Friday 29. July 2016
#139 - juin 2011

 

“La dimension religieuse du dialogue interculturel”

 

Dans sa Recommandation récemment approuvée, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) préconise un nouveau type de « partenariat pour la démocratie et les droits de l’homme » entre les pouvoirs publics, les communautés religieuses et les groupes non-religieux sous la forme d’une « plate-forme stable » de dialogue en vue de développer « une nouvelle culture du vivre ensemble ».

 

C’est une session peu ordinaire qui se tenait dans l’hémicycle de Strasbourg ce mardi 12 avril. Pas moins de cinq hauts représentants des trios religions monothéistes avaient en effet été invités à contribuer au débat du jour sur « la dimension religieuse du dialogue interculturel » : Le Patriarche Daniel de Roumanie ; le Cardinal Jean-Louis Tauran ; le Professeur Mehmet Görmez, Président de l’administration s’occupant des affaires religieuses de Turquie ; Berel Lazar, Grand Rabbin de Russie; Bernhard Felmberg, Représentant du Conseil des Eglises Evangéliques d’Allemagne.

 

La Turquie, qui préside actuellement pour six mois le Comité des Ministres, a inclus le dialogue interculturel parmi ses priorités. Néanmoins, ce thème n’est pas nouveau au Conseil de l’Europe. En mai 2008, il avait déjà adopté un Livre blanc sur le dialogue interculturel, Vivre ensemble dans l’égale dignité.

 

La Recommandation approuvée ce 12 avril se concentre sur la dimension religieuse du dialogue interculturel. Se référant à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme qui « garantit le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion », le document reconnaît que « le modèle européen est par définition multiculturel et [qu’] il faudrait prendre en considération les différences résultant d’un vécu historique diversifié ». Ce n’est pas évident, cependant, et « le problème réside souvent dans notre attitude face à la diversité ». C’est pourquoi l’APCE « insiste sur la nécessité pour chacun d’apprendre à partager ses différences de manière positive et à accueillir l’autre avec les siennes, afin de construire des sociétés cohésives, ouvertes à la diversité et respectueuses de la dignité de toute personne ». C’est ici précisément qu’entre en considération « l’importance de la dimension religieuse du dialogue interculturel » ainsi que « la collaboration entre les communautés religieuses, pour la promotion des valeurs qui constituent le socle commun de nos sociétés européennes et de toute société démocratique », l’objectif ultime étant de développer « une nouvelle culture du vivre ensemble ».

 

La Recommandation aborde ensuite la question du rôle de l’Etat pour favoriser « un partenariat dynamique et fructueux entre les institutions publiques, les communautés religieuses et les groupements s’inspirant d’une vision non religieuse » dans le plein respect de la neutralité de l’Etat en matière religieuse. A cet effet, les Comité des Ministres est invité à établir « un espace de dialogue, une table de travail entre le Conseil de l’Europe et de hauts représentants de religions et d’organisations non confessionnelles, afin d’asseoir les relations existantes sur une plate-forme stable et formellement reconnue ». Pour le Conseil de l’Europe, c’est une nouveauté qui va à l’encontre de positions prises antérieurement par l’organisation et à laquelle quelques parlementaires se sont opposés : pour eux, l’Etat ne devrait en aucune manière intervenir dans les questions religieuses. Un autre sujet d’interrogation est que la liberté de pensée, de conscience et de religion semble être soumise dans la Recommandation à « l’acceptation sans réserve, de la part de tous, des valeurs fondamentales inscrites dans la Convention » (cf. n° 4 & 10). Il est demandé au Comité des Ministres de clarifier cette question dans sa future réponse.

 

La Recommandation insiste enfin sur « l’importance et le rôle du système éducatif pour la connaissance et la compréhension des différentes cultures, y compris les croyances et les convictions qui les caractérisent, et pour l’apprentissage des valeurs démocratiques et du respect des droits de l’homme ». Dans ce contexte, en des termes pesés avec grand soin, le document souligne en particulier le rôle de « l’enseignement religieux dans le cadre scolaire », sous réserve que « les convictions religieuses et non religieuses des parents ne soient pas heurtées ».

 

A un moment où les mouvements nationalistes dans plusieurs pays d’Europe montent en puissance, appeler à « une nouvelle culture du vivre ensemble » dans laquelle les convictions religieuses sont pleinement prises en compte, sans préjudice du respect des croyances non religieuses, est bienvenu. Il sera intéressant de lire la réponse du Comité des Ministres.

 

 

Hervé Pierre Guillot SJ

Jesuit European Office (OCIPE), Bruxelles

 

 

Version originale de l’article: anglais

 

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