Thursday 28. May 2020
#149 - mai 2012

 

Rio + 20 et l’Union européenne

 

En juin 2012, vingt ans après le Sommet de la Terre, Rio de Janeiro deviendra à nouveau la « capitale mondiale du développement durable » en accueillant la Conférence "Rio+20" des Nations Unies.développement durable vingt ans après le Sommet de la Terre.

 

En juin 2012, vingt ans après le premier « Sommet de la Terre », Rio de Janeiro sera à nouveau la « capitale mondiale du développement durable » à l’occasion de la Conférence des Nations Unies intitulée « Rio + 20 ». Parmi les fruits de la Conférence de Rio de 1992, il est possible de rappeler la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (UNFCCC), bien connue, qui est à l’origine de toutes les négociations internationales ultérieures en matière de changement climatique.

 

On ne saurait passer sous silence le développement économique d’un grand nombre de pays au cours de ces vingt dernières années, une évolution évidente dans le rôle nouveau que la Chine, l’Inde ou le Brésil demandent à jouer aujourd’hui sur la scène internationale. Mais ceci ne peut cacher le fait que 1,4 milliards de personnes dans le monde vivent toujours dans l’extrême pauvreté et qu’environ un sixième de la population mondiale souffre de malnutrition. Quant aux progrès réalisés vers l’accomplissement des Objectifs de Développement du Millénaire, le dernier rapport montre que seule la moitié de la population mondiale a accès à des moyens sanitaires améliorés, que le développement passe à côté des plus vulnérables, comme les femmes, les enfants et les pauvres vivant en milieu urbain. En réalité, la réalisation des Objectifs du Millénaire souffre d’un fort déséquilibre sur le plan régional et est tout sauf un succès dans les pays dits les plus fragiles.

 

En 2001, l’UE a adopté sa première stratégie en faveur du développement durable (EU SDS) : Développement durable en Europe pour un monde meilleur: stratégie de l'Union européenne en faveur du développement durable qui fut renouvelée en 2006 et en 2009. Ces stratégies ont été suivies par Eurostat au moyen de rapports ad hoc, le dernier ayant été publié en 2011. Comprenant plus d’une centaine d’indicateurs, l’analyse offre un bilan contrasté. Parmi les changements positifs, entre 2008 et 2009, deux millions de personnes de moins se sont retrouvées sous le seuil de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Une telle situation devra toutefois être confirmée au vu de la crise économique actuelle. Il y a des changements positifs dans les indicateurs liés aux émissions de gaz à effet de serre, la réalisation des engagements pris à Kyoto et le respect de l’objectif de réduction de ces émissions de 20% en 2020 par rapport aux niveaux de 1990 devenant ainsi probables.

 

Au chapitre de l’absence de changements notables, le rapport indique la stagnation du PIB, principalement due à la crise économique et une augmentation limitée de l’espérance de vie. Les indicateurs moins positifs concernent : la demande en matières premières (et leur impact sur l’environnement) qui continue à croître ; l’échec de l’UE à atteindre son objectif de taux d’emploi de travailleurs âgés fixé à 50% ; la pêche en zone Atlantique du Nord-Est qui dépasse les niveaux permettant une exploitation durable des stocks de poissons ; la mauvaise direction prise par l’UE en matière d’objectif d’aide au développement qui aurait dû atteindre un taux fixé à 0.7% du PIB en 2015. Ces exemples indiquent la variété des éléments à prendre en considération lorsque l’on parle de développement durable et la complexité du concept en question.

 

La proposition de l’UE en vue de la Conférence Rio + 20 se concentre sur trois axes : investir dans le domaine de la gestion durable des ressources clefs et du capital naturel ; établir un marché juste et des conditions réglementaires adaptées ; améliorer la gouvernance et l’implication du secteur privé. Bien que le ton général du document soit positif, il paraît bon de souligner l’un ou l’autre point sensible. Premièrement, attribuer au marché la capacité la plus efficace à gérer des ressources clefs comme l’eau ou l’énergie ne prend pas en compte l’opinion négative du public en la matière, comme l’a montré le récent référendum en Italie sur la privatisation de l’eau. Deuxièmement, l’aspect des conditions de réglementation est faible dans le document. Il n’est pas juste d’insister sur l’efficacité du Mécanisme d’Echange des Emissions de l’UE sans reconnaître les larges critiques dont il est l’objet et le sentiment général de son échec. De plus, le document n’insiste pas suffisamment lorsqu’il décrit les conditions de réglementation, principalement parce qu’il omet de traiter des marchés financiers. Il ne parle pas non plus du besoin de nouveaux acteurs de faire appliquer ces réglementations ou de la manière de renforcer des acteurs déjà existants en vue de les aider à prendre de nouvelles responsabilités. La Communication paraît s’en tenir à un registre purement rhétorique lorsqu’elle décrit la multitude d’organes des Nations Unies comme étant la panacée pour améliorer la gouvernance globale, sans mentionner les énormes difficultés actuelles des Nations Unies à mettre en œuvre les politiques décidées. Il est enfin très décevant qu’aucune mention ne soit faite de la Responsabilité sociale des Entreprises comme source de moralité dans le secteur privé. Espérons que les discussions de Rio amélioreront cette proposition qui reste timide.

 

Jose Ignacio Garcia Jimenez SJ

Jesuit European Social Centre (JESC)

 

Version originale de l’article: anglais

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