Wednesday 28. October 2020
#158 - mars 2013

 

UE-Amérique latine : repenser la politique de développement

 

Le développement doit-il être considéré uniquement comme un rattrapage économique ou plutôt dans une perspective de durabilité et de viabilité ?


La vitalité des économies émergentes est en train de redéfinir l’équilibre des pouvoirs de décision au niveau international. La crise financière, alimentaire et environnementale qui a mis en cause la viabilité du modèle économique dominant basé sur la croissance et axé sur le développement agroindustriel et extractif, grand prédateur de ressources naturelles, générateur de profits au détriment de la justice, de l’égalité et du respect des droits humains, soulève des défis économiques, sociaux et environnementaux immenses et exigent une refonte, ou tout le moins, une remise en question de notre système économique actuel.

 

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’accord pour une Alliance pour le développement : promotion des investissements à caractères sociaux et environnementaux établi entre l’Union européenne (UE) et la Communauté d’Etats latino-américains et caribéens (CELAC) lors du sommet bi-régional au plus haut niveau qui s’est tenue les 26-27 Janvier 2013 à Santiago de Chile au Chili. Cet accord a pour ambition de renouveler et approfondir le partenariat stratégique entre les deux régions en matière de promotion des « investissements de qualité sociale et environnementale ». Afin d’éradiquer la pauvreté et de promouvoir l’égalité, notamment l’égalité entre les sexes, il est impératif de favoriser le « développement économique durable et inclusif » (§17) des pays de la région, tout en « protégeant l’environnement et en favorisant l’inclusion et l’équité sociale » (§39), grâce à l’investissement productif respectueux des trois dimensions du développement durable (§39). L’économie verte en est l’instrument privilégié car il permet la réalisation du développement durable et l’éradication de la pauvreté (§40), et le mécanisme de Facilité d’Investissement pour l’Amérique Latine (LAIF) en est la stratégie qui permettra d’encourager les investissements essentiels des gouvernements bénéficiaires et des institutions publiques en Amérique latine.

 

Bien que la CIDSE salue l’accent mis sur l’importance d’inclure les dimensions sociales et environnementales dans la promotion des investissements, et se réjouisse de la prise en compte par la Déclaration de la reconnaissance des droits de la nature obtenue dans certains pays et régions (§42), nous sommes préoccupés par le rôle central accordé au secteur privé dans le développement, à travers l’avancement de l’économie verte. En effet, selon la CIDSE, le concept d’économie verte est problématique car non seulement il ne s’attaque pas aux causes structurelles liées à notre modèle de développement basé sur la croissance, la consommation et la mesure du PIB, mais il n’intègre pas les dimensions d’équité sociale et considère l’environnement sous l’angle de l’investissement. Les accords commerciaux récemment ratifiés entre le Pérou, la Colombie et l’Amérique Centrale et l’UE sont indicateurs de la prééminence des intérêts économiques sur les droits humains et environnementaux entre des pays et régions qui se caractérisent par des asymétries au niveau économique. Or, pour soutenir le développement durable et l’éradication de la pauvreté, il est non seulement indispensable d’intégrer les trois piliers du développement durable et respecter les droits humains des citoyens et des communautés les plus affectés, mais aussi de remettre en question les modèles économiques qui reposent sur une croissance mesurée en termes de PIB et donner priorité aux approches et technologies locales durables dans le but d’obtenir des bénéfices sociaux significatifs pour l’ensemble des citoyens.

Pour aller un peu plus loin, il conviendrait de remettre en question la notion de développement dont l’objectif est un rattrapage économique non viable d’un point de vue écologique, et proposer des alternatives sociales et économiques qui reposeraient sur une notion de viabilité.

 

Pour terminer, la CIDSE accueille avec satisfaction la mise en place d’un dialogue bi-régional sur les questions relatives à l’égalité des sexes qui sera à charge d’un organisme de haut niveau qui sera créé à cet effet. La justice sociale ne peut s’accomplir que si on intègre pleinement l’égalité entre les hommes et les femmes dont le fondement principal est le respect de la dignité humaine.

Cayetana Carrion

Responsable de la coopération au niveau programmes, CIDSE

 

 


 

 

De nombreuses études montrent que la qualité de la vie ne s’accroit pas vraiment au delà d’un niveau de PIB/hab. qui se situe entre 10 et 1500USD. L’objectif de toute politique de viabilité devrait donc être de stabiliser l’économie mondiale autour de ce niveau moyen et de réorienter l’activité humaine vers des secteurs d’activité, des modes de production et d’échanges compatibles avec l’équilibre éco- systémique global ».

Voir « Pour une politique de la viabilité » - Xavier Ricard, CCFD-terre Solidaire, Janvier 2013.

 

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