Friday 10. July 2020
#143 - Novembre 2011

 

Vers une stratégie énergétique européenne

 

Le Commissaire européen à l’énergie, Günther Oettinger, expose pour Europeinfos sa vision d’une stratégie énergétique pour l’Europe.

 

L'énergie est le fluide vital de notre société et notre mode de vie serait inconcevable sans un approvisionnement fiable et peu coûteux en électricité, chaleur et carburant. Jamais auparavant le monde n'a nécessité autant d'énergie, ressource dont la consommation a presque doublé depuis 1980. Si cette tendance se confirme, il sera difficile d'éviter une crise énergétique majeure, marquée par des coupures d'électricité et des pénuries d'essence ou de gaz.

 

Nous ne pouvons nous permettre d'attendre

Les défis énergétiques comptent parmi les épreuves les plus périlleuses que l'Europe doit affronter. En effet, notre compétitivité économique dépend entièrement d'un approvisionnement fiable en énergie et de la disponibilité matérielle de produits et services énergétiques au prix le plus abordable. Nous devons également agir dès maintenant pour lutter contre le réchauffement planétaire. En même temps, la pression concurrentielle est de plus en plus forte, au niveau mondial, avec des puissances émergentes comme l'Inde ou la Chine qui nécessitent une plus grande part des ressources énergétiques de la planète… et investissent lourdement dans les nouvelles technologies énergétiques. La dépendance croissante de l'UE vis-à-vis des importations en provenance de pays tiers, en particulier de pétrole (85 %) et de gaz (65 %), constitue aussi un motif sérieux de préoccupation. Tous ces défis doivent être relevés et exigent donc une action résolue, mais la récession économique, l'absence de véritable accord en matière de changement climatique, l'augmentation rapide de la demande d'énergie dans les pays en développement et le prix relativement élevé des technologies de valorisation des énergies renouvelables rendent notre tâche plus difficile.

Au cours des 20 prochaines années, nous allons devoir investir mille milliards d'euros dans l'énergie, et ce quoi qu'il advienne. Si nous les investissons avec sagesse, nous pourrons développer de nouvelles sources d'énergie, étendre les réseaux d'approvisionnement, promouvoir l'utilisation des énergies renouvelables et réduire significativement la consommation d'énergie, mais cela implique de prendre aujourd'hui des décisions audacieuses.

 

Une nouvelle stratégie pour la prochaine décennie

La Commission européenne propose donc, pour les années à venir, une stratégie ambitieuse qui structurera vraiment le marché unique européen de l'énergie et «européanisera» les politiques énergétiques dans toute l'UE. En effet, les politiques nationales ne suffisent plus pour assurer une reprise économique soutenue et préserver notre niveau de vie. Toute décision prise par un État membre a une incidence sur les autres États. Le morcellement des marchés nuit à la sécurité d'approvisionnement et limite les avantages d'une concurrence équitable tandis que nos investissements pour l'avenir ne seront rentables et efficaces que dans le cadre d'un marché continental. Il ne faut pas espérer de miracle. Nous devons promouvoir une politique énergétique commune qui contribue à la réalisation des objectifs stratégiques que nous poursuivons: la compétitivité, la durabilité et la sécurité d'approvisionnement.

À cet égard, je vois 5 lignes d'action dans l'intérêt de tous les États membres et de tous les Européens.

 

Priorité aux économies d'énergie

Premièrement, il y a de nombreuses possibilités, encore inexploitées, d'économiser l'énergie, lesquelles réduiraient les dépenses des particuliers comme des entreprises. Compte tenu des engagements de réduire considérablement nos émissions et d'atteindre l'objectif d'augmenter l'efficacité énergétique de 20 % d'ici à 2020, c'est une action sur la demande d'énergie qui est la plus susceptible d'avoir un impact immédiat sur les économies d'énergie, la réduction des déchets et le maintien de notre compétitivité. Les estimations montrent que, pour un ménage, les économies d'énergie peuvent s'élever à 1 000 euros par an en moyenne. Pour y parvenir, nous devons trouver les meilleurs moyens d'économiser l'énergie et de l'utiliser plus efficacement et nous devons mettre en place des outils performants. À cet effet, la Commission proposera cette année un nouveau plan d'action pour l'efficacité énergétique afin de préciser l'objectif en matière d'économies d'énergie et de recenser les solutions innovantes en vue d'actions immédiates et à long terme, notamment dans les bâtiments et les transports. Nous devrions nous concentrer, en priorité, sur les pouvoirs publics qui peuvent donner l'exemple et appliquer des critères d'efficacité énergétique dans tous les marchés publics de travaux, de services et de produits.

 

Un marché unique européen de l'énergie fortement intégré

Le marché unique de l'énergie doit être complètement intégré car seul un marché à l'échelle de l'Europe a la dimension appropriée pour assurer l'accès aux ressources et justifier les énormes investissements qui s'imposent. Nous ne devrions donc plus tolérer de barrières empêchant les flux énergétiques de circuler à l'intérieur de l'UE, ni que les frontières nationales puissent limiter les avantages du marché unique, la compétitivité de nos entreprises et la satisfaction des besoins essentiels de l'ensemble de la population. Concurrence équitable, qualité de service et libre accès doivent être garantis. À cet égard, l'application correcte de toute la législation de l'UE est une nécessité, mais l'existence de l'infrastructure adéquate est une condition sine qua non. Il est temps que le secteur de l'énergie dispose d'une infrastructure paneuropéenne comparable à celle dont d'autres secteurs d'utilité publique, comme les télécommunications et les transports, bénéficient depuis longtemps: d'ici à 2015, aucun État membre ne devrait être isolé du marché intérieur de l'énergie pour ce qui est de l'approvisionnement. Cela signifie que nous devons concentrer nos efforts sur des projets concrets qui sont indispensables pour atteindre nos buts: la solidarité, un marché interconnecté, de nouvelles capacités de production, un réseau intelligent et la production à grande échelle d'énergie renouvelable, accessible à tous à des prix compétitifs. Nous devons aussi construire de nouveaux gazoducs d'importation – comme Nabucco – pour diversifier et renforcer notre approvisionnement en gaz. L'UE a un rôle essentiel à jouer pour faire en sorte que ces investissements soient réalisés et produire l'effet de levier nécessaire afin de rendre ces investissements plus attrayants.

