Thursday 29. October 2020
#165 - novembre

 

Etablir les prochains Objectifs mondiaux pour le développement

 

La course pour définir une nouvelle génération d'objectifs de développement durable a démarré. L'Union européenne a joué jusqu'à présent un rôle constructif dans les négociations des Nations Unies, mais il reste de nombreux défis à relever.


Les Nations Unies ont encore deux ans, jusqu'en 2015, pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) : éradiquer la misère et la faim et atteindre des objectifs minimum en matière de santé et d'éducation. Toutefois, la course pour définir les prochains objectifs, ceux de l'avenir, a vraiment démarré, comme l'a montré l'événement spécial du Président de l'Assemblée Générale des Nations Unies, organisé en septembre au sujet de la mise en œuvre des OMD. Il est devenu crucial que les personnes dont la vie même est en jeu aient leur place au sein du processus. Ce n'est que de cette façon qu'un nouveau cadre pourra apporter les réponses auxquelles aspire le monde pour obtenir des résultats en matière de justice à l'échelle mondiale.

 

Le document final approuvé à New York soulève les bonnes questions mais ne répond qu'à trop peu d'entre elles. Parmi les questions qui demeurent sans réponse, il y a la manière dont les différents processus, les “axes de travail”, concernant les objectifs de développement durable de l'avenir, par exemple, vont se conjuguer pour former un cadre cohérent ainsi que la manière dont ils s'intégreront dans le rapport de synthèse final du Secrétaire Général des Nations Unies.

 

Un autre sujet criant qui est resté sans réponse est la manière dont les futurs objectifs sont censés remédier à l'une des grosses carences des OMD : le manque de responsabilisation. Ce n'est pas en faisant vaguement référence à “la responsabilisation à tous les niveaux” que l'on donne l'attention prioritaire nécessaire. En fait, le processus lui-même trahit un manque de responsabilisation.

 

Le processus offre la possibilité d'avoir des approches "à la carte" en coulisses et limite la participation des personnes les plus vulnérables et les plus marginalisées. Le plus flagrant, c'est que le document évite toute référence à la responsabilité des entreprises. Demander au secteur privé de mettre en œuvre des pratiques "responsables" n'incite guère à limiter les impacts négatifs sur l'environnement ou à donner aux gens de meilleures perspectives de faire valoir leurs droits, comme le ferait la mise en application de la responsabilité.

 

La question de savoir si les droits de l'homme resteront simplement une formule symbolique dans le préambule des cadres de développement ou s'ils en seront le véritable moteur demeure également sans réponse. De même pour la question de savoir si l'engagement proclamé à l'égard de l'égalité des sexes sera suffisant pour régler la question des inégalités croissantes au sein de la société et d'une société à l'autre.

 

Le huitième objectif du millénaire pour le développement en matière d'aide, d'allégement de la dette et d'accès au marché était censé créer un environnement propice à l'atteinte des OMD par les pays en développement. Le manque de rigueur dans la définition des buts et des indicateurs a conduit à un manque de rigueur dans les comptes rendus. Le document final n'en parle pas et aggrave encore les choses en déclarant que “la plupart des pays africains accusent du retard” dans la réalisation de leurs engagements en matière d'OMD. Un problème inhérent à l'approche des OMD est le fait de pointer du doigt les pays les plus en retard, sans reconnaître qu'ils partent de points de départ différents. Reste à savoir si le nouveau cadre va tenir pleinement compte des différentes situations nationales.

 

Le document final lance un appel au "partenariat mondial". Mais un appel à la coopération internationale aurait mieux exprimé l'engagement à force obligatoire de tous les pays à prendre des mesures au service des droits de l'homme et du développement durable. Au moment où les gouvernements font un usage croissant des deniers publics pour “démultiplier” les financements du secteur privé, le manque de précisions en matière de partenariat et le poids accordé aux fonds du secteur public et du secteur privé sont risqués. Les études montrent que les partenariats entre secteur public et secteur privé sont susceptibles de grever les budgets publics tout en subventionnant la réalisation de bénéfices et en affaiblissant l'établissement d'un alignement sain entre risques et récompenses dans le secteur privé.

 

Mais bien entendu, tout n'est pas mauvais dans ce document. Il contient notamment des formulations très positives au sujet des droits de l'homme, de la paix et de la sécurité, de la gouvernance démocratique et de l'Etat de droit. L'affirmation des principes de Rio, tels qu'ils sont exprimés dans la Déclaration de Rio sur l'Environnement et le Développement, et le principe d'une responsabilité commune mais différenciée, sont les bienvenus. L'intégration de tous ces éléments dans le document final a nécessité des concessions de la part de tous les partenaires de négociation, un signe important de multilatéralisme alors que celui-ci a récemment souffert. L'Union européenne a joué un rôle constructif à cet égard. Mais il est décevant, en même temps, que l'Union européenne n'ait fait aucun effort visible pour veiller à ce que soit mis fortement l'accent sur la cohérence politique en faveur du développement - une valeur très importante pour l'Union, qu'elle est légalement obligée de respecter.

 

Naturellement, l'un des principaux défis est le fait que les OMD eux-mêmes n'ont pas encore été atteints. Comme l'a fait remarquer Mgr Dominique Mamberti, le Secrétaire chargé des relations du Saint-Siège avec les Etats, dans sa déclaration devant l'Assemblée Générale, la principale raison réside dans la formulation ambiguë de certains des objectifs et dans le fait que le huitième objectif, censé fournir des ressources aux sept autres, n'a pas été mis en œuvre. Les discussions sur la manière de régir les finances internationales continuent d'exclure les Etats les plus pauvres. Enfin, l'un des objectifs les plus importants de l'humanité, qui se situe en dehors de la série actuelle d'objectifs mais qui est essentiel à leur mise en œuvre, fait encore défaut : l'objectif de la paix.

 

 

Jean Saldanha,Conseiller politique sénior

Markus Drake, chargé de communication

CIDSE

 

Version originale de l’article : anglais

 

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