Wednesday 3. June 2020
#178- janvier 2015

 

Un moment critique pour le changement climatique

 

L'ordre du jour des discussions sur le changement climatique est en voie d'élaboration dans un contexte de jalons importants. La prochaine COP 21 sera un moment crucial pour prendre des décisions politiques courageuses.


L'ordre du jour des discussions sur le changement climatique est en voie d'élaboration dans un contexte de jalons importants. Nous voudrions commenter dans cet article trois des événements majeurs qui se sont produits ces derniers mois et qui mettent en évidence le tracé de l'engagement international : la publication du dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), les premières démarches du Fonds Vert pour le Climat et la récente COP20 qui s'est déroulée à Lima. Mais nous pourrions ajouter aussi de nombreux autres signaux positifs tels que l'accord récemment conclu entre les Etats-Unis et la Chine en vue de limiter les émissions de gaz à effet de serre. Bien qu'il s'agisse d'un accord volontaire, il va dans la bonne direction et envoie un signal positif aux négociateurs.

 

Le 5ème rapport d'évaluation du GIEC, un groupe d'experts sur le changement climatique composé de 830 scientifiques provenant de la communauté internationale, a confirmé et même renforcé le message des précédents rapports, à savoir que l'activité humaine est responsable de l'accélération du réchauffement mondial et qu'il est absolument nécessaire de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% à 70% à l'horizon 2050. D'ici la fin du siècle, il faut réduire à zéro les émissions afin de limiter la hausse de la température mondiale moyenne à un niveau inférieur à 2º C. Sinon, les conséquences seront graves et les scientifiques sont occupés à analyser tout un éventail de scénarios possibles en matière d'environnement, de sécurité alimentaire et de pauvreté.

 

Le rapport du GIEC décrit plusieurs futurs scénarios, en fonction de la manière dont le monde va réagir. Si rien n'est fait, si les émissions ne sont pas réduites, les températures pourraient augmenter de 4,8 degrés, ce qui entraînerait une réduction de 85% du volume des glaciers et une hausse de 0,82 mètre du niveau de la mer, avec un grave impact sur l'équilibre des écosystèmes. Si des mesures correctives sont prises et que l'on arrive à zéro émissions d'ici la fin de ce siècle, la hausse des températures pourrait se situer au-dessous de 2º C, une situation susceptible d'assurer la sécurité de l'avenir. "Il est encore temps, mais ce laps de temps est très court", a déclaré Rajendra Pachauri, président du GIEC, lors de la présentation du rapport en novembre dernier. La conviction du GIEC et de nombreux autres experts, c'est que nous pouvons encore réduire radicalement les émissions de gaz à effet de serre, mais que cela requiert une forte dose de courage politique.

 

Lors du sommet historique de Copenhague en 2009, les parties ont décidé de mettre sur pied un Fonds Vert pour le Climat afin qu'il soit un moyen de compenser les efforts des pays les plus pauvres en matière d'atténuation et d'adaptation au changement climatique. On prévoit que le Fonds atteindra 100.000 millions de dollars américains d'ici 2020. Cinq ans après sa création, le Fonds Vert pour le Climat est finalement devenu réalité et commence à attirer des fonds. A la suite d'une conférence des donateurs organisée à Berlin en novembre dernier, 22 pays se sont engagés à verser un montant total de 9.600 millions de dollars. La contribution des Etats-Unis représente près d'un tiers de ce montant, soit 3.000 millions, celle du Japon est de 1.500 millions, celle du Royaume-Uni 1.100 millions, celles de la France et de l'Allemagne 1.000 millions chacun, celle de l'Italie 313 millions et celle de l'Espagne 150 millions.

 

Les doutes à l'égard de cette initiative portent sur le fait de savoir si nous parlons d'argent frais ou si les donateurs changent simplement l'étiquette de fonds déjà engagés, essentiellement pour l'aide au développement. En ce qui concerne le Royaume-Uni, c'est effectivement le cas : "L'argent britannique provient de fonds existants, destinés à des travaux climatiques internationaux dans le cadre de l'engagement du Royaume-Uni à consacrer 0,7% de son revenu national brut à l'aide publique au développement". Pour de nombreux pays en développement et organisations de la société civile, c'est une situation inacceptable car elle signifie que des ressources déjà engagées pour répondre à d'autres besoins vont être détournées de leur destination pour servir à d'autres fins. L'obligation d'utiliser de l'argent frais pour ce Fonds est donc une demande logique si l'on veut réduire la pauvreté – car la pauvreté contribue elle aussi au changement climatique – et si l'on veut avoir un impact sur le mode de vie consumériste des pays développés.

 

D'ici un an, les Nations Unies tiendront une réunion décisive à Paris, où doit être approuvé le remplacement du Protocole de Kyoto qui expire en 2020. Ce Protocole, qui date de 1997, s'est dilué avec le temps. En fait, il n'a été entériné ni par les Etats-Unis ni par la Chine ni par la Russie. En définitive, seules l'Union européenne, l'Australie et la Norvège sont restées fidèles à Kyoto. Le Protocole n'a malheureusement pas réussi à être l'instrument qu'il fallait. Les mécanismes d'échange de quotas d'émissions n'ont pas eu l'efficacité nécessaire pour promouvoir la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Différentes raisons ont convergé pour minimiser l'impact de ces instruments : le plafond n'était pas bien défini, le prix n'était pas suffisamment attrayant pour réduire les émissions, et les marchés secondaires sont impliqués depuis longtemps dans des activités frauduleuses.

 

La 20ème Conférence des Parties sur le climat, la COP 20, qui s'est récemment tenue à Lima en décembre 2014, était la conférence préparatoire de la prochaine Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (la COP 21), qui aura lieu à Paris en décembre 2015. Cette rencontre sera d'une importance cruciale pour l'avenir des négociations sur le changement climatique. Le Protocole de Kyoto arrive à expiration et il doit être renouvelé par un nouvel accord. Les attentes à cet égard portent sur la nécessité du caractère juridiquement contraignant de ce nouvel accord – pour être sûr qu'il soit réalisé – et sur la nécessité qu'il témoigne d'un grand courage, car la réduction des émissions de gaz à effet de serre doit avoir un impact réel pour pouvoir être efficace du point de vue du GIEC : une réduction d'au moins 40% à 70% d'ici la fin 2050. Et il s'agit seulement de limiter le réchauffement mondial à une hausse inférieure à 2º C.

 

La COP 21 suscite de très vives attentes. La communauté internationale ne peut pas se permettre un nouveau désastre, comme ce fut le cas à Copenhague. Mais nous avons également vu qu'il était possible d'aboutir à des accords sans véritable contenu, comme ce fut le cas par exemple pour Rio+20. Les milieux scientifiques et la société civile travaillent une nouvelle fois ensemble pour promouvoir une conscientisation à l'égard des défis cruciaux auxquels est confrontée notre planète ; les pressions sur les gouvernements vont fortement s'accroître à mesure que se rapprochera la Conférence. Cette fois, il faut un accord cohérent qui puisse tracer la voie d'un avenir durable pour tous.

 

Jose Ignacio Garcia SJ

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

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