Friday 10. July 2020
#157 - février 2013

 

Elimination des subventions aux combustibles fossiles

 

A mesure que les pays émergent de la crise économique, les revenus que l’on peut économiser en mettant fin aux subventions inefficaces dont bénéficient les combustibles fossiles peuvent être réorientés vers la réduction de la pauvreté, la santé et l’éducation.


Le G20 est composé des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales de 19 pays – dont la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni – plus l’Union européenne elle-même, représentée par le Président du Conseil et par la Banque centrale européenne. Le G20 est donc un instrument essentiel dans la collaboration de l’Union en matière de politique énergétique mondiale.

 

En 2009, lors d’un sommet de deux jours du G20 à Pittsburgh, USA, les dirigeants internationaux ont décidé de mettre fin aux subventions des combustibles fossiles “tout en soutenant les personnes les plus pauvres [du monde]” (Déclaration des Dirigeants du Sommet du G20 à Pittsburgh). La Chine, l’Inde et la Russie étaient unis autour de cet accord, qui était associé à l’engagement selon lequel les ministres de l’énergie et des finances élaboreraient des stratégies de mise en œuvre concernant l’élimination des subventions.

 

La décision de mettre fin aux subventions des combustibles fossiles a été largement influencée par les estimations réalisées par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), déclarant que si ces subventions étaient complètement supprimées d’ici 2020, “la croissance escomptée de la demande mondiale d’énergie serait réduite de 5%” (Perspectives Energétiques Mondiales). Ceci correspond en fait à la consommation actuelle combinée du Japon, de la Corée et de la Nouvelle-Zélande. En ce qui concerne la demande en pétrole, l’AIE a estimé que les économies créées par l’élimination des subventions des combustibles fossiles se monteraient à “4,7 millions de barils par jour, soit environ un quart de la demande actuelle des Etats-Unis.” La croissance escomptée en dioxyde de carbone serait réduite de 2 gigatonnes, selon les projections de l’AIE.

 

A ceux qui font observer que les subventions à la consommation de combustibles fossiles rendent les combustibles plus abordables pour les pauvres, les données probantes explicitées par l’OCDE et l’AIE sont en contradiction totale. Cette forme de subvention énergétique, disent les deux organismes, est un moyen extrêmement inefficace d’aider les pauvres “car seuls 8% des 409 milliards de dollars dépensés en subventions des combustibles fossiles en 2010 sont allés aux 20% les plus pauvres de la population” (AIE/OCDE, 2011). L’AIE souligne les avantages économiques pour les pauvres en temps de crise, qui résultent de l’élimination des subventions des combustibles fossiles : “A mesure que les pays émergent de la crise économique, les revenus que l’on peut économiser en mettant fin aux subventions inefficaces dont bénéficient les combustibles fossiles peuvent être réorientés vers des priorités urgentes à traiter plus directement telles que la réduction de la pauvreté, la santé et l’éducation”.

 

Les subventions des combustibles fossiles constituent une sous-catégorie de "subventions énergétiques" plus larges, définies par l’AIE comme étant toute action gouvernementale qui abaisse le coût de production de l’énergie, augmente les revenus des producteurs d’énergie ou qui diminue le prix payé par les consommateurs d’énergie. Les subventions des combustibles fossiles, qu’ils soient orientés vers le producteur ou le consommateur, provoquent des distorsions de marché et conduisent à une attribution inefficace des ressources. Comme l’a reconnu le G20, ces subventions “encouragent la consommation effrénée, réduisent … la sécurité énergétique, entravent les investissements dans le domaine des sources d’énergie propres et sapent les efforts exercés pour faire face à la menace du changement climatique”.  Compte tenu du consensus global clair exprimé par le G20 et de l’engagement concret à mettre fin aux subventions des combustibles fossiles, il est donc surprenant d’apprendre que si les subventions des combustibles fossiles se sont élevées à 300 milliards de dollars en 2009, elles ont continué de grimper depuis le sommet du G20 à Pittsburgh : 409 milliards de dollars en 2010 contre 630 milliards de dollars en 2012, selon les estimations de l’OCDE. L’engagement à réduire les subventions des combustibles fossiles doit aller plus loin que de simples paroles.

 

Une démonstration flagrante du double langage que tiennent les gouvernements quand il s’agit de faire de l’énergie propre consiste à considérer la proportion de "fonds de démarrage rapide contre le changement climatique" par rapport aux subventions des combustibles fossiles accordées par les gouvernements européens (Analyse d’Oil Change International). Les pays développés consacrent en premier lieu ces fonds à l’atténuation de l’impact des émissions de gaz à effet de serre produites par les pays en développement, et en deuxième lieu à des mesures dans le domaine de l’adaptation climatique.  Le gouvernement britannique se trouve parmi les pires coupables, car selon Oil Change International, il a promis plus de 6 milliards de dollars de subventions pour les combustibles fossiles en 2011, tout en n’apportant que 790 millions de dollars aux "fonds de démarrage rapide contre le changement climatique" cette année-là.

 

Il est à espérer que l’initiative  globale des Nations unies intitulée  Energie durable pour tous – qui vise à promouvoir une énergie “accessible, plus propre et plus efficace” – sera un succès, mais les subventions des combustibles fossiles menacent de mettre en péril cette initiative.  Les gouvernements européens doivent respecter leurs engagements et les tenir au plus vite si l’on veut que l’engagement de l’Union européenne à avoir une économie pauvre en carbone, à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à atténuer les effets du changement climatique devienne réalité.

Stephen N. Rooney

Jesuit European Social Centre

 

Version originale de l’article : anglais

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