Tuesday 7. April 2020
#170 - avril 2014

 

Canonisation de deux hérauts de la paix

 

Deux papes du 20ème siècle seront élevés à la gloire des autels le dimanche 27 avril : tous deux avaient fait une priorité de la recherche de la paix.


La recherche de la paix, la promotion de la paix et son maintien sont des valeurs fondatrices de l'Union européenne et la clé essentielle pour comprendre l'impératif de l'intégration européenne. Comme ne cesse de le répéter le Président Herman Van Rompuy à chaque fois qu'il présente l'Union européenne et sa mission, il s'agit d'un "projet de paix". Lors de la Conférence Newman que notre Président de la COMECE, le Cardinal Reinhard Marx, a donnée le 11 février de cette année au Collège St. Anne à Oxford, il a conclu son exposé en mettant en évidence et en saluant les "dividendes de la paix" recueillis par une Union européenne où l'unité et la diversité sont aussi appréciées l'une que l'autre.

 

Dans toute l'histoire de l'Eglise, seuls deux papes ont été officiellement canonisés [le processus de canonisation tel que nous le connaissons n'a pris forme qu'au début du 13ème siècle ; auparavant, on était déclaré saint par acclamation ou en raison de la dévotion populaire]. Les deux papes en question sont Pie V, au 16ème siècle (dont l'habit dominicain, qui a déterminé la mode vestimentaire papale, est encore porté aujourd'hui par le pape alors qu'il est jésuite) et Pie X, un pape très controversé qui est décédé le jour où Bruxelles est tombé aux mains des Allemands en 1914. Aujourd'hui, deux autre papes du 20ème siècle vont être canonisés le même jour, dimanche 27 avril, et en tête de liste des vertus qui les habilitent à être portés sur les autels doit être le fait que tous les deux ont été des "hérauts de la paix".

 

Le jeune Don Angelo Roncalli, prêtre du diocèse de Bergame, se rappelait au soir de sa vie [comme résident du Palais apostolique] comment il s'était trouvé au chevet de son évêque, Mgr Giacomo Radini Tedeschi, qui était sur son lit de mort et dont il écrivait la biographie "en plein milieu de la première guerre mondiale, en 1916". Il avait noté que "sa prière finale [était] la paix, la paix … Je voudrais que ce soit aussi ma dernière prière comme pape". En 1963, la Guerre Froide était au paroxysme de la tension et la crise des missiles cubains risquait de dégénérer en conflit nucléaire, et pourtant la voix prophétique du pape Jean XXIII osait parler de paix. L'encyclique Pacem in Terris, publiée le jour du Jeudi Saint 1963, est le testament du "bon Pape Jean" à l'article de la mort.

 

Jean XXIII était fier d'avoir ouvert les fenêtres de l'Eglise sur le monde et il espérait que Vatican II, le concile œcuménique qu'il avait convoqué, serait le fer de lance d'une nouvelle relation avec le monde, relation qui ne serait plus hostile mais ouverte et coopérative. Jean s'est mis à parler au monde entier [y compris, espérait-il, au Kremlin et à la Maison Blanche] ; c'était la première fois qu'un pape ne se limitait pas aux ouailles de l'Eglise catholique mais qu'il s'adressait à "tous les hommes de bonne volonté".

 

Le recours aux armes n'est en aucune façon un moyen de résoudre les tensions et les conflits internationaux, affirmait le pape avec insistance, c'est la négociation qui est la seule solution. Mais créer la paix sera toujours une œuvre inachevée, considérait-il. Les sociétés individuelles et les relations entre les pays et les blocs politiques ne peuvent être garanties à long terme que si les droits humains sont respectés et si la justice pour tous est recherchée à tous les niveaux.

 

Cette encyclique n'est pas seulement un appel à la paix, elle fournit – dans la langue des Nations Unies et du Conseil de l'Europe – les ingrédients d'une paix durable. Il ne s'agit pas d'un rêve utopique mais d'une méditation réaliste sur ce qui constitue une société juste, assurant un équilibre entre le respect des droits et l'obligation faite à tous d'accomplir leurs devoirs moraux. L'esprit de cette encyclique va façonner la réflexion sociale de Vatican II et le nouveau pontificat de Paul VI.

 

Le pape Jean Paul II, dont l'expérience des conflits armés et de la Guerre Froide était très différente et bien plus douloureuse que celle du pape Jean XXIII, n'a jamais écrit d'encyclique sur la question de la paix en tant que telle. Durant son long pontificat, on a pu assister à des changements radicaux dans les relations internationales, dont les moindres ne sont pas l'effondrement du communisme soviétique, la transformation de sa Pologne natale en démocratie pluraliste et, juste un an avant sa mort en 2005, l'élargissement de l'Union européenne à tous les anciens pays satellites de l'Union soviétique, notamment la Pologne. Mais cela n'empêchait pas Jean Paul II de parler régulièrement de la paix, et ce avec éloquence.

 

Ce sont deux grands gestes, parmi les plus forts de son pontificat, qui donnent incontestablement à Jean Paul II ses lettres de créance comme "héraut de la paix". Ils fournissent les images emblématiques de sa papauté.

 

Le premier, c'est la rencontre avec des représentants de toutes les religions du monde à Assise le lundi 26 octobre 1986 [un jour de la semaine délibérément choisi car ce n'était un jour saint pour aucun des participants] en vue de jeûner et de prier pour la paix. Par cette initiative visionnaire et controversée, Jean Paul II voulait faire appel aux “profondes ressources [spirituelles]” des religions du monde entier afin de prier pour le monde, un monde possédé par tous mais qui n'est la propriété exclusive de personne. Assise a été un événement exceptionnel, plus éloquent que n'importe quelle encyclique, un témoignage de la manière dont on peut arriver à la paix et à la concorde et une expression de ses fruits.

 

Le second geste a été fait lors de la visite de Jean Paul II en Terre Sainte en l'an 2000, l'année du millénaire. Après s'être rendu à Yad Vashem quelques jours plus tôt, le pape est resté debout devant le Mur des Lamentations, le dimanche 26 mars, il a caressé ses pierres et a laissé une prière dans l'une de ses crevasses. Cette prière était courte mais elle reconnaissait les péchés antérieurs vis-à-vis du peuple juif, le pardon, la réconciliation, un nouveau début et l'engagement pour la paix.

 

Quand les deux papes seront canonisés le dimanche 27 avril par leur premier successeur non-européen, peu de citoyens européens qui vivent en paix pour la troisième génération auront des doutes quant à la contribution de ces deux fils de l'Eglise et prophètes de Dieu à cette immense réussite.

 

Patrick H. Daly

COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

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