Monday 25. May 2020
#185 septembre 2015

Le Pape François: un populiste environnemental ?

Dans son Encyclique Laudato Si, le Pape François établit un lien étroit entre questions environnementales et questions sociales, en mettant en cause le rôle prédominant du marché.

Peu d’encycliques ont un tel retentissement que Laudato Si. L’accueil est majoritairement très positif, mais le texte suscite aussi des oppositions virulentes. Paul Kelly, éditorialiste australien (The Australian, 24 juin) est clair : « Page après page [cette encyclique] révèle que François et ses conseillers sont des populistes environnementaux et des idéologues économiques de tendance quasi-marxiste. [...] François est aveugle sur le pouvoir libérateur des marchés et de la technologie. » Aux États-Unis, nombre de commentateurs conservateurs, y compris catholiques, vont dans le même sens.

 

Sur quoi porte une telle colère ? François souligne fortement la responsabilité humaine dans la question de la détérioration du climat et des menaces que cela fait peser sur l’avenir de l’humanité. Il établit d’ailleurs un lien étroit entre questions environnementales et questions sociales, en mettant en cause le rôle prédominant du marché, et une forme de dictature de la technologie sensée être le sauveur de l’humanité.

 

La maison commune

Une expression est au cœur de l’encyclique : la maison commune. La maison est le cadre de vie de ceux qui y habitent, cadre qui doit contribuer au bonheur de tous, et elle est le lieu où les habitants sont appelés à vivre harmonieusement ensemble.

 

Des menaces lourdes pèsent sur l’humanité en raison de la détérioration de l’environnement et du climat. Dans un monde marqué par de profondes injustices, les dégâts environnementaux frappant dès à présent les plus faibles et les menaçent davantage dans l’avenir. Cet état de choses n’est l’effet ni du hasard, ni de la nécessité physique ou économique. Il est le produit de la responsabilité humaine. Parce qu’il n’est pas nécessaire, il peut changer : ce changement relève lui aussi de la responsabilité humaine. Il y a là une confiance fondamentale dans les ressources positives de l’humain : « Nous savons que les choses peuvent changer. [...] L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune » (13).

 

Tout être humain « a le droit de vivre et d’être heureux » (43). Or « l’environnement humain et l’environnement naturel se dégradent ensemble, et nous ne pourrons pas affronter adéquatement la dégradation de l’environnement si nous ne prêtons pas attention aux causes qui sont en rapport avec la dégradation humaine et sociale » (48).

 

Un « paradigme technocratique dominant » (101), ouvrant à une « frénésie mégalomane » (114), s’appuie sur un relativisme pratique : « ce qui ne sert pas aux intérêts personnels immédiats est privé d’importance ». De ce fait « la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale s’alimentent mutuellement » (122) : « il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale » (139).

 

Une révolution culturelle

Des décisions politiques majeures doivent être prises. Le système doit être changé. Mais dans une société démocratique, les changements politiques ne sont pas possibles sans l’appui de la population. Une conversion culturelle, autant éthique que spirituelle, s’impose. Il s’agit que tous prennent le souci de la maison commune.

 

Dans cette perspective, Laudato Si met en avant deux concepts directeurs : le bien commun et l’interdépendance. Le bien commun : l’objectif est que tous puissent être heureux, ne pas se voir imposées des conditions indignes de vie ni en raison des conditions environnementales et climatiques, ni en raison de la misère ou d’inégalités intolérables. Ce bien commun implique les générations à venir : tous sont ceux et celles d’aujourd’hui autant que ceux et celles de demain. Ni les personnes individuelles, ni les communautés humaines ne vivent sur une île : il y a interdépendance. Les décisions prises localement, par les personnes et les sociétés, ont des répercussions sur toute l’humanité du présent et du futur.

 

En publiant Laudato Si, le pape François assume son rôle d’expression de l’Église dans la société. Il s’est appuyé sur un groupe solide d’experts pour analyser le présent (voir) et pour déterminer les causes profondes de la situation (juger). Et il en appelle à une action politique déterminée et urgente, en soulignant que celle-ci doit passer par la motivation des personnes, si on veut éviter la violence (agir). La conversion des cœurs est la condition d’un avenir de justice et de paix pour tous. C’est bien ce à quoi appelle l’Évangile.

 

Ignace Berten o.p

Frère dominicain, membre de la Communauté internationale Saint Dominique à Bruxelles

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