Tuesday 7. April 2020
#174 septembre

 

La Garantie pour la jeunesse contre le chômage des jeunes ?

 

Depuis plusieurs années, les chiffres élevés du chômage des jeunes lancent de grands défis aux décideurs au niveau de l’UE et à celui des Etats membres. D’autant plus grandes sont les attentes que suscite la Garantie pour la jeunesse.


La proposition de recommandation en vue de l’instauration d’une garantie pour les jeunes (désignée ci-après par « Garantie pour la jeunesse ») constitue la pièce maîtresse du train de mesures pour l’emploi des jeunes proposé par la Commission Européenne en décembre 2012. Adoptée en avril 2013, la Garantie pour la jeunesse doit contribuer à ce que les Etats membres proposent un emploi de haute qualité, une mesure de formation continue ou un poste de formation ou de stage de haut niveau à tous les jeunes âgés de 25 ans au maximum dans les quatre mois suivant leur déscolarisation ou perte emploi.

 

La responsabilité incombe aux Etats membres

En tant que recommandation, la Garantie pour la jeunesse constitue certes un acte juridique, mais dans son effet, elle n’impose pas d’obligation légale. La compétence (principale) pour le lancement des mesures nécessaires dans le domaine du chômage des jeunes appartient aux Etats membres. Parmi les réformes structurelles nécessaires, on peut citer par exemple le renforcement des administrations publiques du travail et la réforme des systèmes de formation professionnelle initiale et continue.

 

Les différentes mesures prises pour la mise en œuvre de la Garantie pour la jeunesse sont sans aucun doute coûteuses pour les Etats membres dans une phase initiale. Mais à long terme, ne rien faire coûterait certainement plus cher. La Fondation Européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail (Eurofound) évalue à 150 milliards d’EUR le préjudice économique causé par le chômage des jeunes pour l’année 2011, sous la forme de prestations de chômage, de pertes de revenus et de pertes de recettes fiscales. Malgré tout, il ne faut pas perdre de vue l’aspect personnel pour les jeunes ou les jeunes adultes concernés qui ne peut pas être exprimé en termes monétaires.

 

Les Etats membres ont soumis leurs plans pour la mise en œuvre de la Garantie pour la jeunesse. La Commission suit ces programmes de mise en œuvre de la Garantie pour la jeunesse dans le cadre du Semestre Européen.

 

Soutien financier de l’UE

Les Etats membres bénéficient du soutien financier de l’UE essentiellement par le biais du Fonds Social Européen (FSE), l’un des Fonds structurels de l’UE. Le FSE met l’accent sur l’amélioration des opportunités d’emploi et d’éducation dans l’UE et cherche par ailleurs à améliorer le sort des personnes qui ont besoin d’aide, qui sont menacées par la pauvreté. Le domaine d’intervention inclut entre autres, selon le Règlement du FSE actuel, l’inclusion durable des jeunes dans le marché du travail, ainsi que l’investissement dans l’éducation, la formation initiale et la formation professionnelle pour l’acquisition de compétences et l’apprentissage toute la vie durant.

 

Pour la nouvelle période de subvention (2014-2020), le FSE dispose de fonds représentant 80 milliards d’EUR. Chaque Etat membre s’accorde avec la Commission sur un ou plusieurs programmes opérationnels (PO) pour l’utilisation des fonds durant la période de subvention. Dans ces PO, les Etats membres proposent les mises en œuvre spécifiques des axes de financement dans le pays ou la région en question. Ces fonds peuvent ensuite être utilisés après la ratification par la Commission.

 

Initiative pour l’emploi des jeunes

Pour le bouclage des fonds de l’UE pour les régions qui sont le plus gravement affectées par le chômage des jeunes, l’Initiative pour l’emploi des jeunes (IEJ, en anglais Youth Employment Initiative ou YEI) a été lancée. Elle est réglementée en tant que chapitre IV dans le Règlement FSE. Le groupe cible inclut tous les jeunes de moins de 25 ans, chômeurs ou n’exerçant pas d’activité rémunérée, qui habitent dans les régions pouvant bénéficier des subventions (ce sont les régions de niveau 2 NUTS où le chômage des jeunes dépasse 25 % en 2012), et qui n’ont pas de travail et ne suivent pas une formation scolaire ou professionnelle, indépendamment du fait qu’ils sont inscrits au chômage ou pas. Les Etats membres peuvent cependant élargir le groupe cible aux jeunes de moins de 30 ans. L’IEJ cherche en particulier à subventionner des personnes isolées. C’est ainsi que des mesures telles que la possibilité d’acquérir des premières expériences du travail, le soutien de jeunes entrepreneurs dans la création d’une entreprise ou une formation initiale ou continue de haut niveau peuvent être subventionnées.

