Monday 6. April 2020
#167 - janvier 2014

 

Une route difficile vers la justice climatique, après le Sommet de Varsovie sur le climat

 

Tous les pays doivent collaborer dans un esprit de solidarité et d'urgence afin de remettre le monde sur le droit chemin, celui de sociétés décarbonées et de la justice climatique pour tous.


Malheureusement, les négociations climatiques qui se sont déroulées à Varsovie en novembre 2013 lors de la 19ème session de la Conférence des Parties (COP19) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques n'ont pas choisi un mode d'avancement ambitieux en direction d'un accord mondial en 2015 et il en faudra davantage pour arriver à un accord climatique équitable et contraignant à la COP21 de Paris.

 

La conférence de Varsovie était censée être la "COP des financements" en définissant des étapes permettant de parvenir à l'engagement de mobiliser 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 pour soutenir les efforts d'adaptation et d'atténuation des pays en développement. Or, les progrès réalisés en direction de cet objectif sont insuffisants. Des promesses ont été faites pour préserver le Fonds d'adaptation et certains engagements ont été pris en matière de combustibles fossiles, tels que l'engagement du gouvernement britannique de cesser d'utiliser des fonds publics pour financer des centrales au charbon à l'étranger. Mais dans l'ensemble, il n'y a aucune information claire au sujet de l'argent disponible entre aujourd'hui et 2020 pour protéger les plus vulnérables, qui subissent déjà avec violence les effets du changement climatique.

 

La conférence de Varsovie a également été un moment crucial où les différents pays avaient la possibilité de se mettre d'accord sur une feuille de route en vue d'arriver à un accord satisfaisant à Paris en 2015, notamment les premiers jalons permettant de formuler les engagements post-2020 correspondant aux données scientifiques ainsi que des indicateurs d'équité pour veiller à ce que l'accord soit équitable pour tous les pays. Mais malheureusement, la feuille de route qui est sortie de la conférence de Varsovie ne comporte pas les étapes nécessaires pour donner de solides fondations à cet accord mondial ; en effet, c'est une date tardive qui a été choisie dans la feuille de route pour que les parties apportent leurs contributions au lieu de prendre des engagements de bonne heure.

 

Enfin, la structure d'un mécanisme de lutte contre les pertes et les dommages liés au changement climatique a été décidée mais doit encore être dotée d'un contenu. Malheureusement, la nécessité d'un tel mécanisme, outre les questions d'atténuation et d'adaptation, est apparue au grand jour pendant la COP19, au moment où typhon Haiyan s'abattait sur les Philippines. "Le super-typhon Haiyan nous rappelle de manière dramatique que les changements climatiques menacent d'ores et déjà les populations. Nous lançons un appel urgent à toutes les personnes de bonne volonté de faire preuve de solidarité et de réduire leurs émissions de CO2 ainsi qu'aux gouvernements à prendre leurs responsabilités et à tenir leurs engagements envers la communauté internationale, et avant toute chose envers les plus vulnérables, qui subissent avec violence les effets de ces changements climatiques. La solidarité internationale et des politiques climatiques adéquates sont les seules options envisageables", a déclaré Bernd Nilles, Secrétaire Général de la CIDSE.

 

Mgr Theotonius Gomes, du Bangladesh, s'est exprimé passionnément au sujet du fardeau du changement climatique qui pèse sur son pays : "Mon peuple a une grande dignité, mais il est aussi confronté à de grandes souffrances. Le changement climatique vient déjà y rajouter des souffrances inutiles", a-t-il affirmé lors d'une conférence conjointement organisée par la CIDSE, Caritas Pologne et l'Université "Cardinal Stefan Wyszynski" à Varsovie au moment de la COP19. Le représentant du Saint-Siège en Pologne, qui dirigeait la Délégation du Saint-Siège à la COP19, son Excellence l'archevêque Celestino Migliore, nonce apostolique en Pologne, a ouvert la conférence par un appel inspiré : "Le changement climatique est un défi éthique pour notre civilisation, qui nous demande quels sont les changements qu'il nous faut réaliser dans notre vie économique, dans les structures de notre société et dans notre mode de consommation".

 

Une grosse délégation d'organisations membres et partenaires de la CIDSE, venues d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie, a également assisté à la COP. La délégation de la CIDSE a lancé un appel véhément au gouvernement polonais et à la société civile polonaise au sujet de la nécessité de sortir d'une économie fondée sur les combustibles fossiles pour se diriger vers une société sobre en carbone.

 

Au vu des maigres résultats de la COP de Varsovie, la CIDSE tourne maintenant son attention vers les prochaines étapes : la COP20 au Pérou et la COP21 à Paris. Emilie Johann, responsable de la politique et du plaidoyer en matière de justice climatique à la CIDSE, a rappelé à l'Union européenne la tâche historique qui est la sienne : "Il faut faire davantage pour accélérer la concrétisation des ambitions en matière d'atténuation d'ici 2020 et accroître de ce fait la possibilité de maintenir la hausse de température au-dessous de 2°C. C'est tout à fait clair. Nous avons aussi besoin de promesses ambitieuses pour l'UE à l'horizon 2030 - qui nous mettraient sur la voie d'une réduction d'au moins 55% des émissions nationales - et de solides objectifs juridiquement contraignants en matière d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables", a-t-elle déclaré, en ajoutant que "les prochaines négociations sur le paquet législatif de l'Union européenne sur l'énergie et le changement climatique, d'ici le printemps prochain, doivent devenir une étape pertinente sur la route de Lima et de Paris".

De façon plus générale, il faut maintenant que tous les pays étudient la situation et qu'ils choisissent la voie la plus ambitieuse pour mettre sur pied un accord mondial ; sinon, nous pourrions laisser passer l'occasion d'établir à Paris un accord mondial qui soit capable de générer la justice climatique. Comme l'a affirmé Sabine Attama, membre d'un partenaire de la CIDSE au Niger (SECAM), "dans ce processus, nous continuerons de donner une voix à ceux qui n'en ont pas".

 

Markus Drake

CIDSE

 

Version originale de l’article : anglais

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