Tuesday 7. April 2020
#143 - Novembre 2011

 

La sortie du nucléaire ne suffit pas pour assurer un véritable tournant énergétique

Par le Cardinal Reinhard Marx

 

Au début de cette année, la triple catastrophe qui a eu lieu à Fukushima lors du tremblement de terre, du tsunami et de l’accident nucléaire, a tenu le monde entier en haleine. Nous nous souvenons tous très bien des jours durant lesquels nous attendions des nouvelles du Japon dans l’espoir d’appendre que la situation n’était pas aussi grave que ce que l’on craignait. Six mois plus tard, les nouvelles du Japon se font de plus en plus rares, mais nous savons tous que la catastrophe nucléaire qui s’est produite là-bas était de la plus grande ampleur.

 

Bien que les risques potentiels en Allemagne n’ont aucune commune mesure avec ceux encourus au Japon, la situation a déclenché de très vives discussions portant sur la sortie du nucléaire. Les événements de Fukushima ont clairement démontré que des incidents considérés comme très peu probables pouvaient néanmoins survenir et que, même dans un pays technologiquement très développé, il restait impossible de remédier aux conséquences négatives liées à l’utilisation de l’énergie nucléaire. Toutefois, les discussions relatives à la politique énergétique ne porteront pas leurs fruits si elles se focalisent uniquement sur la crainte d’un accident nucléaire majeur. En outre, même si cette crainte est compréhensible, elle ne doit pas nous pousser à abandonner à tout prix et n’importe comment cette forme d’énergie à hauts risques. Ce qu’il faut, c’est un débat réfléchi et profond  sur les défis en matière de politique énergétique, un débat qui recueille un large consensus et qui débouche sur une réorganisation de l’approvisionnement énergétique.

 

Certes, l’énergie nucléaire peut largement contribuer à assurer l’approvisionnement énergétique, mais il ne faut cependant pas perdre de vue que cette technique de production d’énergie comporte de très gros risques. Par conséquent, étant donné que la problématique du stockage des déchets ainsi que la possibilité d’une catastrophe de grande envergure restent d’actualité, l’idée de continuer à utiliser l’énergie nucléaire n’est pas défendable à long terme. Il est donc essentiel d’accélérer le passage aux énergies renouvelables et de mettre un terme à l’utilisation du nucléaire. Les possibilités de sortir du nucléaire et l’évaluation des risques relatifs à ce type d’énergie seront bien entendu différentes dans chaque pays, l’énergie nucléaire continuera par conséquent à être utilisée. Néanmoins, la responsabilité mondiale, que nous endossons au sein des organisations internationales, nous oblige à apporter une contribution substantielle afin de garantir la sécurité des centrales nucléaires et de résoudre le problème du stockage temporaire et définitif des déchets.

 

Toutefois, il en va bien plus que de la simple question du Oui ou du Non à l’énergie nucléaire. Il s’agit aussi d’une question d’équité. Même le Pape Benoît XVI souligne dans son Encyclique « Caritas in veritate » que l’approvisionnement énergétique représente un des plus grands défis pour l’évolution civilisatrice de l’humanité. La surexploitation des rares ressources énergétiques et le changement climatique dû à la consommation des énergies fossiles nuisent déjà maintenant à l’égalité mondiale, intergénérationnelle et environnementale. Par ailleurs, une partie non négligeable de l’humanité ne jouit toujours pas d’un accès libre et peu coûteux à l’énergie. Mais cet accès est en fait la base du bien-être et de la paix sociale. Il est donc nécessaire d’effectuer un virage stratégique en matière de politique écologique et énergétique.

Dans ce contexte, le dilemme principal de la politique climatique et énergétique est le suivant : les personnes responsables d’une consommation énergétique élevée ainsi que des émissions de gaz à effet de serre inhérentes à une telle consommation ne sont pas celles qui en souffrent le plus. La problématique du 21ème siècle est de ce fait étroitement liée, tant du point de vue mondial qu’intergénérationnel et en fonction des causes, à une répartition équitable des conséquences écologiques découlant de l’utilisation de l’énergie. À cette fin, les générations à venir doivent avoir une sorte de droit d’intervention. La Terre que Dieu nous a offerte doit être préservée pour ces générations et toutes les autres créatures afin qu’elle reste un « lieu de vie » rempli d’avenir. Il faut pour ce faire adopter des styles de vie et des comportements empreints de modération et de solidarité. Certains modèles économiques et modes de vie doivent dès lors être revus. En effet, nous n’avons pas le droit de rester indifférents face aux dégâts que nous provoquons.

 

C’est la raison pour laquelle la gestion durable de l’énergie et un changement dans les moyens d’approvisionnement énergétique devraient emprunter trois voies différentes : premièrement, la voie de la modération pour réduire la consommation énergétique, deuxièmement, celle de l’efficacité afin de mieux utiliser les formes actuelles d’énergie et troisièmement, celle du changement dans le but de prendre un tournant énergétique et de passer aux énergies renouvelables. Mais pour suivre ces trois voies, chacun doit faire preuve de volonté. Un tournant énergétique n’est donc pas synonyme de régression,  il peut en fait faire naître une nouvelle forme de progrès durable qui implique une « nouvelle synthèse humaniste », comme l’indique le Pape Benoît XVI dans son Encyclique « Caritas in veritate ». Prendre un tournant énergétique signifie donc bien plus que de produire de l’électricité non nucléaire.

 

Cardinal Reinhard Marx

Vice-président de la COMECE

 

Version originale de l’article : allemand

 

Le secrétariat de la Conférence épiscopale allemande a publié à ce sujet un document d’aide à la réflexion n° 245 (en allemand) « Der Schöpfung verpflichtet. Anregungen für einen nachhaltigen Umgang mit Energie. » (Engagement envers la création. Suggestions pour une gestion durable de l’énergie).

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