Wednesday 28. October 2020
#179- février 2015

 

L'Union européenne peut-elle devenir plus forte sur la scène internationale ?

 

La crise ukrainienne, l'avancée de l'Etat islamique au Moyen-Orient, l'état de sous-alimentation d'un huitième de l'humanité : autant de défis que la nouvelle Commission européenne s'apprête à relever sur la scène internationale.


Compte tenu de la rapidité d'évolution de l'environnement géopolitique, notamment aux portes de l'Union européenne, Jean-Claude Juncker a annoncé dans ses Orientations politiques pour la nouvelle Commission européenne que l'une de ses priorités était d'accroître l'efficacité de la politique extérieure de l'Union. En conséquence, la Commission a intégré dans son Programme de travail pour 2015 le lancement du processus de révision de la politique européenne de voisinage afin d'assurer la stabilité aux frontières orientales et méridionales de l'Union européenne. Le mois de mars prochain verra la publication d'un Livre Vert qui devrait apporter – après une période de consultations publiques – de nouvelles propositions et orientations politiques pour l'avenir.

 

Le quatrième Sommet du Partenariat oriental, qui se tiendra en mai prochain à Riga, constituera la première bonne occasion de réévaluer cette approche. Outre le renforcement des contacts économiques et politiques avec les partenaires de l'Union européenne, ce Sommet doit aussi arriver à trouver une relation équilibrée avec la Russie qui, avec quelques autres pays post-soviétiques, a récemment établi son propre projet d'intégration : l'Union eurasienne. Le Partenariat oriental devrait dissiper l'impression qu'il s'agit d'un "jeu à somme nulle" et d'un instrument de concurrence géopolitique.

 

Mais le processus de révision de la politique européenne de voisinage devra également porter à part égale sur le voisinage méridional. Une approche plus flexible et plus individuelle, associant des actions rapides à des stratégies à long terme, adaptées au contexte, doit être mise au point pour remplacer l'approche actuelle de type plutôt mécaniste, régie par des concepts dépassés où le même schéma est applicable à tous. La nouvelle politique européenne de voisinage devra également s'intégrer correctement dans l'approche globale de l'Union européenne à l'égard des crises et des conflits extérieurs et être plus étroitement rattachée à la politique étrangère européenne dans son ensemble.

 

Il est donc particulièrement important que la politique européenne de voisinage soit mieux alignée sur la politique européenne de sécurité et de défense commune. Le Programme de travail de la Commission souhaite à cet égard "l'utilisation cohérente et coordonnée de tous les instruments à la disposition de l'Union". Comme l'avait demandé le Conseil européen en décembre 2013, une évaluation des nouvelles menaces pour la sécurité mondiale est actuellement en cours. Les 28 dirigeants de l'Union européenne reviendront sur ce dossier en juin prochain et on peut espérer qu'à la lumière des changements touchant l'environnement géopolitique et la sécurité, ils feront alors un pas décisif en direction d'une nouvelle stratégie européenne de sécurité, remplaçant le document périmé de 2003. La nouvelle stratégie doit être mise au point au moyen d'une approche intégrée qui prenne aussi en considération les défis posés à la sécurité intérieure de l'Union, tels que le terrorisme et la menace que représentent les combattants étrangers. En vue de créer une paix durable, cette stratégie doit promouvoir les efforts de réconciliation, que ce soit au niveau de la prévention ou des conséquences des conflits armés, y compris certaines formes de prévention des conflits civils.

 

"Le développement, nouveau nom de la paix"

Cette citation du pape Paul VI, qui soulignait dans son Encyclique Populorum Progressio que les politiques de consolidation de la paix ne devaient pas simplement rechercher "l'absence de guerre" mais aussi "une justice plus parfaite entre les hommes", indique clairement qu'une solide politique de développement doit être un élément indispensable  d'une politique étrangère efficace de l'Union européenne. L'année 2015 - qui a été déclarée "Année européenne du Développement - sera aussi une année cruciale pour l'agenda international du développement, puisqu'il est prévu d'adopter un nouveau programme universel d'objectifs de développement durable pour remplacer les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) de 2000, lors de l'Assemblée Générale des Nations Unies en septembre prochain. L'Union européenne et ses Etats membres sont actuellement occupés à élaborer une position commune au sujet des prochaines négociations. A la suite d'une Résolution du Parlement européen, le Conseil "Affaires Générales" de l'Union a adopté le 16 décembre 2014 des conclusions globales concernant l'attachement de l'Union à "un programme ambitieux (pour l'après-2015), dans lequel nul n'est laissé pour compte". La Commission a également inclus dans son Programme de travail une Communication qui " vise à arrêter une position commune de l’UE sur le partenariat mondial pour atteindre les objectifs de développement durable".

 

Du point de vue de l'Eglise, étant donné la responsabilité des régions développées vis-à-vis de l'aide au développement durable dans le monde, il est important que l'Union européenne présente une proposition vigoureuse, s'attaquant aux causes profondes de la pauvreté, de l'injustice et de l'inégalité. La sécurité alimentaire et le renforcement de la participation de tous les citoyens seront également des caractéristiques importantes du nouveau cadre d'action. La durabilité – comme principe de développement humain général – devra être mesurée en trouvant un juste équilibre entre les aspects sociaux, économiques et environnementaux et la satisfaction des besoins fondamentaux des générations actuelles comme des générations futures, en particulier les pauvres et les personnes marginalisées.

 

L'efficacité de l'action extérieure de l'Union européenne dépendra principalement de sa capacité à assurer une cohérence et une coopération étroite dans toutes ses politiques intérieures et extérieures ainsi qu'une cohérence entre les objectifs de politique étrangère des Etats membres et ceux de l'Union européenne. C'est ainsi que l'Union deviendra plus forte sur la scène internationale.

Stefan Lunte, Marek Misak

COMECE/Justice & Paix Europe

 

Version originale de l’article : anglais

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