Thursday 29. October 2020
#142 - Octobre 2011

 

L’Europe doit tenir compte des coûts humains et environnementaux de l’extraction des ressources naturelles.

 

Lors d’une récente visite à Bruxelles, Mgr Ramazzini, évêque de San Marcos, au Guatemala, a exposé aux décideurs européens les impacts négatifs de l’extraction minière dans son pays natal, le Guatemala.

 

 

Mgr Ramazzini a exhorté l’Union européenne à adopter des normes garantissant que les entreprises européennes ne violent pas les droits de l’homme lors de leurs activités à l’étranger. La veille de sa visite, le lundi 12 septembre, le Parlement européen avait adopté un rapport au sujet d’une stratégie européenne sur les matières premières.

 

Selon Mgr Ramazzini, ce sont les habitants des pays pauvres qui paient les conséquences des visées de l’Europe sur les ressources naturelles, un comportement qui contredit les politiques européennes en matière de développement. “Je commence à me poser des questions sur l’éthique qui prévaut dans les relations entre l’Europe et les pays en développement. D’un côté, les Européens aident les pays en développement grâce à la coopération au développement, et d’un autre côté, ils extraient des ressources au détriment des droits humains et de l’environnementa déclaré Mgr Ramazzini aux journalistes à Bruxelles.

 

Mgr Ramazzini soutient les communautés qui souffrent de la mise en place de mégaprojets, dans leur lutte pour faire respecter leurs droits par l’Etat et les compagnies minières. Dans des pays comme le Guatemala, les bénéfices de l’extraction de l’or, du nickel et de l’argent profitent principalement aux actionnaires étrangers sur les marchés boursiers. Etant donné le manque de volonté politique de réformer la législation minière pour que l’extraction puisse être véritablement utile au pays, la population locale profite peu de cette situation. C’est elle qui paie la facture sous la forme de dégâts environnementaux, de dislocation du lien social et souvent d’une aggravation de l’appauvrissement. La terre devient plus chère et plus rare et l’eau est également utilisée de façon disproportionnée dans les opérations d’extraction minière. Deux missions internationales au Guatemala ont conclu que les mégaprojets constituaient aussi une menace pour la sécurité alimentaire. Et pourtant, les opposants aux mégaprojets sont criminalisés et discrédités.

 

La criminalisation est un problème structurel systémique dans toute l’Amérique latine. Elle s’inscrit dans un contexte d’intimidation, de harcèlement et de violence. En Amérique latine, les manifestations – en particulier celles qui concernent les grands projets d’investissement – font couramment l’objet d’une répression directe et d’un abus de procédures judiciaires pour traduire des manifestations légitimes en actes criminels. La criminalisation a pour but de susciter la peur, porter atteinte aux réputations, amoindrir la résistance, obliger les opposants à consacrer du temps et des ressources à se défendre et justifier l’emploi de la force à leur encontre. En fin de compte, les Etats et les entreprises cherchent à affaiblir et neutraliser la résistance afin que les grands projets d’extraction puissent aller de l’avant.

 

Tandis que Mgr Ramazzini participait à des réunions à Bruxelles, un partenaire de la CIDSE, le père Marco Arana, était attaqué sur une route rurale du nord du Pérou. Il se rendait sur les lieux de célébration de l’anniversaire d’un processus de consultation communautaire organisé en 2007, où 97% des votants avaient rejeté la proposition de construire une mine de cuivre dans une zone environnementale fragile. Le véhicule où se trouvait le père Marco et ses compagnons a été pris dans une volée de coups de feu et criblé de grosses pierres et il a été endommagé, notamment au niveau des fenêtres.

 

Ce n’est pas la première fois que la violence est associée à cette mine de cuivre. La mine est actuellement détenue par un consortium chinois, mais elle appartenait en 2005 à une société britannique, Monterrico Metals PLC. En août de cette année-là, 33 personnes ont été détenues pendant trois jours dans les installations du camp, à la suite d’une manifestation pacifique contre les activités de la mine. On allègue que des agents d’une société de sécurité privée engagés par Monterrico Metals auraient torturé les personnes détenues. L’une d’elles est morte. Dans l’affaire qui est passée devant la Haute Cour britannique en 2009, Monterrico Metals a accepté de payer des dommages-intérêts aux personnes ayant été détenues et à la famille de l’homme décédé. Les avocats des victimes ont fait remarquer que bien que Monterrico Metals ne reconnaisse pas sa responsabilité en la matière, la firme a accepté de verser des dommages-intérêts car elle considère que les victimes ont un dossier solide (plus de 80 témoins indiquant la responsabilité de la firme, plus de 50 photos montrant des victimes avec des blessures graves à l’intérieur du camp de la mine, etc.).

 

L’utilisation des ressources naturelles est un élément essentiel de notre existence, mais ceux qui bénéficient de ces ressources ont la responsabilité de veiller à ce que ce soit fait dans le respect des droits de l’homme, de l’environnement et des moyens d’existence des communautés indigènes. L’une des choses à faire est de s’assurer que les communautés sont en mesure de défendre leurs droits dans un environnement tout à fait sûr, sans aucune persécution.

 

Nous avons besoin d’urgence de normes juridiquement contraignantes de l’Union européenne qui garantissent que les activités à l’étranger des entreprises européennes ne violent pas les droits de l’homme. En outre, la politique commerciale doit être cohérente avec la politique de développement. L’Union européenne doit demander aux autorités latino-américaines de remplir leurs obligations de protéger de la criminalisation les défenseurs des droits de l’homme qui s’opposent pacifiquement aux mégaprojets.

 

Geraldine McDonald

Coordinatrice du dossier Produits d’extraction et Pauvreté en Amérique latine, CIDSE

 

 

Version originale de l’article : anglais

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