Monday 6. April 2020
#173 - juillet-août 2014

 

Un sommet du G7 à Bruxelles pour sanctionner la Russie

 

Il est certes possible d’exclure la Russie du G7, mais on ne peut avancer sans elle sur d’autres dossiers qui pèsent aujourd’hui lourdement sur la sécurité mondiale.


Le dernier sommet du G8 a eu lieu en juin 2013. Le communiqué final se terminait par la phrase : « Nous nous réjouissons de notre prochain rencontre sous la présidence de la Russie du 4 au 5 juin 2014 à Sotchi. » Entre temps, la crise ukrainienne est survenue et cette rencontre a été annulée comme mesure de sanction contre la Russie par les sept autres pays (États-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie). Redevenu G7, ces derniers ont préféré se réunir pour la première fois de leur histoire à Bruxelles. En effet, les représentants de l’Union européenne ont certes toujours participé à ce rendez-vous annuel, mais seulement en tant qu’invités et sans droit d’exercer la présidence.

 

L’exclusion de la Russie a eu pour effet une co-présidence de facto lors du sommet entre Jose Manuel Barroso et Herman Van Rompuy. Les deux avaient d’ailleurs suggéré aux autres participants de consacrer le dîner du 4 juin à la politique internationale, avec en premier lieu un échange sur l’Ukraine. Les deux sessions de travail du 5 juin traitaient de l’économie et du commerce mondial, ainsi que du climat et de l’énergie. Sur le menu du déjeuner de clôture se trouvait la question du développement et de l’Afrique.

 

Par cette organisation des travaux, les chefs de sept pays démocratiques qui font partie des plus grandes économies mondiales ont rappelé une évidence qu’on a parfois tendance à oublier: sans la paix, sans la détermination de participer activement à la résolution des conflits dans le monde les efforts de préserver la prospérité et de promouvoir le développement durable seront vains. Il était donc important pour le G7 de rappeler son soutien au nouveau président ukrainien et de protester avec fermeté contre la violation de la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine par la Fédération russe. Cependant, à la lecture de la déclaration du sommet de Bruxelles on se rend vite compte qu’il est certes possible d’exclure la Russie et de ne pas se rendre à Sotchi, mais qu’il serait impossible d’avancer sans elle sur d’autres dossiers qui pèsent aujourd’hui lourdement sur la sécurité mondiale.

 

Ainsi, on a du mal à imaginer comment établir un dialogue national en Syrie pour mettre fin à la guerre civile qui a déjà couté la vie à 160.000 personnes alors que le régime d’Assad jouit d’un soutien à peine masqué de la Russie. Comment – pour donner un autre exemple – trouver une solution diplomatique au dossier du nucléaire iranien ? La Russie fait officiellement partie du groupe E3 + 3 qui désigne les trois pays européens l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni ainsi que la Chine, les Etats-Unis et la Russie qui négocient ensemble avec le gouvernement iranien sur son programme nucléaire. Bref, il ne faut donc pas perdre de vue la nécessité de rétablir à long terme un partenariat avec la Russie pour mettre un terme à ces conflits.

 

Ceci est vrai également pour les questions liées à l’énergie abordées lors du sommet. Il est certainement prudent d’élaborer des plans d’urgence ou cas où une crise énergétique se produirait en Europe pendant l’hiver 2014/2015 à cause du conflit avec la Russie, mais à plus long terme le gaz russe restera indispensable à l’Europe. Enfin, les pays du G7 devront composer avec la Russie dans le cadre du G20. Le prochain sommet dans cette enceinte se tiendra en novembre à Brisbane en Australie et il prévoit de poursuivre le travail sur la réforme des marchés financiers et sur le problème de l’évasion fiscale. Là encore on a du mal à voir comment cela pourra se faire sans une coopération avec la Fédération russe.

 

Bref, le premier sommet de G7 à Bruxelles a montré les limites du retour à l’ancien format. Il a certes abouti à des avancées très positives, par exemple en ce qui concerne l’engagement de tous les participants, y compris des Etats-Unis, pour un accord global ambitieux dans la perspective de la conférence sur le climat en décembre 2015 à Paris. De même, on ne peut que se réjouir des passages de la déclaration finale consacrés du développement, comme l’engagement pris à améliorer la transparence dans les industries extractives.

 

Enfin, le rappel des valeurs et des responsabilités partagées en tant que grands pays démocratiques au début de la déclaration finale et de la défense des droits de l’homme, y compris de la liberté religieuse à la fin, mérite d’être soulignés. Il n’empêche qu’il faut espérer à terme qu’on parvienne, soit à un retour de la Russie permettant de reconstituer le G8, soit à une autre formule pour impliquer cette puissance dans un dialogue constructif. Ce sera la tâche la plus importante pour l’Allemagne qui présidera le G7 en 2015.

 

Stefan Lunte

COMECE

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