Thursday 29. October 2020
#153 - octobre 2012

 

Ré-imaginer l’incarcération en Europe

 

Le système pénitentiaire est contesté en Europe car il n’aide absolument pas à promouvoir la réintégration des délinquants dans la société. Des solutions alternatives à la prison sont vraiment nécessaires.

 

On compte plus de 650.000 personnes en prison dans l’Union européenne, un chiffre impressionnant mais qui reste peu élevé si on le compare aux données relatives à la Fédération de Russie (722.200) ou à l’Ukraine (153.318). Il y a donc plus d’1,8 million de personnes qui purgent une peine de prison dans l’ensemble du continent européen. Au sein de l’Union, les Etats qui comptent le plus de prisonniers sont le Royaume-Uni (97.079), la Pologne (84.103) et l’Espagne (69.702). Le nombre total de personnes incarcérées est donc énorme et indique par lui-même que quelque chose va foncièrement mal dans nos sociétés.

 

Un autre indicateur pertinent est la proportion de détenus au sein de l’ensemble de la population. Le pays de l’Union européenne où cette proportion est la plus forte est la Pologne (220 pour 100.000). Il est suivi par la République tchèque (218) et la Slovaquie (203). A l’autre extrémité, nous trouvons la Finlande (59), la Slovénie (64) et la Suède (70). A titre de comparaison extérieure, la proportion en Chine est de 121 ou de 170 selon la méthode de calcul, tandis que la proportion aux Etats-Unis est atterrante : 730. Ces chiffres aident à comprendre les différentes approches à l’égard de l’incarcération et du châtiment. De façon générale, les Etats où la population pénitentiaire est la moins importante ont mis au point des programmes alternatifs, qui tendent à faciliter la réintégration sociale des délinquants.

 

Bien que la sécurité soit une compétence des Etats membres au sein de l’Union européenne, la Commission européenne reconnaît qu’un "manque de confiance en l’effectivité des droits fondamentaux dans les Etats membres lorsque ces derniers mettent en œuvre le droit de l’Union empêcherait le fonctionnement et l’approfondissement des mécanismes de coopération dans l’espace de liberté, de sécurité et de justice". Un élément encore plus important, comme le rappelle la Commission dans son Livre Vert sur l’application de la législation de l’UE en matière de justice pénale dans le domaine de la détention (2011), c’est l’arrêt de la Cour des Droits de l’homme selon lequel "des conditions de détention inacceptables peuvent constituer une violation de l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’homme".

 

Compte tenu de cette situation inquiétante, le Centre Jésuite pour la Foi et la Justice, à Dublin, a organisé du 5 au 7 septembre 2012 une conférence internationale au titre percutant : « Ré-imaginer l’incarcération en Europe ». Cette conférence a rassemblé des universitaires, des fonctionnaires et des personnes de terrain, notamment des criminologues, des psychologues, des aumôniers et des visiteurs de prison bénévoles. Un groupe d’ex-prisonniers s’est joint aux bénévoles qui assistaient à la conférence, ce qui a permis d’offrir une sorte de vérification empirique des positions adoptées au cours des débats.

 

Un point frappant qui a réuni un large consensus, c’est la conviction – corroborée par des données très complètes – de la futilité de la prison comme moyen de réhabilitation et de réintégration des délinquants. Les données disponibles montrent que plus de 60% des prisonniers récidivent. L’incarcération est assurément un mode de châtiment, mais qui n’est pas capable de favoriser un changement personnel. La réalité de la stigmatisation sociale, le manque de ressources appropriées pour les programmes ainsi que la surpopulation carcérale sont tous des éléments qui rendent la réhabilitation plus difficile. L’effet contraire est plus flagrant : les personnes qui font de la prison – et tout particulièrement les jeunes adultes – ont davantage tendance à orienter leur vie vers la criminalité après une incarcération. Un élément tout aussi important, c’est que si les personnes quittent la prison pour retourner dans leur milieu social précédent, sans avoir aucun accès à l’emploi, leurs chances d’amendement sont minces. Seuls les pays qui ont mis au point des systèmes alternatifs axés sur l’éducation, les compétences professionnelles et l’intégration familiale et communautaire ont rendu les prisons moins nécessaires.

 

Une autre conclusion frappante de la conférence, c’est qu’il n’existe pas de corrélation positive entre les taux d’incarcération et la sécurité en matière de criminalité. D’ailleurs, de faibles taux d’incarcération ne rendent pas un pays moins sûr. Ainsi, Tapio Lappi-Seppälä, l’Institut National finlandais de Recherche des Politiques Juridiques, a montré que l’élaboration de programmes alternatifs a énormément réduit le nombre de prisonniers tout en n’ayant aucun impact sur les statistiques criminelles.

 

Comme l’a rappelé le professeur Andrew Coyle, lui-même ancien directeur de prison, lors de la session de clôture, les chrétiens sont engagés depuis longtemps dans des réformes qui cherchent à minimiser l’élément de vengeance au sein des systèmes pénitentiaires et à promouvoir la possibilité d’une réhabilitation. Aujourd’hui, de nombreux groupes chrétiens participent à la promotion d’une justice réparatrice comme moyen de réunir délinquants et victimes dans le cadre d’un processus complexe et délicat qui facilite la guérison des victimes et l’amendement des délinquants.

 

José Ignacio García

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://www.europe-infos.eu/