Wednesday 28. October 2020
#164 - octobre 2013

 

Lutter efficacement contre la traite des être humains

 

Pour lutter contre le trafic d’êtres humains, l’UE doit encourager une collaboration plus étroite avec les organisations religieuses et non confessionnelles qui sont actives sur le terrain.



 La coopération internationale contre le trafic des êtres humains n’est pas nouvelle. Pour en trouver les premières traces, il faut remonter aux conférences diplomatiques internationales de 1902 et de 1910, qui se chargèrent de mettre en place les premières mesures contre le proxénétisme international. Depuis, cette lutte n’a jamais cessé. D’abord, dans le cadre de la Société des Nations, puis à l’ONU, qui promulgua, en 1949, la Convention pour la répression et l’abolition de la traite des être humains.

 

Pourtant, après un siècle de lutte, le trafic des êtres humains, loin d’avoir disparu, prospère, se sophistique, et prolifère. Ce sont, aujourd’hui, 880 000 êtres humains qui seraient victime de cet « esclavage moderne » en Europe. Depuis l’élargissement de 2004 et les difficultés économiques de 2008, la situation s’aggrave. Sur la période 2008 -2010, le nombre de personnes traitées au sein de l’Union Européenne a augmenté de 18%. Selon un EUROSTAT (2013), le profile des victimes  est le suivant:  68  %  sont des femmes,  17  %  des hommes,  12  %  des filles et 3  %   des garçons. Ce même rapport a identifié les objectifs de ce trafic : exploitation sexuelle (62  % des victimes), travail forcé (25  %) et autres objectifs comme le trafic d’organe, la vente d’enfants, etc (14%).

 

Apporter une réponse à ce phénomène est extrêmement difficile. Les trafiquants, sont de moins en moins nombreux et de plus en plus organisés ; l’espace Schengen, les législations qui diffèrent d’un pays à l’autre, ainsi qu’un manque de volonté politique leur confèrent une quasi impunité. Les causes du trafic sont profondes : pauvreté, chômage, inégalité des sexes, manque de culture démocratique, d’éducation, d’intégration sociale ; et nécessitent une lutte de longue haleine.

 

Alarmée, l’Union Européenne a édicté, entre 2004 et 2011, une série de directives. (Cf. Europeinfos#155 - Décembre 2012). En mai dernier, Cecilia Malmström, Commissaire européen pour les Affaires intérieures, et Myria Vassiliadou, coordinatrice européenne pour la traite des êtres humains, ont mis en place un forum : Le Programme de la Société Civile de l’UE contre la traite, pour permettre aux ONG de se rencontrer, d’apprendre les unes des autres, d’échanger des idées, de développer leurs réseaux.

 

Avoir pris l’initiative d’une telle réunion est sage. Echanger est indispensable pour lutter contre les causes profondes de ce trafic : des partenariats entre organisations se créent ; les idées se diffusent ; la Commission s’en inspire. Cependant, parmi la centaine d’ organisations présentes, très peu d’organisations religieuses ou d’Eglise ont été invitées : ICMC, Herzwerk-Wien, Caritas Lituanie, Caritas France et Caritas Espagne.

 

Coopérer davantage avec les organismes chrétiens et non confessionnels

Aujourd’hui, une multitude d’organisations religieuses, comme Caritas-Europa et  l’International Catholic Migration Commission, agissent en Europe et au delà contre la traite. Elles prennent des initiatives, offrent des refuges temporaires, un soutien psychologique, une aide juridique, des moyens de subsistance, mais aussi aident à la réinsertion des personnes traitées. Dans les pays de l’Est de l’Europe, particulièrement touchés – mais pas seulement – les prêtres sont invités à parler de la traite lors de leurs prêches. Pour sensibiliser les jeunes, Caritas organise des jeux de rôles. Avec son expérience de travail au quotidien auprès des populations les organisations religieuses ont beaucoup d’expérience à partager.

 

Leur nature universelle colle également au caractère mondial de ce trafic, dont la réalité ne se circonscrit pas aux entités politiques. 25% des victimes de ce trafic dans l’UE viennent d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine. Entre les pays d’Europe et ceux de la Méditerranée, Caritas, par exemple, cherche à coordonner la lutte. Les organisations religieuses, qui établissent des ponts entre les continents, sont essentielles au développement de réseaux de lutte.

 

L’Eglise ne se contente pas d’envoyer des messages, mais propose des actions concrètes. Les Directives pastorales, publiées dernièrement par le Conseil Pontifical, se penchent précisément sur ces questions. Début novembre, à Rome, l’Académie Pontificale des Sciences en approfondira les conclusions à l’occasion d’un colloque les 2-3 novembre prochains. Quelques jours après, les évêques de la COMECE consacreront en partie leur Assemblée plénière d’automne à cette question de la traite des êtres humains. La COMECE s’inspirera des conclusions de son assemblée plénière pour nourrir le dialogue qu’elle entretient avec les institutions européennes, dans le cadre de l’article 17 du Traité de Lisbonne.

 

Cette coopération salutaire est d’ailleurs de plus en plus pressentie, voire ouvertement souhaitée. Au Royaume-Uni, le Foreign Office, en accueillant Sœur Bonetti, figure renommée dans la lutte contre la traite d’êtres humains, a montré son désir de voir naître une proche collaboration en la matière. Il en est de même de l’International Organisation for Migration, qui souhaite articuler les efforts des organisations religieuses et non confessionnelles. Progressivement, l’idée s’impose d’un dialogue étroit, qui permettrait de créer des synergies efficaces.

 

Jean Jacomet

COMECE

 

 

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