Thursday 28. May 2020
#151 - juillet-août 2012

 

Rio+20, pas exactement "l’avenir que nous voulons"

 

La Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable a eu des résultats peu satisfaisants. Elle n’apporte rien de nouveau ni d’ambitieux. Le seul élément qui vaille peut-être la peine d’être signalé, et qui est loin d’être insignifiant, c’est que la Conférence a rétabli la confiance en la capacité des négociations multilatérales à produire au moins quelques résultats dans le domaine de la durabilité.

 

La Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable, également connue sous le nom de Rio+20 en commémoration de la Conférence célébrée à Rio de Janeiro en 1992, a abouti à un accord intitulé "L’Avenir que nous voulons". Cet accord de 53 pages, qui n’a pas suscité l’enthousiasme du public ni celui des experts, a néanmoins permis de conclure avec un certain succès une conférence qui a dû faire face à d’énormes défis. En outre, le souvenir de l’échec de la Conférence de Copenhague en 2009 est encore très vif.

 

La critique la plus fréquente, se rapportant à l’ambition limitée de l’accord final, pourrait également expliquer le peu d’attention que les médias du monde entier ont accordée à la Conférence. On ne peut pas oublier le contexte du ralentissement des performances économiques mondiales qui renforcent, du moins dans le cas de l’Europe, le sentiment d’une tourmente économique et d’un endettement public que le Sommet ne pouvait pas négliger.

Rio+20 avait pour objectif de relever les deux grands défis mondiaux de notre temps : la pauvreté et la crise environnementale. On pourrait croire que ces deux défis nécessitent des réponses divergentes, mais en fait ils se renforcent mutuellement. Alors que des pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil ont des millions de personnes en train de quitter la pauvreté pour se retrouver dans une classe moyenne diffuse, l’environnement mondial connaît une détérioration profonde, marquée en particulier par l’accumulation de gaz à effet de serre et leurs effets potentiels sur le changement climatique.  Il faut y ajouter la dévastation des ressources naturelles, la production de récoltes axées sur les biocombustibles plutôt que sur les denrées alimentaires, la surexploitation des pêcheries, l’accaparement des terres en Afrique et l’augmentation spectaculaire de l’exploitation des réserves de minerais (tels que l’or ou les métaux de terres rares). Rien qu’au Mexique, au cours des années 2000-2010, la production des mines d’or a dépassé celle de l’ensemble de la période de la colonisation espagnole qui a duré plus de 300 ans (191 tonnes contre 491 au cours de la première décennie de ce siècle). Le bilan est positif en matière de diminution de la pauvreté, mais manifestement négatif du côté de l’environnement (en termes relatifs), étant donné la croissance démographique de la planète et l’absence de réduction du nombre de personnes (un milliard) vivant avec moins d’un dollar par jour. Malheureusement, les dégâts environnementaux ont aussi un impact sur les moyens de subsistance et sapent la durabilité des bénéfices actuels.

 

La Conférence Rio+20 était censée donner un nouvel élan à la protection de l’environnement. Malheureusement, les politiques sociales ne figuraient pas à l’ordre du jour des négociations,  car bon nombre de pays participants n’auraient pas réussi le test minimum de transparence, de bonne gouvernance ou de respect des droits de l’homme. Pour trouver une formule qui puisse intégrer les préoccupations relatives aux impacts environnementaux des activités humaines et le droit légitime des Etats d’aider leurs citoyens à sortir de la pauvreté,  un nouveau terme a été créé, celui "d’économie verte". Dans la perspective la plus positive, cette expression désigne un mouvement en direction des énergies renouvelables, de systèmes de production plus efficaces et de modes de consommation plus responsables. Dans la perspective la plus négative, ce terme renvoie à la notion de statu quo économique, où rien ne change si ce n’est l’apparition d’un nouveau marché qui attirera de nouveaux investissements en offrant de bons rendements dans le secteur de ces nouvelles technologies capables de générer l’approbation de la société.

 

Toutefois, après le Sommet, nous n’en savons guère plus sur l’économie verte car Rio+20 n’a pas développé ce concept, n’a approuvé aucun mécanisme de mise en œuvre, n’a convenu d’aucun calendrier et bien sûr d’aucun budget. La proposition de renforcer les organismes des Nations Unies liés à l’environnement (en particulier la Commission du Développement Durable et le Programme Environnement) s’est transformée en simple demande à l’Assemblée Générale de l’ONU, ce qui est une façon de retarder une réponse négative.

L’Union européenne s’est montrée discrète à Rio, en grande partie certainement à cause de sa situation économique difficile. De même, le contexte pré-électoral aux Etats-Unis a conduit son administration à faire profil bas.  La direction diplomatique des opérations a été presque exclusivement aux mains du Brésil, ce qui est peut-être un signe de nouveaux changements dans la structure du leadership mondial. Tout le monde a reconnu la capacité des diplomates brésiliens à composer un accord tout en évitant les "lignes rouges" des Etats, c’est-à-dire les points qu’ils trouvent totalement inacceptables, et en recherchant les meilleurs résultats qui puissent réunir l’assentiment de tous (ce qui reste donc très insuffisant par rapport aux espoirs raisonnables de certains). Le "Monde que nous voulons" s’est avéré être un monde fort similaire à celui que nous avons déjà.

 

José Ignacio García

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

 

Lire la Déclaration du Président de la COMECE, le Cardinal Marx, à l’occasion de la Conférence de Rio+20

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