 

Le citoyen d'abord

C'est l'impact sur la population qui devrait toujours motiver ces efforts. Les consommateurs devraient bénéficier d'un plus large choix et tirer avantage des nouvelles possibilités. Les politiques énergétiques doivent donc être plus accessibles au consommateur, ce qui exigera davantage de transparence et d'information. Aussi souhaiterais-je que tous les outils, comme la liste de contrôle Consommateur, soient perfectionnés et plus largement employés. Cela implique également de respecter le droit des consommateurs à la satisfaction de leurs besoins énergétiques de base à tout moment, y compris en cas de crise d'approvisionnement.

La politique énergétique de l'UE vise aussi à instaurer une plus grande transparence, à fournir plus d'informations de meilleure qualité, à mieux faire fonctionner le marché de détail et à mettre au point une infrastructure adaptée et des filets de sécurité pour les consommateurs vulnérables. Cela s'ajoute aux efforts constants en faveur d'une sécurité et d'une sûreté accrues dans la production et le traitement de l'énergie. Aujourd'hui, l'UE représente une valeur ajoutée décisive pour toute la population car elle garantit l'application, dans tous les États membres, des normes les plus rigoureuses en matière de sûreté et de sécurité nucléaires, d'extraction de pétrole et de gaz en mer ou de développement de nouvelles technologies énergétiques. Nous devons garder le cap et ne pas relâcher notre vigilance.

 

Vers une rupture technologique

Dans le domaine des technologies énergétiques, nous devons consolider et accentuer l'avance de l'Europe. Je souhaiterais élaborer un cadre de référence européen dans lequel les États membres et les régions puissent optimiser leurs efforts en vue d'accélérer l'adoption des technologies par le marché. En matière d'énergies renouvelables, l'Europe dispose des entreprises et des instituts de recherche parmi les plus performants du monde et nous devons rester en tête. Au-delà du plan stratégique pour les technologies énergétiques, nous devrions lancer des projets à grande échelle et à forte valeur ajoutée européenne:

- réseaux intelligents pour relier l'ensemble du système de réseaux électriques à chacun des ménages et offrir un meilleur accès aux sources d'énergie renouvelables,

- leadership en matière de stockage de l'électricité pour favoriser l'adoption massive de l'énergie produite à partie de sources renouvelables,

- production durable et à grande échelle de biocarburants grâce à une grande initiative industrielle européenne pour la bioénergie, dotée d'un budget de 9 milliards EUR, pour garantir une adoption rapide des biocarburants de deuxième génération,

- partenariat pour l'innovation «Villes intelligentes» pour promouvoir, dans toute l'Europe, les systèmes énergétiques intégrés au niveau local et faciliter les économies d'énergie.

 

Renforcer le rôle moteur de l'UE dans le monde

L'UE devrait s'imposer comme un partenaire privilégié dans les négociations internationales. La situation actuelle, dans laquelle les partenaires extérieurs peuvent «diviser pour mieux régner», est intenable. Avec 500 millions d'habitants, l'UE dispose du plus grand marché régional de l'énergie au monde et représente un cinquième de la consommation mondiale d'énergie. En moyenne, nous importons quelque 3 millions de tonnes d'équivalent pétrole par jour. L'UE est aussi le bloc économique le plus important du monde. Nous devons donc mettre à profit notre poids géopolitique et tirer avantage du marché unique. Chaque fois que l'UE a parlé d'une seule voix, par exemple en matière de coopération internationale sur le nucléaire, elle a obtenu des résultats. L'Europe doit se doter d'un mécanisme pour coordonner ses efforts et envoyer des messages cohérents à ses principaux partenaires. L'intégration des marchés de l'énergie avec nos voisins est une nécessité et contribue à notre sécurité comme à la leur, mais nos relations internationales doivent être développées et viser à l'instauration de partenariats stratégiques avec des partenaires clés. Une politique européenne commune est un atout majeur pour renforcer notre position dans les négociations difficiles et garder notre rôle de premier plan sur la scène internationale.

 

Il est temps d'agir:

Le système énergétique mondial est entré dans une phase de transition rapide dont on peut s'attendre à ce qu'elle ait des répercussions majeures au cours des prochaines décennies. Il est désormais temps d'agir. Notre stratégie reposant sur 5 piliers doit donc fournir la clé du succès pour les années à venir.

Au cours des dix-huit prochains mois, je présenterai un certain nombre d'initiatives européennes nouvelles pour atteindre nos objectifs énergétiques de 2020 et rendre nos systèmes énergétiques plus sûrs, plus durables et plus compétitifs. Les Européens en sortiront gagnants et le poids de l'Union dans le monde s'en trouvera accru. Comme disait Jean Monnet: «Sans vision, les peuples périssent.» Notre génération doit saisir l'occasion de faire de cette vision stratégique une réalité.

 

Günther Oettinger

Commissaire européen à l’énergie

 

Version originale de l’article: allemand

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