Wednesday 28. October 2020
#147 - mars 2012

 

L’Afrique, un partenaire stratégique de l’Union européenne

 

Il faut éviter de traiter l’Afrique et ses peuples en objets.

 

L’Afrique vit une transition où se mêlent espoir et absence d’attentes. L’optimisme initial au sujet des bouleversements sociaux au Maghreb se transforme en lourdes incertitudes. La nouvelle vague de violence au Nigeria (avec des attaques contre des chrétiens et plusieurs églises), les séquelles de la guerre civile en Côte d’Ivoire, la poursuite de l’instabilité dans la région des Grands Lacs, l’urgence humanitaire dans les pays de la Corne de l’Afrique ou la crise qui dure depuis des années en Somalie sont quelques exemples d’expériences douloureuses. Mais hormis ses vastes réserves naturelles, ce sont les Africains et leur grande ouverture de cœur et d’esprit qui constituent la ressource la plus importante de l’Afrique.

 

L’attitude de l’Union européenne vis-à-vis de l’Afrique est également un jeu d’ombres et de lumières. L’Union européenne est le plus gros donateur du monde en Afrique, mais elle se sert de ses fonds pour promouvoir entre autres, dans le domaine politique, l’agenda de ce que l’on appelle la “santé reproductive” (y compris l’avortement et la stérilisation) dans le cadre du 5ème Objectif de Développement du Millénaire défini par les Nations Unies. L’Union européenne est également le plus gros partenaire commercial de l’Afrique (en 2009, 36% des importations totales en Afrique provenaient d’Europe, tandis que 37% des exportations africaines étaient destinées à l’Europe), mais l’équité des échanges est à améliorer. L’Union européenne soutient ses voisins africains en fonction de leurs progrès dans le domaine de la mise sur pied et de la consolidation de la démocratie, des droits de l’homme et du respect de l’Etat de droit : mais malheureusement, les “droits humains” incluent ici le mariage entre personnes de même sexe, comme l’a déclaré l’ambassadeur du Royaume-Uni au Nigeria qui, lors d’une réunion avec des représentants du gouvernement nigérian, a exprimé son opposition à l’encontre d’un projet de loi interdisant le mariage entre personnes de même sexe ; or, ce projet de loi est soutenu par les politiciens et la société civile du Nigeria, qu’il s’agisse de chrétiens ou de musulmans.

 

Depuis le Sommet Afrique-UE de 2007 à Lisbonne, les relations mutuelles ont changé, comme le montrent les partenariats thématiques communs mis en œuvre dans le Plan d’action stratégique actuel pour la période 2011-2013. Néanmoins, l’instabilité politique, l’injustice sociale et la répartition injuste des biens et des ressources parmi les membres des communautés locales et nationales ainsi que la corruption, l’absence d’Etat de droit et même l’intolérance, la discrimination et la persécution (pour des motifs ethniques, politiques ou religieux) dans certains pays, sont de solides raisons d’émigrer. Comme Benoît XVI l’a récemment souligné, la migration à l’intérieur et à l’extérieur du continent devient ainsi un drame multidimensionnel, qui affecte sérieusement le capital humain de l’Afrique, provoquant la déstabilisation ou la destruction des familleshttp://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/apost_exhortations/documents/hf_ben-xvi_exh_20111119_africae-munus_en.html”. L’envergure de ce mouvement, qui touche tous les pays, révèle l’ampleur cachée des différents types de pauvreté provoquée par les carences de l’administration publique. D’autre part, la reconnaissance juridique d’une citoyenneté commune – même au niveau constitutionnel – et le respect total de la liberté religieuse à laquelle ont droit les minorités religieuses, sont des éléments clé de la paix sociale en Afrique.

 

Une meilleure gouvernance commune en matière de migration et de mobilité dans une perspective de développement, de la part des institutions et des Etats membres de l’Union européenne ainsi que des Etats africains d’origine et de transit, constitue un intérêt commun qui comporte la facilitation des visas, une politique de retour et de réadmission raisonnable, la facilitation de la migration circulaire et la mise en œuvre d’un système de regroupement familial juste et équilibré. La lutte contre la traite des êtres humains et le trafic illicite de migrants ainsi que la protection qui est due aux demandeurs d’asile doivent être intégrés dans les préoccupations de l’Union européenne.

 

La société et les Etats de l’Union pourraient également prendre d’autres initiatives concrètes : donner du pouvoir aux organisations de la diaspora ; faciliter la portabilité des pensions ; promouvoir des services bancaires ruraux pour les transferts d’argent des migrants à leur famille dans les pays de destination ; accroître la mobilité des étudiants, des chercheurs, des enseignants et des autres professionnels ; éviter la fuite des cerveaux (par ex. en mettant en place la Blue Card), notamment au moyen du transfert de savoir vers l’Afrique et de la mise en pratique de normes de recrutement éthiques, en particulier dans des secteurs sensibles tels que celui de la santé.

 

Une véritable coopération au développement aidera l’Afrique dans sa phase de transition vers la modernité, guidée par des critères sûrs qui reposent sur la dignité de la personne, l’importance de la famille et le respect de la vie. Toutes ces valeurs sont en vue du bien commun qui seul doit primer, et qui seul doit constituer la préoccupation majeure de tout responsable.

 

José Luis Bazán

 

Version originale de l’article: anglais

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