Wednesday 28. October 2020
#173 - juillet-août 2014

 

Partenariat transatlantique: qu’en est-il des valeurs?

 

L’accord transatlantique de libre-échange entre l’UE et les États-Unis (TTIP) est un sujet actuellement très discuté par de nombreux Européens. Il pose en effet des questions bien plus profondes que celles que le débat public soulève.


Pour la COMECE, le projet d’accord de libre-échange UE-EUA, et le socle de valeurs qu’il représente, est devenu une préoccupation majeure et constituera le sujet principal de l’assemblée plénière d’automne des évêques de la COMECE. Dans cette optique, le secrétariat de la COMECE a également consacré les discussions socioéthiques de cette année, qu’il organise chaque année conjointement avec l’Office central catholique des sciences sociales (KSZ), au thème intitulé «Europe et États-Unis, Libre-échangisme et responsabilité commune».

 

Environ 80 participants, dont une délégation américaine composée de Son Excellence Thomas Wenski, archevêque de Miami, Son Excellence Timothy Broglio, archevêque des forces armées, basé à Washington D.C., et quatre experts d’universités catholiques américaines, se sont rendus fin juin à Mönchengladbach, afin d’analyser du point de vue américain et européen les opportunités et les risques que représente cet accord de libre-échange transatlantique.

 

Avons-nous des valeurs communes?

D’après le professeur Philippe Nemo, de France, la Grèce antique, l’État pluriethnique des Romains, la révolution papale ainsi que la révolution démocratique de la modernité, et notamment la Bible et sa doctrine de la charité ont jeté les bases qui ont été partagées des deux côtés de l’Atlantique, quoique de manière quelque peu nuancée dans leur interprétation.

 

Le diplomate américain avisé John Kornblum a également attiré l’attention sur la nécessité, pour les relations entre l’Europe et l‘Amérique, de rendre effectives les valeurs communes, les Églises pouvant avoir un rôle particulier à y jouer.

 

Opportunités et risques du TTIP

L’analyse des conséquences possibles de l’accord de libre-échange a permis en particulier de mettre en avant son potentiel, en présentant un certain nombre d’avantages économiques tels que, notamment, la création de nouveaux débouchés, l’accroissement de la productivité et l’augmentation des salaires en résultant. De plus, le TTIP pourrait déployer un nouveau dynamisme économique, stimulant l’esprit d’entreprise et attirant les investissements. Mais, outre les aspects économiques, une telle zone de libre-échange pourrait aussi faciliter un échange d’idées ainsi que le transfert de technologies.

 

D’un autre côté, le TTIP présente également certains risques. La libéralisation du secteur des services, dans lesquels la plupart des travailleurs sont actifs, pourrait aisément porter atteinte à leur protection. Outre une série de règlements controversés concernant la sécurité alimentaire, une prudence particulière est de mise notamment en ce qui concerne les dispositions réglementaires en matière de finances et d’assurances, afin de ne pas déclencher à l’avenir une nouvelle crise financière. Le risque existe également que l’intensification des échanges commerciaux étende encore plus les entreprises les plus grandes, engendrant de nouveau des inégalités.

 

Quelles normes éthiques doit-on respecter?

C’est précisément afin de contrer ces effets négatifs potentiels qu’il est particulièrement important que le TTIP s’appuie sur un socle de valeurs. La professeure allemande Ursula Nothelle-Wildfeuer voit un cadre approprié dans les principes de l’économie sociale de marché, en faveur de laquelle l’UE, dans le traité sur l'Union européenne (article 3, paragraphe 3), s’engage expressément.

 

Les principes d’une économie sociale de marché marqués par la doctrine sociale de l’Église exigent par conséquent que l’économie ne soit être une fin en soi, mais prenne une position au service du bien commun. Ce faisant, entre l’économie et la morale, il n’y a pas de contradiction aussi longtemps que la première respecte la dignité de l’homme et n’en fait pas seulement un moyen de production.

 

Par ailleurs, l’accord de libre-échange ne peut se justifier sur le plan éthique qu’à la condition de ne pas exclure les pays en développement et récemment industrialisés de la participation aux avantages acquis en faveur des pays riches.

 

Un principe fondamental qui devrait prévaloir dans le TTIP est celui de la liberté. Celle-ci doit bien entendu être comprise au sens d’une liberté positive stimulant l’activité entrepreneuriale. Toutefois, afin que cette liberté conduise également à une justice de participation, il faut fixer des conditions-cadres claires qui permettent la participation, l’inclusion et une juste répartition des biens.

 

Dans l’interprétation du concept de liberté, il existe, selon le professeur Thomas Kohler, certaines nuances par rapport à la conception américaine qui comprend la liberté dans le sens d’une absolue souveraineté de l’individu et du marché en matière de prise de décisions.

 

Une confrontation des points de vue européen et américain exposés lors de la conférence de Mönchengladbach révèle toutefois très clairement que les deux côtés voient dans le projet d’accord de libre-échange transatlantique une chance d’accroître leur prospérité, tout en étant conscients de leur responsabilité commune à fonder cet accord commercial sur des normes éthiques qui reflètent nos valeurs occidentales marquées par le christianisme.

 

Marek Mišák

COMECE

 

Version originale de l’article : allemand

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