Saturday 25. May 2019
#214 - Avril 2018

Europe et Israël - regards croisés entre un rabbin et un diplomate

Le conflit israélo-palestinien constitue toujours un point d’inflexion majeur des déséquilibres du Moyen-Orient.

C’est précisément ce que nous rappelle l’ouvrage « Europe et Israël : deux destins inaccomplis », fruit de la collaboration entre un rabbin, David Meyer, professeur à l’Université pontificale grégorienne de Rome et Bernard Philippe, ancien diplomate de l’Union européenne. Cet ouvrage revient sur les fils épais de l’histoire commune entre l’Europe et Israël afin de se demander si l’on pouvait tenter, à présent, de les tisser différemment. Et ceci, en vue de tisser un vêtement neuf qui inaugure une communauté de destin partagée au service de la paix.

 

Transformer la violence en paix

 

Dans la première partie intitulée « Europe et Israël : deux destins inaccomplis », Bernard Philippe rappelle l’urgence de remettre sur l’ouvrage l’engagement européen. Mais différemment. L’Europe se doit de repenser son rapport à Israël en ne faisant plus l’impasse sur un retour à ses propres fondamentaux. Elle devrait ainsi partager ce qu’elle a de plus intime : son expérience de transformation de la violence en paix, si caractéristique de sa propre construction. Cette expérience de paix fait suite à des siècles de luttes sanglantes et incessantes en Europe, culminant avec les millions de victimes de la seconde Guerre Mondiale et l’extermination des juifs européens dans les camps de la mort nazis.

 

Transformation radicale s’il en est, elle n’a été possible que par le passage par le droit - la loi - et la mise en place d’institutions communes. Il en résulte un questionnement qui traverse toute la réflexion : ce qui a permis à l’Europe d’inverser son propre destin peut-il devenir la clé de voûte d’une réflexion politique et philosophique européenne sur le conflit, présentement insoluble, entre Israéliens et Palestiniens ? Il y a là un ingrédient spécifique à l’Europe. C’est un ingrédient vraiment décisif que ni les Américains ni les pays arabes ou la Russie ne peuvent apporter, mais qui est indispensable à l’avènement de la paix au Proche-Orient. Indispensable aussi à la construction d’une Europe, dont l’histoire est encore à écrire.

 

Une réflexion rabbinique sur Israël

 

Dans la deuxième partie intitulée « Israël: tout autre chose », le rabbin David Meyer rappelle à quel point la pensée du judaïsme paie aujourd’hui le prix de ses propres impasses dans l’affirmation de sa relation inconditionnelle à Israël. Incapable de proposer une lecture de l’histoire dans laquelle une vision religieuse d’Israël puisse rassembler le peuple juif et infuser une dynamique de paix à la région, la tradition juive sombre peu à peu dans l’illusion d’une pensée messianique et mystique de l’État juif, déifiant la Terre sainte et la souveraineté juive, son armée et son appareil étatique. Selon l’auteur, ces croyances sont une sorte de refuge face aux incertitudes du présent. Elles n’ont fait qu’enfermer Israël dans une logique de possession territoriale justifiant la violence et la ségrégation, n’offrant aucune vision viable de l’avenir et anéantissant dans son sillage toute la vivacité intellectuelle du judaïsme.

 

Face à ce constat d’échec et d’impasse, le judaïsme ne devrait-il pas, à la lumière de l’audace européenne mais également des ses propres audaces passées, oser reformuler radicalement une réflexion rabbinique sur Israël, loin des propos habituels qui minent aujourd’hui les communautés juives ? Quelle pensée juive d’Israël, innovante et audacieuse, pourrait alors voir le jour ? Ce chapitre s’attache donc à poser les jalons d’une refonte de la théologie juive et rabbinique contemporaine vis-à-vis de l’Etat d’Israël. En particulier, l’acceptation théologique par le judaïsme et le peuple juif d'un Etat d’Israël bi-national (et non plus seulement juif) semble ici une clé indispensable à toute réflexion contemporaine sur Israël, la Palestine et le Moyen-Orient.

 

La troisième partie rédigée en commun s’intitule « Le retour de Jethro sur la scène du conflit israélo-palestinien ». Les auteurs réfléchissent à partir de la figure de Jethro (père de Moise considéré par le Judaïsme comme l’inventeur de la justice) sur le lien entre la loi juive et le droit international, que tout semble opposer. Au contraire, sont esquissées ici les conditions d’émergence d’une tension créatrice entre loi et droit, au service de la paix.

 

Martin Maier SJ

JESC

 

« Europe et Israël : deux destins inaccomplis, regards croisés entre un rabbin et un diplomate » Editions Lessius, 2017.

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