Tuesday 31. May 2016

En tant que Français, en chrétien : face au Front national

A la l’occasion des élections régionales, la France a connu une montée inédite du Front national (FN) dans les urnes. La France rejoint ainsi un mouvement de montée des extrêmes qui touche depuis quelques années de nombreux autres pays européens. Analyse de Jérôme Vignon, Président des Semaines Sociales de France.

Ballots for a candidate for France's far-right National Front political party in the first round of local elections are seen as election officials count ballots at a polling station in Illkirch Graffenstaden near Strasbourg March 20, 2011. REUTERS/Vi

Les catholiques français ont voté dans des proportions inédites pour le parti de Marine Le Pen lors du premier tour des élections régionales ce 6 décembre 2015. Selon un sondage, 32 % des interrogés se déclarant « catholiques » ont voté pour le FN, au-dessus de la moyenne des Français (28,4 %).

 

Conscience civique

Ce qui serre le cœur, face à la montée d’apparence inexorable du Front national, d’échéance en échéance électorale, n’est pas propre aux chrétiens. Ce qui crée un grave malaise pour beaucoup de Français, qui aujourd’hui se réclament sans doute plus nettement des valeurs de la République, est de l’ordre d’une conscience nationale.

 

C’est la mémoire historique de toutes ces périodes dramatiques où le peuple français a succombé aux tentations de la violence, où la manipulation des frustrations et des ressentiments a finalement débouché sur la guerre civile. Sans remonter jusqu’aux guerres de religions, nous savons que chez nous le « vivre ensemble » est fragile. Ce n’est qu’avec le temps et la durée que la République a pu transformer en conflits politiques les affrontements fondés sur les haines de classe, la détestation des juifs et le mépris des « bougnoules ». Aussi critique que l’on puisse être de cette politique et des partis qui l’incarnent, il n’empêche qu’ils sont les dépositaires de cette mémoire que nous appelons conscience civique, conscience républicaine, conscience de former une nation.

 

La détestation des autres

Or rien ne permet de penser que les dirigeants du Front national aient rompu avec leur tradition de détestation des autres. Ces « autres », qu’il s’agisse des étrangers, ces migrants illégaux assimilables à une « métastase » dans la société, ou ces ayants droits de l’aide médicale d’État qu’il convient de dénoncer afin « d’éradiquer toute immigration bactérienne ».

 

Au-delà des incohérences repérables dans le programme du Front national, ce qui inquiète et mérite d’être fermement combattu sur le terrain politique, ce sont deux ressorts inhérents aux stratégies du Front national : l’appel au contournement des institutions, et l’inclination à la dénonciation des boucs émissaires à défaut de toute analyse des causes de nos difficultés.

 

Ce sont ces menaces graves pour l’avenir de notre pays, au moment où il aurait plus que jamais besoin de rassembler ses forces, qui amènent le christianisme social et les Semaines sociales de France à travailler sur les causes de l’injustice et à prendre clairement position contre le Front national. Et ce n’est pas pour, au premier chef, une incompatibilité intrinsèque avec la foi religieuse.

 

Rénover l’action politique

Ces dangers et ces menaces palpables s’inscrivent dans le champ du politique. Elles sont un signe supplémentaire de ce que l’action politique elle-même devra, en France, être à la fois réhabilitée et rénovée, ainsi que le soulignait une rencontre récente suscitée à Paris par la Conférence des Évêques de France. Ici peut se manifester une façon d’être chrétienne, une manière de réagir « en chrétien » selon la distinction toujours utile de Jacques Maritain.

 

Plutôt que d’incriminer sans cesse, et à tort, la médiocrité générale de la classe politique, nous devrions rester fidèle à l’esprit de ces chrétiens – respectueux des lois mais les habitant autrement – que décrit la fameuse épître à Diognète. Cela signifie de nous interroger nous-mêmes sur la part de responsabilité que nous pouvons avoir dans le fait que tant de Français ne se sentent pas reconnus ni représentés dans le débat politique tel qu’il se présente aujourd’hui.

 

C’est se situer comme partie prenante d’un ensemble éducatif où effectivement l’ascension est bloquée particulièrement pour ces jeunes issus de l’immigration et cesser d’en rejeter la faute sur la seule « Éducation nationale ». C’est admettre que les entrepreneurs et les partenaires sociaux en général pourraient proposer un marché du travail plus inclusif.

 

C’est devenir aussi plus exigeants, plus proactifs dans l’énoncé d’un projet politique pour l’Europe en admettant que les déceptions qu’elle a produites sont de notre fait, pas seulement de celui des technocrates bruxellois. C’est en définitive s’engager en politique pour qu’elle ne se consacre pas seulement à dénoncer le mal, mais à concevoir et viser le bien.

 

Jérôme Vignon

Président des Semaines sociales de France

 

Les Semaines sociales de France (SSF) sont un observatoire de la vie sociale et un lieu de réflexion et de proposition parmi les plus anciens de France. L'objectif des Semaines sociales - qui se définissent comme « une association laïque de recherche et de formation » - est de faire connaître la pensée sociale chrétienne et de contribuer au débat social.

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