Monday 6. April 2020
#142 - Octobre 2011

 

La réforme de la PAC, un débat qui nous concerne

 

Le 12 octobre est un jour fort attendu: la Commission déposera sur la table du Conseil ses propositions de réforme pour la PAC (politique agricole commune). Ces propositions seront analysées, soupesées et évidemment critiquées par tous les groupes intéressés, en premier lieu les agriculteurs et les écologistes.

 

Cette réforme concerne largement le citoyen européen. Pourquoi? La PAC, élément majeur de la construction de l’Union Européenne avec ses 386,9 milliards d’euros de budget, joue un rôle décisif dans la sécurité des aliments qui se trouvent dans nos assiette (cf. la crise du concombre espagnol cet été), sur la sécurité alimentaire au sens quantitatif (nous devrons nourrir 9 milliards d’habitants en 2050), sur la préservation de la nature, sur les prix des aliments au supermarché et leur stabilité, sur les revenus des agriculteurs fortement secoués aujourd’hui par la concurrence, les intempéries mais aussi la solitude, le manque de reconnaissance sociale et l’absence de relève de la nouvelle génération

 

La PAC comporte donc des enjeux majeurs sur lesquels le citoyen doit se pencher. Le citoyen, a fortiori chrétien, doit prendre part au débat à la mesure de ses moyens. Comme le soulignait le Yves Madre, membre du cabinet du Commissaire européen chargé de l’agriculture et du développement rural, M.Ciolos “lorsque chacun se résout à un petit effort, il devient possible de parvenir à de grandes choses sur une plus grande échelle”.

 

La PAC vient au secours d’un secteur en crise

L’agriculture traverse depuis plusieurs décennies des crises douloureuses politiques, économiques et sociales. La dernière en date? Celle des fruits et légumes où le secteur enregistre actuellement dans beaucoup de pays membres des pertes colossales. La PAC a connu de nombreuses réformes afin de s’adapter aux besoins conjoncturels du secteur rural. En 2008 on dresse “un bilan de santé” de la PAC, en juin 2010 un débat public est ouvert par la Commission et en novembre 2010, cette dernière présente “les options possibles de réformes”.

Aujourd’hui, les enjeux sont nombreux. Trois semblent se dessiner à l’esprit de la Commission, dixit Yves Madre: faire face à la sécurité alimentaire sur la plan qualitatif/quantitatif pour le citoyen, faire face à la concurrence et à la volatilité des prix tout en restant compétitif, promouvoir une politique écologique.

 

Une réforme sous haute tension et la vision de l’Eglise

La proposition de la Commission devrait comporter plusieurs outils précis pour assurer un “verdissement” de l’agriculture européenne. La valorisation des circuits courts (c’est à dire l’accès sur le marché des produits locaux), la promotion de la recherche et des projets écologiques devraient être au rendez-vous. L’Eglise catholique ne peut que se réjouir de cette politique qu’elle réclamait dès 1992 dans son nouveau catéchisme. Toutefois, cette vision écologique semble manquer d’un aspect holistique. La nature ne peut se résumer à un investissement lucratif fragilisé en raison d’une mauvaise gestion, aux grands désespoirs des prévisions orgueilleuses des marchés financiers. Elle doit se recevoir comme don de Dieu, mis au service du bien-être de l’Homme. Ainsi Mgr Migliore, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU appelait le 23 octobre 2009 à “une nouvelle économie plus attentive non seulement au profit, mais surtout aux besoins et aux relations humaines.”

 

La réforme de la PAC impliquera une redistribution délicate du budget entre les pays membres et les différents secteurs agricoles. Pourquoi? Les chiffres parlent d’eux mêmes: l’agriculteur néerlandais peut recevoir 400€/hectare alors que l’agriculteur slave reçoit aux alentours de 100€/hectare. Les débats sont houleux dans un contexte de crise qui exacerbe les sentiments nationalistes. Chaque lobby, organisation ou Etat membre plaide pour sa propre cause à coup de chiffres et d’expertises. Il serait pourtant bon de prendre en compte la perspective du bien commun européen.

 

Enfin, la Commission, les experts et l’Eglise appellent les agriculteurs à s’organiser afin de peser économiquement et politiquement, entre autres, face à la grande distribution. Cet appel se fait pressant dans une société où l’agriculteur se sent de plus en plus isolé. Nous avons ici une belle opportunité d’entraide et de charité chrétienne incarnée par exemple par les mouvements International Movement of Catholic Agricultural and Rural Youth, Missionary Brothers and Sisters of the countryside.

 

Marie-Alix Dadillon

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