Monday 6. April 2020
#139 - juin 2011

 

Une nouvelle stratégie pour la protection de la biodiversité

 

La biodiversité en Europe se dégrade de manière préoccupante. La Commission propose une nouvelle stratégie pour contrecarrer cette tendance périlleuse.

 

Alors que l’Union Européenne se trouve frappée par la pire crise économique et financière de son histoire, dire que la moitié des espèces connues de vertébrés et le tiers des oiseaux qui habitent sur notre continent sont menacés d’extinction peut paraître déplacé. Pourtant conserver la biodiversité de notre planète, et celle de l’Europe, est encore plus urgent que porter remède à la crise alors même que les dommages subis par nos écosystèmes, les espèces vivantes et les variétés génétiques qu’ils contiennent, ne cessent de croître.

La récente Communication de la Commission sur la protection de la biodiversité possède un titre très suggestif : « notre assurance vie, notre capital naturel ». Ce titre se réfère aux deux éléments principaux qui sont ici en jeu. Premièrement, l’environnement est essentiel pour préserver la vie humaine. En ce sens, il a une valeur intrinsèque, qui ne lui est pas conférée par les êtres humains, mais qui est partagée avec eux et dont nous bénéficions tous. Deuxièmement, le concept de « capital naturel » fait référence à la qualité de la vie humaine obtenue à travers l’usage que nous faisons des ressources naturelles : la nature est ainsi considérée comme élément productif, comme « capital ». Alors que la première perspective présente la biodiversité comme une condition nécessaire à la survie même de l’humanité, il apparaît clairement que la Commission est plus soucieuse de justifier la valeur instrumentale de la biodiversité, son caractère de « capital », en vue de justifier les investissements nécessaires à sa préservation.

 

La Communication indique que le taux actuel de disparition des espèces biologiques est entre 100 et 1000 fois plus rapide que le taux de disparition naturel, précisément à cause des activités humaines, en particulier à cause de l’urbanisation, de la construction de nouvelles infrastructures, de l’assèchement des zones humides et de l’utilisation des terres à des fins agricoles. Cette perturbation des écosystèmes naturels est devenue la menace principale, parce qu’elle entraîne dans son sillage la disparition de multiples formes de vie et réduit la diversité du patrimoine génétique.

 

Les efforts menés par la Commission en vue de préserver la biodiversité se concentrent principalement sur les mesures légales et financières : améliorer le suivi, rendre compte de l’évolution, combler les lacunes les plus criantes de la recherche et évaluer les écosystèmes européens. Préserver ce capital naturel est aujourd’hui déjà vital pour assurer la qualité de vie des Européens, et le deviendra de plus en plus.

 

En conséquence, la Commission a défini une stratégie pour prévenir la perte de biodiversité d’ici à 2020. Cette date n’est pas arbitraire : elle fait écho à celle de la stratégie plus large appelée ‘EUROPE 2020’ qui a pour objectif de préparer l’Europe à affronter un contexte globalisé plus compétitif, y compris en matière d’accès aux ressources naturelles. La Communication propose d’améliorer les lois européennes protégeant les oiseaux et leur habitat ; de restaurer au moins 15% des surfaces qui ont été endommagées en vue de maintenir et améliorer leurs écosystèmes ; d’impliquer pleinement les industries agroalimentaires et forestières dans cet effort ; d’assurer le maintien durable des ressources halieutiques surexploitées et en forte diminution numérique en réduisant les prises à hauteur de 88% ; de combattre les espèces allochtones qui menacent les espèces indigènes ; d’accroître la contribution de l’UE pour prévenir la perte de biodiversité à l’échelle mondiale.

 

L’UE s’est entre temps dotée d’un large spectre d’instruments pour une telle action. Le plus important est le réseau Natura 2000. Il s’agit du plus large réseau d’espaces protégés au monde, couvrant 18% du territoire de l’UE. Il est composé à la fois de réserves naturelles soumises à des règles strictes de conservation et de terres privées, mais gérées de manière durable. La ‘Biodiversity Baseline’ est par ailleurs un rapport fournissant des statistiques sur la biodiversité, les écosystèmes et leurs différentes composantes. Enfin, le portail électronique Biodiversity Information System for Europe sera la principale plateforme d’échange de données et d’information.

 

Il ne fait aucun doute que l’UE réalise un effort significatif en vue de préserver sa propre biodiversité et en vue de contribuer positivement à la protection de celle-ci à l’échelle mondiale. Mais il ne faut pas non plus oublier que les économies développées d’Europe sont les principales responsables de la surconsommation mondiale des ressources naturelles. Les résultats de ces efforts sont pour le moment limités, puisque la plupart des écosystèmes européens sont considérés comme « dégradés », incapables de fournir la qualité optimale ou la quantité nécessaire de services de base, comme la pollinisation des cultures, un air pur et une eau saine, ou encore le contrôle des inondations ou de l’érosion. La route s’annonce donc encore longue.

 

José Ignacio García SJ,

Jesuit European Office (OCIPE)

 

Version originale de l’article: anglais

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