Thursday 29. October 2020
#171 - mai 2014

 

Une seule main ne peut nouer un paquet

 

La Conférence épiscopale d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), a publié une déclaration de principe à l’occasion du sommet UE-Afrique qui s’est tenu au début du mois d’avril de cette année. L’archevêque Gabriel Anokye a également demandé que l’Europe soit pour l’Afrique un partenaire efficace afin de renforcer l’unité continentale et les institutions qui favoriseront la liberté d’expression et permettront de relever les défis du développement.


En tant que témoin des joies et des peines d’une Afrique qui progresse, l’Église catholique d’Afrique a considéré que le sommet UE-Afrique qui s’est tenu à Bruxelles les 2 et 3 avril derniers était un jalon important dans les relations entre les deux continents. Comme le dit un vieil adage africain, «une seule main ne peut nouer un paquet». Autrement dit, les progrès de l’Afrique et de l’Europe se feront grâce à la coopération.

 

Nous, évêques catholiques d’Afrique et de Madagascar, avons rappelé à nos dirigeants africains présents lors du sommet qu’il est de leur devoir d’œuvrer pour le bien commun de tous nos peuples. La Terre est un don de Dieu à l’ensemble du genre humain pour qu’il en fasse un usage équitable et raisonnable. Les ressources naturelles de l’Afrique doivent être gérées avec justice et transparence afin que les populations africaines puissent profiter de leurs bienfaits et que les générations futures puissent également en récolter les fruits.

 

La corruption a gangrené presque tous les pays africains et affecte le système économique, l’administration, le marché de l’emploi, la santé, l’éducation et le système judiciaire. De nombreux gouvernements sont conscients de ce problème et font des efforts pour le combattre. Malheureusement, l’intérêt particulier et l’appât du gain – alimentés par la recherche de profit à court terme que cultivent tous ceux qui, en quête des contrats les plus lucratifs pour exploiter nos richesses naturelles, affluent d’Europe et d’autres régions du monde – priment de loin sur le sens du bien commun. Certains dirigeants doivent se débarrasser du puissant désir qui est le leur de conserver le pouvoir à tout prix, et travailler ensemble pour ouvrir la voie à une transition démocratique vers un nouvel ordre politique qui soit légitimement fondé sur un processus électoral libre, juste et transparent et le respect des principes démocratiques.

 

Nous disons aux dirigeants européens qu’il ne suffit pas de rappeler des principes, d’affirmer des intentions et d’attirer l’attention sur les injustices que subit l’Afrique. Ces paroles seront dénuées de sens tant qu’elles ne s’accompagneront pas d’un changement dans les politiques qui sont responsables d’une trop grande part des problèmes de l’Afrique. Nous nous félicitons du travail effectué par notre partenaire de la CIDSE, l’alliance des agences de développement catholiques, qui, conjointement avec d’autres organisations de la société civile européenne, s’efforce de veiller à ce que l’UE continue de maintenir les intérêts des Africains au premier plan de ses politiques internes et externes.

 

Les efforts déployés, par le biais des directives sur la transparence et comptables de l’UE, pour apporter de la transparence dans les transactions financières des compagnies extractives et d’exploitation forestière avec les pouvoirs publics ne sont pas négligeables. Nous avons encore besoin de voir tout cela se traduire en changements concrets sur le terrain et se développer en exigences de transparence concernant les conséquences, sur les plans financiers, des droits de l’homme, environnementaux et autres, de l’activité de toutes ces sociétés sur la vie de nos peuples. La clé résidera dans l’existence d’une véritable réglementation sur la présentation, pays par pays, de rapports financiers et non financiers, et l’obligation juridique pour les sociétés de contrôler leurs chaînes d’approvisionnement afin de garantir que les acheteurs de minerais ne participent pas au financement de conflits ou de violations des droits humains. L’UE doit aussi faire en sorte de veiller à ce que les 41,9 milliards de dollars (30,4 milliards d’euros) qui disparaissent d’Afrique chaque année ne se retrouvent pas dans ses banques. Elle doit mettre en place une taxe sur les transactions financières qui permettrait de stabiliser les perspectives financières à l’échelle mondiale et de recueillir l’argent nécessaire pour lutter contre la faim, les maladies, les répercussions du changement climatique et autres fléaux qui interdisent à tant de nos frères et sœurs de vivre dans la dignité.

 

L’absence d’espace démocratique et le mépris des droits de l’homme ont constitué un terreau fertile aux manifestations et crises politiques de l’Afrique d’aujourd’hui. Le dialogue entre l’État et les communautés locales reste faible et ces dernières ne peuvent participer efficacement aux processus de prise de décision, ce qui rend l’action publique impuissante, tandis que la société civile est perçue comme un adversaire politique. L’UE doit soulever la question d’un environnement propice au développement de la société civile et compléter cette démarche en aidant au renforcement de la société civile africaine de façon à ce qu’elle puisse travailler main dans la main avec les institutions démocratiques.

 

Regardez les étrangers autrement: c’est le message final que nous avons adressé à tous les dirigeants présents au sommet. Au-delà des frontières étatiques, politiques, tribales et religieuses, l’autre reste un frère ou une sœur. En œuvrant ensemble au bien commun, nous réussirons à bâtir un Royaume de justice, respectueux de la dignité des personnes et de leurs droits, un Royaume de la vérité, de l’unité, du pardon, sans oublier la tolérance politique, les services aux personnes, des élections libres et justes, de bonnes éthiques nationales, de bons médias, enfin la solidarité, la paix et une bonne intendance de la Création divine.

 

Mgr Gabriel Anokye

Archevêque de Kumasi, Ghana, et vice-président du Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM)

 

 

Cette tribune conjointe a été initialement publiée dans l’ hebdomadaire European Voice

 

 

Version originale de l’article : anglais

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