation à une étude comparative approfondie.

Studious female high school student

En janvier 2018 sont parus quasiment simultanément deux documents consacrés à l’éducation. Le 17 janvier, la Commission européenne a présenté son Paquet éducation (la Commission n’a aucune compétence en matière d’éducation, mais uniquement une « fonction de soutien » des Etats membres en la matière). De son côté, le Saint-Siège a publié le 28 janvier dernier la constitution apostolique du Pape François intitulée « Veritatis Gaudium », sur les universités et facultés catholiques.

 

Au premier abord, on peut constater une similitude: dans les deux documents, il s’agit de préparer les personnes à un monde et une réalité toujours plus complexes et de les aider à s’y adapter. Mais la similitude des deux réflexions s’arrête là.

 

Éducation – la personne au premier plan

 

Dans « Veritatis gaudium », le premier mot du texte saute aux yeux : La joie de la vérité. Cette joie est censée faire contrepoids à un pessimisme culturel largement répandu – et le document en confie la responsabilité aux universités catholiques. Dans la continuation des deux documents « Optatam totius » (Concile Vatican II sur la formation sacerdotale) et « Sapientia Christiana » (Pape Jean-Paul II, sur les universités et facultés ecclésiastiques), il revient aux universités et facultés ecclésiastiques de redéfinir les rapports de la société au monde à la lumière de la « crise anthropologique et socio-écologique ». Une chose demeure inchangée cependant : au centre de toute éducation et recherche se trouve toujours la personne individuelle, faillible et qui peut être éduquée. Tous les efforts en matière d’éducation doivent avoir pour but de rendre les personnes capables de développer une capacité de « leadership ». Il s’agit en définitive de « convertir le modèle de développement global » et de « redéfinir le progrès ». Cela nécessiterait une « révolution culturelle courageuse ».

 

Les méthodes proposées ont beau ne pas paraître séditieuses, elles pourraient en réalité s’avérer révolutionnaires si on les compare aux approches et méthodes actuellement appliquées dans les politiques d’éducation : « Veritatis gaudium » parle de dialogue, d’inter- et transdisciplinarité, de création de réseaux et de contemplation. Face à un morcellement croissant de la science en des unités et spécialités toujours plus étroites, conduisant à une isolation et à un autisme scientifique (et par conséquent, politique), « Veritatis Gaudium » plaide en faveur d’une vision holistique. Cela s’accorde avec le principe déjà présenté par le Pape François dans le document « Evangelii gaudium », selon lequel « le tout dépasse la somme de ses composants ». Dialogue, échange, mise en relation et rencontres rendent possible une compréhension toujours plus profonde de ce « tout ». Aucune discipline ne peut prétendre être en pleine possession de la vérité à elle toute seule : La vérité (et la réalité) se révèlent d’abord dans le dialogue orienté par la volonté de compréhension entre les personnes et les disciplines.

 

Éducation – préserver uniquement l’employabilité ?

 

Aider les personnes à trouver leur place dans la société est aussi le but (implicite) du paquet éducation de la Commission européenne. Mais ce qui est saute aux yeux lorsque l’on compare les deux documents, c’est à la fois sur la forme, la différence du langage employé, et sur le fond, la conception foncièrement différente de la personne. A chaque fois que le document de la Commission fait référence à l’acquisition d’une compétence particulière, elle le justifie par la nécessité d’obtenir ou de préserver « l’employabilité de la personne ». Pour le dire simplement, l’objectif ici n’est pas « l’éducation » mais plutôt la « formation ». Bien sûr, il est nécessaire de bien maîtriser les compétences culturelles fondamentales. Celles-ci ne se limitent plus aujourd’hui uniquement à la lecture, à l’écriture et au calcul. Ces compétences comprennent également la maîtrise des instruments requis pour les mettre en œuvre, en commençant par le crayon jusqu’à l’ordinateur. Cependant, on a parfois l’impression que la maîtrise de ces compétences est un but en soi, et que cette maîtrise commence par l’ordinateur. Cette impression ressort en particulier à la lecture du document « 10 Trends. Transforming Education as we know it ». On y lit avec étonnement que « l’éducation académique », « le professeur en tant que transmetteur du savoir », « le savoir faire », et « les livres » seraient obsolètes et devraient absolument être remplacés par la « réalité virtuelle » et « l’éducation digitale ».

 

Il y a donc un certain fondement à ce que l’éducation ne soit pas une compétence (clé) de la Commission européenne, mais demeure du ressort des États membres et de leurs différentes traditions culturelles. Ce constat ne doit absolument pas être interprété comme un souhait que rien ne change, que ce soit au niveau du contenu ou des méthodes. Mais il est indéniable que les propositions de la Commission – même lorsqu’elles apparaissent comme des recommandations de « soutien », « d’encouragement » aux Etats membres ou de « rappel à leurs obligations » – présentent une tendance totalisante. Cette tendance ne respecte pas et n’encourage pas la pluralité. Il est clair que ces propositions de la Commission mettent les besoins et les exigences de l’économie, en particulier de l’industrie numérique, au centre de sa politique d’Education – et non la personne.

 

Michael Kuhn

COMECE

 

Version originale de l’article : allemand

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