Saturday 28. March 2020
#175 octobre

 

Transition énergétique et justice sociale en Europe

 

L'Union européenne de l'énergie va peser d'un poids particulier dans la nouvelle Commission puisqu'elle constituera le portefeuille de l'un des sept Vice-Présidents, Mme Bratusek. Celle-ci mettra-t-elle en place une transition énergétique allant de pair avec la justice sociale ?


L'hypothèse d'une flambée des prix du pétrole est l'illustration la plus claire de la nécessité pour l'Europe de disposer de sources d'énergie alternatives. La perspective de cette ressource physiquement limitée est encore plus dramatique si l'on considère la consommation croissante qu'en font les économies des pays émergents, ce qui veut dire tout simplement qu'elles seront épuisées plus rapidement. La logique qui sous-tend l'accès aux sources d'énergies fossiles consiste à passer des sources les plus aisément accessibles à celles qui sont les plus difficiles d'accès (par exemple, les eaux profondes ou les régions polaires) ou encore à celles qui nécessitent des technologies plus complexes (par exemple, la fracturation) ; mais de toute façon, cette voie conduit inévitablement à la raréfaction des ressources et à une hausse des prix. Est-ce bien le type de transition énergétique que nous voulons ?

 

"Quelle justice sociale à l'heure de la transition énergétique ? Un défi pour l'Europe" est précisément le titre d'une conférence qui s'est tenue à Paris du 10 au 12 septembre dernier. Elle était organisée par le CERAS, un centre d'analyse sociale géré par les Jésuites de France et qui édite la grande revue Projet.

 

Un autre aspect qui renforce l'importance du thème choisi pour la conférence, "justice sociale et transition énergétique", est son rapport avec le changement climatique. Etant donné que c'est seulement si l'on empêche les températures globales d'augmenter au-delà de 2°C que l'on pourra avoir un avenir viable, il est donc essentiel de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, en particulier celles de CO2. Les émissions  provenant de la production et du transport d'énergie représentent plus de la moitié des émissions totales. Si l'on veut atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre, la contribution des énergies renouvelables est tout à fait cruciale. Seul un nouveau bouquet énergétique, où les énergies renouvelables jouent un rôle important, a des chances d'avoir un impact notable sur la réduction des émissions.

 

Il faut mentionner un dernier élément quant à l'importance du sujet choisi pour la conférence, selon lequel l'énergie est une question cruciale pour la compétitivité européenne dans une période de faible croissance : disposer de sources d'énergie meilleur marché serait incontestablement un argument important pour les alternatives à l'énergie provenant de sources fossiles.

 

En termes d'opportunité, le conflit actuel en Ukraine - avec son escalade de sanctions et de mesures de rétorsion - entre l'Union européenne et la Russie montre que la discussion sur la transition énergétique vient à point nommé. Afin d'avancer résolument sur la voie d'une plus grande autosuffisance énergétique, nous devons nous mettre d'accord sur de nouveaux modèles de génération, de distribution et de consommation d'énergie qui diffèrent des modèles existants. La dépendance actuelle de l'Europe à l'égard du pétrole et du gaz d'origine étrangère constitue une véritable menace pour notre niveau de vie et notre activité économique.

 

La conférence sur la transition énergétique s'inscrit dans un sillon antérieur qu'il faut également souligner. Au cours des mois précédents, le CERAS a organisé des activités intensives par le biais de différents groupes de travail : des compagnies d'énergie, des syndicats et la société civile ont été invités à faire part de leurs points de vue et à contribuer à préparer le contenu de la conférence. Nous nous devons de mettre en évidence les efforts des organisateurs, qui ont voulu proposer à la fois de réunir des experts et des chercheurs sur un sujet aussi technique et de souligner les répercussions sociales, les questions de justice sociale qui sont impliquées dans une évolution de ce type. Au cours de la conférence, ces répercussions sociales ont été très présentes et lors de chaque session plénière ou atelier, il y avait toujours au moins un représentant de la société civile.

 

Plus de 200 personnes ont assisté à la conférence et une cinquantaine d'experts venant des milieux universitaires ou du monde de la recherche, des entreprises, des pouvoirs publics ou de la société civile sont intervenus pendant les sessions plénières et les ateliers. La première analyse a porté sur les inégalités qui émergent de la consommation d'énergie (difficultés d'accès au transport, pauvreté énergétique) ou qui sont renforcées par les problématiques de l'énergie (biocarburants contre production alimentaire). La seconde analyse fait référence aux grands défis identifiés par le CERAS : nos modes de consommation, le concept de démocratie et la nécessité de maintenir tous ces changements dans un cadre où la justice sociale joue un rôle déterminant (en particulier dans des domaines sensibles tels que l'emploi, la fiscalité ou la réglementation des marchés de l'énergie).

 

Le troisième grand axe de la conférence était la perspective européenne, principalement en ce qui concerne trois aspects majeurs : le financement de la transition énergétique, la nécessité d'accorder un accès universel et l'interdépendance européenne en matière d'énergie. Il existe une approche différente à l'égard de la production d'énergie parmi les Etats membres de l'Union : l'option nucléaire en France, le soutien de la Pologne vis-à-vis du charbon ou les réserves britanniques de pétrole, des choix également liés historiquement à l'existence (ou à l'inexistence) de ces ressources naturelles. Mais nous ne pouvons pas oublier l'engagement actuel de l'Union européenne à avancer en direction de sources d'énergie renouvelables et plus propres et nous ne pouvons pas oublier non plus les exigences relatives à un réseau plus intégré de distribution de l'électricité sur le continent européen. Comme l'a souligné la conférence, la transition énergétique n'a de sens qu'en termes d'énergie ainsi que dans le contexte d'une Europe considérée comme un espace d'intégration. En raison du volume des investissements nécessaires pour effectuer cette transition, l'énergie devrait contribuer à l'intégration de nos économies et de nos sociétés.

 

Là encore, la discussion a montré qu'on ne peut résoudre les questions de justice en Europe d'un point de vue uniquement technique. Mais elle a également montré que la promotion d'une société plus juste nécessite une contribution intégrée de la part de toutes les parties prenantes. Et la problématique de l'énergie en est un bon exemple.

 

José Ignacio Garcia SJ

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

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