Wednesday 28. October 2020
#151 - juillet-août 2012

 

La situation africaine en matière de "santé sexuelle et reproductive"

 

Ce dont l’Afrique a vraiment besoin, c’est d’éradiquer les maladies et la faim et d’encourager sa population à être autonome, grâce à un investissement massif en termes de développement du capital humain. La distribution de contraceptifs n’est pas un besoin par lequel il faut commencer.

 

Theresa Okafor est Directrice de la Fondation pour le Patrimoine Culturel Africain (FACH), une coalition de la société civile nigériane qui regroupe 20 organisations non-gouvernementales dont les activités sont consacrées à promouvoir la vie et la famille. Elle a communiqué à Europeinfos une interview écrite qui témoigne de la situation en Afrique en ce qui concerne la "santé sexuelle et reproductive".

 

Vous dites que l’héritage culturel que les Africains ont reçu de l’Europe a changé spectaculairement entre hier et aujourd’hui. Pourriez-vous expliciter cette affirmation ?

 

Le christianisme a apporté un développement important au continent africain, en particulier dans le domaine de l’éducation et de la santé. Grâce au christianisme, une culture de la vie s’est profondément enracinée dans ce continent. Dans certaines parties d’Afrique, par exemple, les jumeaux étaient considérés comme tabous et ils étaient tués parce que les gens les voyaient comme des messagers funestes annonçant l’arrivée du mal. Il a fallu le courage de Mary Slessor pour mettre fin à l’assassinat des jumeaux et autres pratiques fétichistes telles que les sacrifices humains.

 

La situation s’est malheureusement inversée aujourd’hui : l’Europe cherche actuellement à redéfinir radicalement la culture, les valeurs et la morale africaines qui sont chères au cœur des Africains. L’idée de liberté est maintenant interprétée de façon erronée car les droits ont été dépouillés de la responsabilité correspondante qui est censée les accompagner. On dit aujourd’hui aux femmes qu’elles ont le droit de décider de faire tout ce qu’elles veulent de leur propre corps, en rejetant l’existence de la vie en elles. La liberté et les droits sont aujourd’hui cruellement mal interprétés en ce sens que les droits de l’enfant à naître sont aux mains de la femme.

 

Il y a aussi l’agenda culturel de l’Europe en ce qui concerne la redéfinition de ce qu’est le mariage. Le mariage est considéré par les Africains comme se concluant entre personnes de sexe opposé, avec pour objectif prépondérant la procréation. Le mariage entre personnes de même sexe nie cette définition africaine séculaire du mariage. Il est en effet stérile et improductif. Le Premier ministre britannique David Cameron a menacé de faire dépendre l’aide étrangère de la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe. Il a promis de réduire radicalement l’aide aux pays d’Afrique où la situation est mauvaise en matière de respect des droits des homosexuels.

 

Quels sont les rôles joués par les acteurs les plus concernés dans le domaine de la coopération à la santé, notamment en ce qui concerne ce que l’on appelle la "santé sexuelle et reproductive" ?

 

Certaines agences internationales de développement ont fait preuve de complicité en matière de promotion de l’agenda de l’avortement sur le continent africain. Cet agenda est subrepticement promu sous couvert de soutenir la réalisation d’avortements dans de bonnes conditions de sécurité.

 

Le ministère britannique du développement international (DFID) soutient l’avortement sous l’apparence astucieuse d’en promouvoir la sécurité. Pour le ministère, l’avortement est assimilé à un "droit", puisque les femmes ont le droit de faire des choix en matière de santé reproductive. L’avortement est également considéré comme une "nécessité".  Les avortements réalisés dans des conditions dangereuses représentent 13% de tous les décès maternels.  Le ministère est d’avis que le manque d’accès à l’avortement dans de bonnes conditions de sécurité empêche sérieusement certains pays de pouvoir atteindre l’Objectif 5 de Développement du Millénaire  (amélioration de la santé maternelle). Entre 2008 et 2012, le DFID a donné £8,9 millions à l’IPAS, un organisme qui promeut l’avortement, afin de financer l’avortement en Afrique subsaharienne.

 

Existe-t-il un lien entre le contrôle démographique d’une part et l’éradication de la pauvreté et le développement d’autre part ?

 

Ce dont l’Afrique a vraiment besoin, c’est d’éradiquer les maladies et la faim et d’encourager sa population à être autonome, grâce à un investissement massif en termes de développement du capital humain. La distribution de contraceptifs n’est pas un besoin par lequel il faut commencer.  Pour quelles raisons faudrait-il donner des contraceptifs à une femme souffrant de malnutrition ? Beaucoup de femmes meurent en couches, non pas à cause d’un manque d’accès aux contraceptifs mais à cause de leur mauvaise santé et de la malnutrition. Le dumping de contraceptifs est une solution à courte vue qui ne fera avancer en rien le continent africain.

 

Il n’existe aucun lien entre le contrôle démographique et l’éradication de la pauvreté. Il est instructif de constater que le Nigéria et l’Ethiopie, qui ont des taux de fertilité élevés, figurent parmi les pays dont l’économie se développe le plus rapidement, d’après l’étude économique effectuée par le FMI en 2011.

 

Les données des Nations Unies démontrent que la croissance démographique est en fait un facteur qui conduit à la prospérité économique : “Entre 1900 et 2000, la population mondiale est passée de 1,6 à 6,1 milliards de personnes. Toutefois, alors que la population mondiale s’est quasiment multipliée par 4, le produit intérieur brut (PIB) effectif dans le monde s’est multiplié de 20 à 40 fois, ce qui a permis non seulement de supporter le poids de cet accroissement de population mais aussi de le faire avec un niveau de vie considérablement plus élevé.”

 

Interview réalisée par José Ramos-Ascensão

COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

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