Thursday 28. May 2020
#152 - septembre 2012

 

De Durban à Doha : la conférence Rio+20 - jalon ou impasse?

 

On attendait des décideurs qu’ils disent stop aux chemins non durables où nous sommes engagés et qu’ils soutiennent les solutions viables les plus urgentes. Ils n’y sont pas arrivés.

 

Les attentes vis-à-vis de la conférence Rio+20 étaient mitigées : des sentiments allant de la résignation à l’égard de ce que l’on pouvait bien attendre d’une vaste conférence à haut niveau de ce type dans une période de crises multiples, à l’espoir que les décideurs auraient néanmoins le courage de saisir cette occasion pour faire advenir le changement, en direction du véritable Avenir que nous voulons et dont nous avons besoin. Les organisations de la société civile, les mouvements sociaux, les organisations de terrain, les groupements de jeunesse… ont fait pression pour que cette conférence soit celle où des changements systémiques auraient lieu, car son ordre du jour n’était rien moins que la mise en place d’une économie verte dans le contexte du développement durable, l’éradication de la pauvreté et un cadre institutionnel du développement durable, englobant donc quelques sept questions majeures à affronter. Les tâches-clé que nous préconisons en tant que CIDSE, en collaboration avec nos partenaires et nos alliés, portaient en effet sur la nécessité que les décideurs aient la force politique de s’attaquer aux racines des crises structurelles auxquelles nous sommes confrontés dans le domaine de l’alimentation, de l’énergie, du climat, des ressources naturelles, de l’inégalité hommes-femmes, de la finance et de l’économie. Il est crucial de s’atteler à résoudre ces crises car elles sapent la capacité des plus vulnérables à se développer, notamment lorsque les tendances positives en matière de lutte contre la pauvreté sont démenties par des inégalités persistantes. Pour mettre en œuvre efficacement de nouvelles politiques, nous avons demandé l’élaboration d’un cadre de développement durable qui permette de relever des défis intimement liés les uns aux autres et qui contribue à l’établissement d’un nouveau cadre global unique et solide pour faire le suivi des Objectifs de Développement du Millénaire après l’expiration du délai de 2015.

 

En ce qui concerne le changement climatique, il fallait de plus grandes ambitions après le quasi échec de Durban, en particulier dans le contexte de la hausse des taux d’émissions de CO2, des évaluations au sujet de l’écart – en gigatonnes d’émissions – entre les engagements politiques actuels et la nécessité, définie par la science, d’éviter les scénarios les pires sur le plan climatique, dans le contexte aussi des dernières conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) au sujet des liens entre le changement climatique et les catastrophes et événements extrêmes. De ce point de vue, la conférence de Rio était l’occasion de se mettre d’accord sur des engagements juridiquement contraignants à l’égard d’un développement à faible émission de carbone, basé sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et une énergie propre et saine. Elle était aussi l’occasion de reconnaître la mise en œuvre peu satisfaisante des engagements climatiques et de faire pression pour en adopter de plus ambitieux. Enfin, la conférence était l’occasion de soutenir l’élaboration de modèles au caractère non seulement écologique mais juste, en reconnaissant la finitude des ressources naturelles, en réorientant des modes de consommation caractérisés par le gaspillage pour qu’ils deviennent durables et en éliminant des subventions nocives telles que celles en faveur des combustibles fossiles.

 

On attendait des décideurs qu’ils disent stop aux chemins non durables où nous sommes engagés et qu’ils soutiennent les solutions viables les plus urgentes. Ils n’y sont pas arrivés. Le document final est plutôt faible : il réduit l’importance d’un grand nombre de problèmes et propose très peu de décisions.

 

En ce qui concerne le changement climatique, le document final reconnaît simplement que le changement climatique est un défi sans précédent et qu’il constitue un sujet de préoccupation, ce qui est presque un affront pour ceux qui souffrent déjà de ses impacts. Les parties prenantes de la conférence de Rio terminent en lançant un appel à la CCNUCC (Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques) et aux parties signataires du Protocole de Kyoto afin qu’elles "mettent pleinement en œuvre leurs engagements". C’est insuffisant : ces engagements ont conduit à une hausse de 3°C des températures, alors que nous savons que pour certains pays, le seuil de survie est une hausse de 1,5°C. Ce qu’il faut pour les plus vulnérables,  c’est davantage d’ambition et une plus grande urgence à la mettre en œuvre. Rio+20 n’a pas abouti à cette ambition.

 

Toutefois, ce n’est pas le moment de désespérer. De nombreuses ONG ont répété que le problème auquel nous sommes confrontés n’est pas dû à l’échec du multilatéralisme en tant que tel mais au manque de volonté politique de faire preuve d’ambition dans ce contexte, au manque de courage pour pouvoir mettre de côté les intérêts industriels nationaux à court terme et s’attaquer aux véritables causes des inégalités, de la faim, de la non-durabilité, de la crise du climat,… et convenir des décisions qui sont vraiment nécessaires pour bâtir un avenir qui permettra aux générations futures de vivre de façon durable, permettra aux plus vulnérables de vivre dans la dignité et permettra d’évaluer ce qui est réellement important, au-delà des indicateurs monétaires.

 

Sur le plan du climat, Rio+20 a quand même abouti à quelques éléments sur lesquels on peut s’appuyer. Il s’agit notamment de la reconnaissance du caractère d’urgence des mesures d’adaptation, de la reconnaissance de la nécessité du financement de la lutte contre le changement climatique pour prendre des mesures d’adaptation et d’atténuation dans les pays en développement, et de l’identification de mécanismes financiers innovants comme étant l’une des sources prometteuses de ce type de financement. Nous ferons en sorte que ces balbutiements soient suivis d’engagements plus solides lors de la prochaine session de la Conférence des Parties qui est prévue à Doha d’ici la fin de l’année.

 

Emilie Johann

Coordinatrice du dossier sur la Justice climatique, CIDSE

 

 

Version originale de l’article : anglais

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