 

Au total, durant la période 2014-2020 l’IEJ sera soutenue par 6 milliards d’EUR de fonds communautaires (50 % par des investissements ciblés provenant du FSE, 50 % par une ligne budgétaire spécifique anticipée pour la période 2014-2015, « Emploi des jeunes » dans la rubrique Ib « Cohésion économique, sociale et territoriale » dans le cadre financier pluriannuel).

 

Démarrage poussif de l’initiative pour l’emploi

Néanmoins, la mise en œuvre de l’IEJ connaît jusqu’à présent un démarrage poussif. Récemment, des experts de la Commission et des Etats membres se sont réunis dans le cadre d’un séminaire spécialisé pour planifier ensemble les mesures financées par l’IEJ, afin que le versement des fonds à tous les Etats membres éligibles puisse commencer le plus vite possible. En tant que premier Etat membre, la France avait soumis son programme opérationnel pour l’engagement des fonds de l’IEJ. Elle reçoit maintenant 620 millions d’EUR au total de l’IEJ et du FSE. Le PO de l’Italie, qui sert principalement à la mise en œuvre de la Garantie pour la jeunesse, a été ratifié en juillet. 1,1 milliard d’EUR de fonds de l’UE seront versés à ce pays, qui fera appel à des mesures telles que le placement professionnel, les offres de places d’apprentissage surtout pour les plus jeunes, les stages ou encore l’amélioration de la mobilité.

 

Mesures d’accompagnement au niveau de l’UE

Dans le contexte des systèmes de formation professionnelle initiale et continue efficaces, en particulier ceux qui comportent un solide élément de pratique professionnelle, pour faciliter la transition entre l’école et la vie professionnelle pour les jeunes, la Commission a lancé deux initiatives pour compléter la Garantie pour la jeunesse.

 

  • Alliance européenne pour l’apprentissage

L’Alliance européenne pour l’apprentissage a été fondée le 2 juillet 2013 en tant que plateforme sur laquelle les acteurs des secteurs de l’emploi et de l’éducation se sont regroupés. Son objectif est d’améliorer dans toute l’Europe la qualité, l’offre et l’attractivité des postes d’apprentissage, et de faire évoluer les attitudes vis-à-vis de cette forme d’apprentissage.

  • Cadre de qualité pour les stages

Le 10 mars 2014, le Conseil de l’UE a adopté la Recommandation pour un cadre de qualité pour les stages. Elle a pour but d’accroître la transparence sur les conditions de stage, par ex. par la conclusion de conventions de stage écrites qui doivent aussi contenir des indications sur les contenus pédagogiques des indications sur les conditions de travail (durée limitée, temps de travail, rémunération ou remboursement des frais, assurance sociale). Même si on peut fondamentalement se féliciter du cadre de qualité, il faudra suivre attentivement si les stages „les plus favorables“ ne prendront pas le relais à l’avenir des contrats de travail à durée déterminée.

 

Parmi les autres mesures d’accompagnement, la Commission mise sur la mobilité de la main-d’œuvre, entre autres par EURES, le réseau européen pour la promotion de la mobilité transfrontalière dans le domaine du marché du travail. Le programme de mobilité « Ton premier emploi EURES » pour les jeunes de 18 à 30 ans doit les aider dans la recherche d’un emploi, d’un poste d’apprentissage ou d’un stage dans un autre Etat membre de l’UE.

 

Au cours de ces dernières années, l’UE a fait de gros efforts pour lutter contre le taux élevé de chômage des jeunes et créer des opportunités pour les jeunes. Les réformes structurelles nécessaires un peu partout ne seront cependant couronnées de succès qu’à plus long terme. Mais nous ne devons pas perdre de vue les incidences possibles de la situation actuelle sur le bien-être spirituel des jeunes concernés. Comme le pape Benoît XVI l’a déjà dit dans son encyclique sociale Caritas in Veritate, une exclusion de longue durée du travail ou une plus longue dépendance à l’égard de l’aide publique ou privée peut entraver la liberté et la créativité de la personne et exercer une influence négative sur ses relations familiales et sociales, et porter ainsi atteinte à son bien-être au niveau psychique et spirituel.

 

Anna Echterhoff

COMECE

 

Version originale de l’article  allemand

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