Sunday 31. May 2020
#172 - juin 2014

 

Les recherches sur le cerveau dans l'Union européenne alimentent la réflexion

 

Les recherches en neurosciences devraient se développer de pair avec la réflexion sur la neuroéthique.

 


Les coûts relatifs aux maladies du cerveau en Europe sont estimés par le Conseil européen du Cerveau à environ 300 milliards d'euros pour 2014 (période allant du début de cette année au moment où cet article est rédigé, à la fin mai). Le vieillissement continuel de la population européenne ne fera qu'aggraver la situation : une personne sur trois devrait souffrir de troubles cérébraux pendant sa vie. Les recherches fondamentales sur le cerveau que sont les neurosciences constituent un élément essentiel pour relever ce défi. Et l'Union européenne en est consciente.

 

Initiatives de l'Union européenne

Mieux comprendre le cerveau aura un impact important dans le domaine de la pharmacologie, où ce sera un moteur d'innovation pour l'industrie pharmaceutique européenne, et aussi dans le domaine de la neurochirurgie, en réduisant au minimum les épisodes indésirables – perte de mémoire, troubles émotionnels – qui pourraient survenir. Vieillir en meilleure santé et mieux contrôler les maladies neurodégénératives, notamment Alzheimer ou Parkinson, seront également des conséquences extrêmement positives de ces recherches.

 

Compte tenu de ce qui précède, les recherches sur les troubles et maladies chroniques, y compris les maladies neurologiques et neurodégénératives, sont un élément fondamental du pilier "Défis de société" du programme "Horizon 2020", un programme européen de recherche et d'innovation portant sur la période 2014-2020. En outre, dans le cadre du pilier "Excellence scientifique", l'un des projets phare des technologies futures ou émergentes (FET) est le projet sur le cerveau humain (HBP), qui devrait durer dix ans et qui cherche à mieux comprendre le cerveau humain de façon à pouvoir mettre au point de nouveaux outils de diagnostic et des traitements pour les troubles cérébraux ainsi que de nouvelles technologies ayant une intelligence similaire au cerveau, telles que l'informatique neuromorphique.

 

Dans le cadre du projet HBP, l'initiative FETPROACT 2 – 2014 "porte sur les éléments interdisciplinaires essentiels de la connaissance, de la pensée, de l'action et de l'être, en synergie étroite avec la recherche fondamentale sur les futurs systèmes cognitifs artificiels, les robots, les objets intelligents et les systèmes cyber-physiques à grande échelle" afin  de faire dépasser à ces systèmes (dans le contexte d'infrastructures et de villes intelligentes, par exemple) "le stade de l'exécution monotone de tâches ou de la solution répétitive de problèmes". Le Programme européen de recherche du projet HBP réunira autour des thèmes du projet phare des universitaires, des organismes nationaux de financement et des groupes d'industrie en vue d'échanger des informations et de se mettre d'accord sur des zones et des formes de collaboration possibles. Des partenariats stimulants en matière d'innovation seront particulièrement recherchés avec l'industrie.

 

Des considérations éthiques majeures

En raison de la nature spécifique de ce sujet, il faut donner la préférence à l'utilisation de techniques non invasives (par exemple, l'imagerie cérébrale) dans les recherches en neurosciences ainsi qu'à l'expérimentation animale avant de procéder à l'expérimentation sur l'être humain.

 

Le développement des neurosciences aidera aussi à mieux appréhender des situations problématiques sur le plan éthique, telles que l'état d'absence de réactivité après coma (voir l'Avis de la Cellule de réflexion bioéthique de la COMECE) ou la mort cérébrale. En outre, une connaissance plus approfondie du cerveau et des origines de nos perceptions, de nos pensées et de nos émotions – en fait, de notre conscience – permettra de façon générale d'influencer plus efficacement le comportement humain. Cette influence pourrait être légitime dans un contexte thérapeutique, où le comportement concerné est une source de souffrance pour le patient (en liaison avec l'anxiété ou la dépression, par exemple) et ne résulte pas simplement de l'incapacité à s'adapter aux valeurs politiques ou morales prévalant dans la société.

 

Une telle influence aura toujours un impact sur le libre arbitre et la responsabilité, voire même sur l'identité de la personne, comme ce sera aussi le cas pour l'application des connaissances sur le cerveau, en particulier lorsqu'elles sont associées à l'utilisation d'implants TIC (technologies de l'information et de la communication) dans le corps humain à des fins d'amélioration des performances humaines (avènement du "cyborg", le corps post-humain), une question déjà abordée dans un Avis du Groupe européen d'éthique de la Commission européenne et de la Cellule de réflexion bioéthique de la COMECE. L'intelligence artificielle et les interfaces entre cerveau et machine sont également associées à une quête moderne de "l'immortalité". A la limite, c'est notre compréhension de ce qui est propre à l'être humain qui pourrait être en jeu.

 

Enfin, il faut aussi mentionner des préoccupations à l'égard de l'abus du développement des connaissances sur le cerveau pour élaborer des architectures informatiques cognitives destinées à mettre en œuvre de nouveaux systèmes de surveillance de masse et de nouvelles armes.

 

Dans la sphère du projet HBP, un sous-projet spécifique intitulé "Ethique et Société", qui absorbe 3% du budget total, est consacré à favoriser le débat sur des défis éthiques tels que ceux qui viennent d'être mentionnés parmi les chercheurs, les parties prenantes et les différents courants de pensée éthique qui existent dans notre société.

 

José Ramos-Ascensão

COMECE

 

 

Version originale de l’article : anglais

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