Thursday 28. May 2020
#146 - février 2012

 

Après Durban : le changement climatique peut-il attendre ?


Les accords de Durban ont permis de progresser quelque peu en direction de l’établissement d’un régime climatique universel, sans qu’il y ait suffisamment de résultats pour prévenir les changements climatiques dangereux et leurs impacts sur les pays les plus vulnérables.

 

Les dernières négociations de la CCNUCC qui se sont déroulées en Afrique du sud en décembre dernier en matière de climat ont suscité de grandes attentes de la part de la société civile dans toute l’Afrique et les pays en développement. Malheureusement, les résultats n’ont pas été à la hauteur de ces attentes. Bien que le nouvel ensemble de mesures fasse avancer les négociations en direction de l’établissement d’un régime climatique international global, les progrès réalisés ne sont pas encore suffisants pour protéger les pays les plus vulnérables, qui subissent déjà les effets négatifs du changement climatique, ni pour éviter que le monde ne s’achemine vers une hausse de 3,5°C de ses températures globales moyennes. Malgré certaines décisions importantes sur le régime climatique et sur les finances dans ce domaine, le manque d’ambition politique a renforcé les risques à l’égard de ce que l’on appelle la justice climatique ainsi qu’à l’égard des communautés vulnérables, qui sont les moins responsables des taux insoutenables actuels en matière d’émissions de gaz à effet de serre. En reportant de nouveau la prise de mesures urgentes absolument indispensables, la communauté internationale risque de ne pas arriver à faire face à l’urgence climatique.

 

Une deuxième période d’engagement dans le cadre du Protocole de Kyoto est d’une importance fondamentale pour maintenir à l’ordre du jour le régime climatique au titre de la Convention des Nations Unies sur les Changements Climatiques. Malheureusement, le nombre de pays signataires de cette deuxième période d’engagement est insuffisant et l’ambition dont témoignent les réductions d’émissions dans le cadre de ce “Kyoto 2” n’est pas à la hauteur de ce que demande la science. On constate aussi un manque de clarté au sujet de la forme juridique et de la longueur de la période d’engagement car ces décisions ont été reportées au prochain sommet sur le climat. La CIDSE et d’autres ONG avaient insisté pour avoir davantage de garanties, sous la forme d’un cadre juridique obligeant toutes les parties du Protocole de Kyoto à réaliser d’ambitieuses réductions d’émissions pendant une période maximale de cinq ans, période à l’issue de laquelle tous les pays du monde s’engageraient à mettre en œuvre un instrument global qui soit juridiquement contraignant.

 

Bien que ce “Kyoto 2’’ ne soit pas suffisamment ambitieux, il a quand même réussi à ce que l’établissement du régime climatique international reste en bonne voie et que tous les pays du monde rejoignent le Groupe ad hoc sur la Plate-forme de Durban pour une action renforcée (AWG-DPEA). Un accord universel sur les réductions d’émissions pour tous est une étape d’importance vitale, car il est crucial que tous les pays unissent leurs efforts pour rester au-dessous d’une hausse de 2°C des températures globales – et même, si possible, au-dessous d’une hausse d’1,5°C – par rapport aux taux de 1990. Mais cet accord est loin d’être parfait. Premièrement, un accord universel sur les réductions d’émissions ne contribuera à résoudre la crise climatique que s’il a force obligatoire. Deuxièmement, les objectifs de réduction d’émissions doivent être fixés en fonction de l’historique de la contribution de chaque pays aux niveaux actuels d’émissions de gaz à effet de serre. Enfin, un accord universel n’aidera à éviter les pires impacts des changements climatiques que s’il est mis en œuvre à temps, c’est-à-dire pas plus tard qu’en 2018. Ces trois éléments cruciaux manquent encore à la Plate-forme de Durban.

 

Les accords de Durban tant attendus ont également permis de mettre sur pied le Fonds Climatique Vert comme instrument régissant les fonds destinés aux changements climatiques. Malheureusement, c’est souvent sur les détails que l’on trébuche, et même si des jalons essentiels ont été posés, les pays doivent encore s’engager à bien davantage pour faire face à l’urgence climatique.

 

La mise en œuvre de ce Fonds Climatique Vert constitue une étape importante pour l’établissement d’un outil efficace de financement des mesures d’adaptation et d’atténuation par rapport aux changements climatiques pour les pays en développement. Toutefois, le Fonds ne sera d’aucune aide s’il ne contient pas de ressources financières stables et prévisibles. Les pays développés doivent encore identifier une série de sources de financement à long terme – y compris des sources innovantes – pour alimenter ce Fonds. Il incombe aux pays développés de fournir aux pays en développement des garanties au sujet des sources de financement qui vont alimenter le Fonds Climatique Vert afin qu’il n’y ait pas d’interruption dans le financement après 2012 et que des fonds stables et appropriés soient disponibles, à savoir 100 milliards de dollars par an en 2020, promis à Cancún en 2010.

 

Un élément positif qui a été observé à la conférence de Durban est l’émergence d’une nouvelle coalition des bonnes volontés, composée de l’Union européenne, de l’Alliance des Petits Etats Insulaires (AOSIS), des Pays les Moins Avancés (PMA) et du groupe de l’Afrique. Ces pays se sont unis pour développer une politique climatique cohérente, en demandant un accord équitable à force obligatoire qui permettrait au monde de rester au-dessous du seuil de 2°C. Ce groupe progressiste devra continuer de se serrer les coudes et de pousser la communauté internationale, en particulier les principaux responsables des blocages, à prendre les mesures nécessaires. L’Union européenne devra aussi jouer un rôle de leader en ce qui concerne les efforts d’atténuation des changements climatiques au niveau intérieur, étant donné que les négociations climatiques internationales n’ont pas encore donné suffisamment de résultats. Elle devra également accepter d’augmenter ses objectifs de réduction d’émissions pour les faire passer de 20% à 30% d’ici 2020. Il incombe aux pays développés d’agir dès maintenant afin de résoudre la crise climatique pour préserver notre avenir à tous.

 

Emilie Johann

Responsable des questions de politique et de plaidoyer en matière de justice climatique à la CIDSE, une alliance internationale d’agences catholiques de développement

 

 

Version originale de l’article : anglais

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