Monday 6. April 2020
#171 - mai 2014

 

L’Église et l’engagement politique

 

Quel soutien l’Église peut-elle apporter à ses membres désireux de témoigner la vérité au sein de la vie publique ?


En général et pour de multiples raisons, les Chrétiens craignent de s’engager au sein de la sphère politique. Que cela soit dû à une impression de « barrières à l’entrée », à une aversion pour les conflits ou les confrontations, ou même à la peur de bouleverser le statut quo, de nombreux Chrétiens manifestent une certaine réticence à l’égard d’une implication en politique ou dans l’ordre publique. Beaucoup sentent directement l’hostilité, comme d’ailleurs l’incompétence lorsqu’ils sont confrontés à leurs croyances : un sentiment de gêne peut alors surgir face à une incapacité à défendre et exprimer sa foi.

 

En tant que Chrétiens, nous avons non seulement le droit de participer à la vie et au processus politique « en mettant à contribution les principes moraux religieux issus de la délibération démocratique sur la politique publique saine », mais aussi l’obligation de le faire. Cette obligation découle de plusieurs origines : notre appel à l’amour, la pratique de la charité dans la vérité et de la vérité dans la charité, la poursuite du bien commun comme une réponse directe du commandement de Dieu dans la Genèse de « cultiver le jardin » et la recherche de la justice, adhérant au principe de solidarité en ce qui concerne une injustice commise contre soi-même ou, tout aussi grave, contre un autre.

 

Dans la poursuite du bien commun, il est important de ne pas seulement pratiquer la charité, qui donne « une vraie substance à la relation personnelle avec Dieu et son prochain », mais également de s’engager sur la voie de l’évangélisation. Dans sa lettre encyclique Evangelii Nuntiandi, le Pape Paul VI a déclaré que cette fin est intrinsèque à la mission de l’Église.

 

Cet engagement a été réaffirmé par la Conférence des Évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galle (CBCEW). Dans une déclaration de 1996 sur « le bien commun et l’enseignement social catholique », ils déclarent que l’évangélisation « exige toujours la transformation d’un ordre social injuste ; et l’un des rôles majeurs est de s’opposer et de dénoncer de telles injustices ». La déclaration se poursuit en disant que tous les Catholiques qui s’engagent dans la vie politique nationale « ont le droit de considérer qu’ils s’engagent sur la voie de l’évangélisation ».

 

Certes, tout le monde n’a pas vocation à la fonction publique… Mais en tant que membre de l’Église, nous devons « défendre la vérité, la proposer avec humilité et conviction et en témoigner dans la vie ». En effet, « on aime d’autant plus efficacement le prochain que l’on travaille davantage en faveur du bien commun qui répond également à ses besoins réels ». L’Église reconnaît qu’elle a également le devoir de faciliter la participation de ses membres dans leurs engagements actifs d’opposition et de dénonciation d’injustices, et pour ce faire, elle se doit d’encourager et d’habiliter ses membres à prendre part aux débats de la sphère politique.

 

À cette fin, la Conférence des Évêques catholiques d’Angleterre et du Pays de Galle a été le pionner de l’Église catholique en Europe en créant un programme révolutionnaire qui existe depuis onze ans maintenant, à savoir les « stages catholiques parlementaires et de politique publique (Programme CPPPI) ». Dans sa configuration actuelle, le programme CPPPI diplôme chaque année huit Catholiques, les formant à une intense expérience en matière d’actions politiques et sociales, et ce dans un contexte spirituel. Quatre stagiaires accompagnent des députés chrétiens au Parlement à Westminster, un autre joue un rôle de soutien parlementaire au sein du Secrétariat, deux autres sont placés à la CAFOD (Agence catholique d’aide pour l’Angleterre et le Pays de Galle) et au CSAN (Réseau Caritas d’action sociale active) dans le secteur des politiques publiques et, enfin, un dernier fait un stage de médias dans l’archidiocèse de Westminster.

 

Ce programme est l’occasion unique pour tout jeune Catholique passionné de politique et par sa foi, et ayant une vocation pour la fonction publique. Le programme stimule la croissance spirituelle et personnelle, tout en offrant aux participants l’expérience inestimable et de première main d’une formation politique, du service public et de l’influence de l’éthique chrétienne sur la prise de décision au plus haut niveau du système politique britannique.

 

Compte tenu du succès de ce programme CPPPI, il est étonnant que ce modèle n’ait pas été copié par d’autres Conférences épiscopales. L’approche holistique favorisée par ce programme, combinant formation spirituelle, expérience pratique avec un député et étude de l’éthique chrétienne et de l’enseignement social catholique, maximise les possibles débouchés, tandis que les connaissances, les compétences et l’expérience accumulées pendant ce stage préparent de la meilleure façon possible les participants à une carrière dans la fonction publique.

 

Les anciens stagiaires occupent aujourd’hui toute une panoplie de rôles politiques, de Bruxelles à Westminster, et les échos sont sans équivoque : l’expérience et les contacts acquis pendant le programme CPPPI ouvrent des portes et les esprits. Soulignons également un autre aspect important de ce stage qui se déroule sur un an : il permet à certains participants de se rendre compte si cette vocation leur convient réellement.

 

Avec le taux de chômage chez les jeunes en Europe qui approche les 25 % et les nombreux diplômés qui se tournent vers des stages – rémunérés ou non – comme un moyen de pénétrer le marché du travail, l’exploitation des jeunes est de plus en plus rapportée. En effet, une partie des employeurs cherchent en engageant des stagiaires une main d’œuvre gratuite et disponible en abondance. Dans ce contexte, des stages de qualité sont encore plus recherchés (preuve en est de constater que la Commission européenne avait un nombre record de candidatures pour son programme de stages d’octobre 2014, avec 15 607 candidats pour 1400 places).

 

Le rôle que l’Église peut jouer pour inspirer et enhardir ses jeunes à s’opposer et dénoncer les injustices ainsi qu’à exprimer et défendre la vérité ne peut pas être sous-estimé. L’Église doit continuer à encourager et responsabiliser ses jeunes membres à s’engager dans la sphère politique. Rappelons-nous que nous sommes appelés à être le « sel » et la « lumière » et que « ce n’est pas un esprit de timidité que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de sagesse (2 Timothée 1:7) ».

 

Stephen N. Rooney

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://www.europe-infos.eu/