Monday 20. May 2019
#134 - Janvier 2011

 

Pour un accord de coopération entre l’UE et les USA

Réflexions sur le Sommet entre l'UE et les États-Unis du 20 novembre

 

Le sommet UE-USA du 20 novembre a été éclipsé par le sommet de l’OTAN de la veille. Le chemin menant à une plus grande coopération pourrait être facilité par un accord de coopération.


A l’ouverture du sommet de l’OTAN du 19 novembre à Lisbonne, Barack Obama a affirmé dans une carte blanche livrée à plusieurs quotidiens européens vouloir « raviver l’alliance et garantir notre sécurité et notre prospérité future ». Dans son communiqué, il a qualifié les relations des Etats-Unis d’Amérique avec l’Europe de « pierre angulaire de l’engagement géopolitique (des Etats-Unis) et de catalyseur pour la coopération globale ».

 

A la lecture de cet article, on remarque cependant que le Président américain ne fait que très peu référence à l’Union Européenne. En une phrase, il exprime la nécessité d’approfondir la coopération avec des organisations internationales telles que les Nations Unies, l’OSCE et même l’Union Européenne, sans même souligner que, pour les USA, il y a une différence fondamentale entre les Nations Unies, l’OSCE et le Conseil de l’Europe, d’une part, et l’Union Européenne, d’autre part. En effet, l’Union Européenne, avec le droit d’initiative de la Commission Européenne, la généralisation des décisions à la majorité au Conseil des Ministres, la voix active du Parlement Européen et la primauté du droit dans une communauté d’Etats, se distingue nettement des autres organisations internationales.

 

Ne pas refléter cela de manière claire est pardonnable à deux égards au moins.

Premièrement, il est assez fréquent que cette spécificité soit tout aussi incomprise en Europe, et les élites nationales agissent généralement très peu pour combler cette lacune. Deuxièmement, les Etats-Unis ne sont peut-être pas membres de l’UE, mais ils sont le partenaire et l’acteur le plus important de l’alliance de l’Atlantique Nord. Il est donc compréhensible que, dans sa carte blanche, le Président américain se soit presque exclusivement exprimé sur l’OTAN, sa nouvelle stratégie, la situation en Afghanistan, le renouveau des relations avec la Russie et le bouclier anti-missiles.

 

Néanmoins, il est regrettable qu’au plus haut niveau on n’accorde si peu d’attention à la mise en œuvre d’un partenariat visible et actif entre les USA et l’Union Européenne. C’est ainsi que le sommet de l’OTAN des 19 et 20 novembre à Lisbonne a presque entièrement occulté le sommet UE - Etats-Unis qui l’a suivi, pendant lequel Barack Obama et sa Ministre des Affaires Etrangères Hillary Clinton ont rencontré José Manuel Barroso, Herman Van Rompuy et la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Catherine Ashton.

 

Au cours de cette entrevue de deux heures, les thèmes abordés furent la crise économique, les changements climatiques et l’aide au développement ainsi que la sécurité des citoyens. Ce fut une discussion consensuelle et sans grand engagement. Alors qu’un nouvel ordre mondial commence lentement à émerger, les deux partenaires, qui représentent encore 53% du produit intérieur brut mondial et 31% du commerce mondial, pourraient bien être obligés d’engager une coopération plus efficace dans les prochaines décennies.

 

Ce nouveau volet dans les relations entre l’UE et les Etats-Unis aurait pu être scellé par un traité s’inspirant du célèbre « Traité de l’Elysée » de 1963 sur la coopération franco-allemande, et ensuite ratifié par le Sénat américain et le Parlement Européen. Il n’aurait pas été nécessaire de chercher bien loin les objectifs de ce traité. Les quatre libertés énoncées par Franklin Delano Roosevelt dans son discours sur l’état de l’Union devant le Congrès américain du 6 janvier 1941 constituent encore la proposition occidentale du monde pour un ordre de paix mondial. Il s’agit de la liberté de pensée et d’expression, la liberté de religion, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté de vivre à l’abri de la peur.

 

Dans la déclaration commune publiée à l’issue du Sommet entre l’UE et les Etats-Unis du 20 novembre, seuls apparaissent des thèmes ayant trait à la protection des troisième et quatrième libertés. Il n’est pas fait mention des inquiétudes relatives aux violations de la liberté de pensée et d’expression – on aurait pu citer l’exemple du Chinois Prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo – ni des violations de la liberté de religion, en Irak notamment, où, ce 31 octobre, 58 Chrétiens ont perdu la vie suite à une attaque à la bombe dans la cathédrale syrio-catholique en plein cœur de Bagdad.

 

Pour parvenir à accord de coopération complet entre l’Union Européenne et les Etats-Unis d’Amérique, il faudrait tout d’abord passer outre la réticence des Chefs d’Etat et de Gouvernement européens à l’égard d’une politique étrangère commune. Cependant, cet accord correspondrait au sentiment de nombreuses personnes de part et d’autre de l’Atlantique et serait un signal constructif pour un ordre mondial du XXIe siècle fondé sur les valeurs. C’est pour cette dernière raison que la proposition pourrait espérer recueillir un large assentiment de la part des Chrétiens.

 

Stefan Lunte

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