Thursday 28. May 2020
#177- décembre 2014

 

Relecture du discours du pape François au Parlement européen

 

Le Frère Ignace Berten décrypte pour nous le discours prononcé par le Pape François au Parlement européen le 25 novembre dernier.


Depuis la visite de Jean-Paul II, en 1988, l’Europe et l’Union Européenne ont bien changé. Le Rideau de fer est tombé, l’Union s’est élargie, mais le monde est devenu plus complexe et inquiétant. L’Europe a perdu de son poids dans un monde qui n’est plus eurocentrique. Cette Europe semble avoir vieilli, fatiguée, pas seulement démographiquement, mais surtout psychologiquement et spirituellement, « les grands idéaux qui ont inspiré l’Europe semblent avoir perdu leur force attractive ». D’où le doute et la méfiance des citoyens.

 

Le message de François n’est pas de s’appesantir sur ce tableau quelque peu désenchanté. Ce monde, où se mêlent menaces et peurs, peut être un aiguillon promoteur d’unité et d’initiative. François veut poser un diagnostic et proposer un axe d’ouverture et de sens, pour « un avenir fondé sur la capacité de travailler ensemble afin de dépasser les divisions et favoriser la paix et la communion entre tous les peuples du continent ».

 

Le diagnostic est sévère. Il est l’expression de la sensibilité sociale tellement marquée de François. Les questions techniques et économiques ont pris le pas sur une authentique orientation anthropologique : « L’être humain risque d’être réduit à un simple engrenage d’une mécanique qui le traite à la manière d’un bien de consommation à utiliser. » S’il est inutile, s’il n’est plus assez performant ou obsolète, on l’écarte ou on l’élimine.

 

Face à ces menaces, la culture européenne recèle un ressort : « l’homme comme personne dotée d’une dignité transcendante ».

 

La dignité de la personne, c’est-à-dire de l’être humain en relation et non de l’individu isolé, trouve son expression dans la promotion des droits humains. Dans son discours au Conseil de l’Europe, François a fait l’éloge de la Cour européenne des Droits de l’Homme, qui constitue en quelque sorte la ‘conscience’ de l’Europe. Il pose la question : quelle dignité là où il n’y a pas véritable liberté religieuse, pas d’État de droit ? là où il y a discrimination, manque de nourriture, manque de travail ? Quelle dignité, si l’opulence économique conduit à l’indifférence vis-à-vis des pauvres et par rapport à l’environnement ? Les droits sont aussi des devoirs : devoir d’assurer à tous des conditions de vie dans la dignité. Il s’agit de prendre soin de la fragilité des personnes et des peuples. Appel à la dignité pour tous au sein de l’Union, mais aussi à ses frontières : « On ne peut tolérer que la Méditerranée devienne un grand cimetière ! » François dénonce l’absence de soutien réciproque entre les pays de l’Union dans l’accueil de ces hommes et femmes qui appellent à l’aide.

 

Il y a une dimension de transcendance dans la dignité : une boussole au cœur de l’être humain lui permet de distinguer le bien du mal à partir du caractère relationnel de la nature humaine. La centralité de la personne humaine en relation, telle est le patrimoine dont le christianisme est le porteur au sein de l’Europe : en maintenant vivant ce patrimoine, il  n’est pas une menace pour la laïcité des États, mais un enrichissement.

 

« Unité dans la diversité », devise de l’Union Européenne : solidarité et subsidiarité. Une unité qui valorise la richesse des diversités. : « Maintenir vivante la réalité des démocraties est un défi de ce moment historique, en évitant que leur force réelle – force politique expressive des peuples – soit écartée face à la pression d’intérêts multinationaux non universels, qui les fragilisent et les transforment en systèmes uniformisés de pouvoir financier au service d’empires inconnus. »

 

Dans ce discours, tout comme dans celui qu’il a fait au Conseil de l’Europe, François a choisi d’être très discret dans le domaine des questions éthiques qui divisent aujourd’hui politiquement nos sociétés. Une seule allusion au sujet de l’élimination sans scrupule des inutiles, « des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin ou des enfants tués avant de naître ». Par ailleurs, aucune allusion à cette diversité difficile et parfois conflictuelle de la société européenne contemporaine qui est celle des convictions différentes, tensions entre options religieuses et options purement séculières ou laïques (au sens philosophique du terme), et présence croissante de l’islam.

 

Redonner sens et dynamisme au projet européen en soutenant les familles, en valorisant l’éducation, en cherchant en priorité à offrir du travail pour tous dans des conditions dignes, en respectant la nature, car « notre terre a besoin de soins continus et d’attentions ».

 

Les idéaux qui sont à l’origine de l’Union Européenne, s’ils sont revivifiés, sont appelés à être un « précieux point de référence pour toute l’humanité ».

 

Ignace Berten o.p

Frère dominicain, membre de la Communauté internationale Saint Dominique à Bruxelles

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://www.europe-infos.eu/