Thursday 29. October 2020
#178- janvier 2015

 

2015 : pour une dynamique de désarmement nucléaire ?

 

Il existe encore dans le monde plus de 16.000 ogives nucléaires. Etant donné que six Etats membres de l'Union européenne ont des armes nucléaires sur leur territoire, la question du désarmement nucléaire doit aussi être étudiée au niveau de l'Union.


Près de 25 ans après la fin de la Guerre froide, la dissuasion nucléaire continue de faire partie intégrante des doctrines et des politiques de sécurité de certains Etats. Il y a huit Etats dans le monde qui ont reconnu posséder des armes nucléaires, dont la France et le Royaume-Uni. En outre, plusieurs Etats européens dont la Belgique, l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas partagent en qualité d'Etats membres de l'OTAN la responsabilité du déploiement des armes nucléaires tactiques des Etats-Unis.

 

En dépit des réductions opérées en termes de quantité de forces nucléaires, le désarmement qualitatif n'a pas encore été convenablement abordé car les Etats possédant des armes nucléaires continuent de moderniser les arsenaux nucléaires qu'il leur reste. Les événements qui se déroulent actuellement au Moyen-Orient et en Ukraine pourraient même renforcer cette tendance.

 

Et pourtant, l'année 2015 pourrait offrir plusieurs moments favorables pour intervenir dans le domaine du désarmement nucléaire. En avril-mai 2015, la Conférence d'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) chargée d'évaluer la mise en œuvre du Traité se déroulera à New York au siège des Nations Unies ; à cette date, cela fera 45 ans que les Etats possédant des armes nucléaires ont convenu d'entreprendre des négociations de bonne foi en vue de l'élimination de leurs arsenaux nucléaires. N'ayant pu se mettre d'accord sur un document final en 2005, la Conférence d'examen de 2010 a élaboré un plan d'action qui servira maintenant de base à l'examen de 2015.

 

En outre, au cours du premier semestre 2015, où sera commémoré le 70ème anniversaire des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, un accord global sur le programme nucléaire de l'Iran devrait être atteint après l'échec de la tentative de conclure un accord en novembre dernier.

 

La position de l'Eglise sur le désarmement nucléaire

En tant que partie prenante au Traité de non-prolifération, le Saint-Siège est un ardent défenseur du désarmement nucléaire et de la non-prolifération des armes nucléaires depuis le Concile Vatican II. Dans la déclaration qu'a faite l'archevêque Francis Chullikatt, Observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations Unies dans la perspective de la Conférence d'examen du TNP en 2015, il a réitéré que "les armes nucléaires ne devaient avoir aucune place dans une communauté internationale déterminée à atteindre la sécurité mutuelle à l'échelle mondiale". Mais en même temps, comme le souligne la position de la COMECE de 2010, "il convient d’examiner avec une grande attention les différentes mesures qui conduisent au désarmement complet, de manière à nous assurer qu’elles réduiront de manière durable l’instabilité du système dans son ensemble" et qu'elles ne créeront pas de nouvelles menaces vis-à-vis de la stabilité du système de prévention mutuelle des conflits armés. La doctrine militaire de la dissuasion nucléaire, qui a servi à justifier la modernisation des arsenaux nucléaires existants, est depuis longtemps dépassée et elle n'est plus moralement acceptable, sans parler de l'accaparement de ressources économiques importantes qu'implique l'entretien des armes nucléaires ainsi que leurs conséquences humanitaires dévastatrices. Dans le message que le pape François a adressé à la Conférence de Vienne sur l'impact humanitaire des armes nucléaires en décembre 2014, il a lancé un appel à adopter plutôt une approche visant à apporter la sécurité sans s'appuyer sur la dissuasion nucléaire, une approche qui soit fondée sur  "la justice, le développement socio-économique, la liberté, le respect des droits fondamentaux, la participation de tous aux affaires publiques et le renforcement de la confiance entre les peuples".

 

Afin de diffuser le message de l'Eglise sur le désarmement nucléaire, plusieurs organisations catholiques telles que Pax Christi International et Justice & Paix Europe et leurs commissions nationales respectives ont déjà entrepris diverses initiatives de sensibilisation sur cette question, notamment la publication d'un ouvrage comportant des propositions politiques concrètes sur le désarmement nucléaire. Une autre initiative coordonnée par l'organisation italienne Comitato per una civiltà dell'amore préconise, dans le cadre du projet "Megatons to Development", de produire du combustible nucléaire à partir du désarmement des ogives nucléaires et d'utiliser le dividende économique pour le développement des pays pauvres.

 

Le désarmement nucléaire au niveau de l'Union européenne

A l'heure actuelle, la politique de l'Union sur le désarmement nucléaire est basée sur la Stratégie européenne de sécurité de 2003 qui identifie la prolifération nucléaire comme étant l'une des principales menaces pour la sécurité ; dans le même temps, l'Union a adopté la Stratégie de lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, dont la mise en œuvre fait l'objet d'une révision par le Conseil tous les six mois. En dehors du "Consortium européen de non-prolifération", créé en 2010, le Parlement européen constitue une autre institution européenne importante à élever la voix - rappelons que l'Union européenne s'est vue décerner le Prix Nobel de la Paix en 2012 - dans le débat sur le désarmement nucléaire. Si l'on passe en revue un certain nombre de résolutions du Parlement européen demandant une action efficace contre la prolifération nucléaire au cours des années précédentes, principalement en liaison avec une Conférence d'examen du TNP, on se rend compte qu'il manquerait une dynamique importante si le Parlement européen restait silencieux cette année à ce sujet.

 

En outre, dans la perspective de la réunion du Conseil européen de juin 2015, il est nécessaire que la Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, travaille à l'élaboration d'une vision à long terme de la politique européenne en matière de sécurité et de défense. Compte tenu de la participation existante de plusieurs Etats membres de l'Union à la prolifération nucléaire, il est d'une importance cruciale que le futur cadre de sécurité stratégique tienne compte des responsabilités de l'Union européenne et de ses Etats membres en matière de non-prolifération et qu'il comporte une politique plausible, axée sur un désarmement nucléaire collectif ayant comme fondement des mesures de renforcement de la confiance.

Marek Misak

COMECE/Justice & Paix Europe

 

 

Version originale de l’article : anglais

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://europe-infos.eu/