Wednesday 28. October 2020
#180- mars 2015

 

125 dignitaires de l'Eglise catholique demandent à l'Union européenne de mettre fin aux minerais des conflits

 

Après le projet de règlement proposé par la Commission européenne l'année dernière en vue de mettre fin à l'utilisation des revenus tirés de l'extraction de minerais pour financer les conflits armés, la discussion sur les minerais originaires de zones de conflit, souvent appelés les "minerais des conflits", se poursuit.


De récentes enquêtes sur les relations commerciales entre l'Europe et l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine ont révélé que des entreprises européennes entretenaient des liens avec des groupes et des forces qui perpétuent la violence et les abus dans de nombreuses régions du monde, lors de la production de nouveaux ordinateurs portables ou téléphones mobiles. Dans de nombreux pays du sud, l'extraction, la transformation et le commerce d'un grand nombre de ressources naturelles contenues dans des produits de consommation vendus en Europe financent des groupes armés qui commettent de graves violations des droits de l'homme.

 

125 dignitaires catholiques du monde entier se sont rassemblés pour lancer un appel sans précédent demandant que les règles de l'Union européenne soient contraignantes et cohérentes. Ils ont également signé une déclaration commune, publiée en octobre 2014, qui continue d'obtenir des appuis de la part des évêques d'Europe et d'ailleurs, surtout à l'heure actuelle dans la perspective des votes d'importance cruciale qui vont se dérouler au Parlement européen.

 

Les évêques de la République démocratique du Congo (RDC), qui savent d'expérience les conséquences qu'ont les minerais des conflits sur les communautés locales, figurent aussi parmi les signataires. La région orientale de la RDC est riche en minerais, mais en dépit de la richesse du sol et du sous-sol en ressources naturelles, la majorité des gens vivent dans la misère. Les enfants ont du mal à avoir suffisamment à manger et ne peuvent souvent pas aller à l'école, car leurs besoins les plus élémentaires ne sont pas satisfaits. Les jeunes vivent sans perspectives d'emploi et n'ont pas de moyens de subsistance suffisants. A la misère s'ajoute la violence, qui est une menace constante en RDC : certains sites miniers sont sous le contrôle de milices et leur exploitation génère des revenus qui alimentent les conflits au lieu d'améliorer les moyens d'existence de la population.

 

"Comme je connais la misère où vit la population et la manière dont l'exploitation anarchique, non-coordonnée, voire illégale des ressources naturelles a contribué à l'appauvrissement de notre peuple, nous n'avons pas hésité à signer", déclare Mgr Fridolin Ambongo, évêque de RDC et président de la Commission épiscopale sur les ressources naturelles. Il ajoute : "Ce que nous espérons, c'est qu'il y ait une législation claire qui réglemente l'exploitation des ressources naturelles et qui oblige les grandes entreprises à respecter les règles et à travailler dans la transparence". Mgr Ambongo et Mgr Fulgence Muteba, évêque de Kilwa-Kasenga (RDC), se sont rendus au Parlement européen en février, accompagnés par la CIDSE. Ils ont eu la possibilité de rencontrer quelques parlementaires de premier plan pour leur faire part du travail de l'Eglise auprès des communautés en souffrance et leur expliquer ce qu'il faudrait faire pour que la réglementation contribue à rompre les liens entre les ressources naturelles et les conflits ; ils espèrent maintenant que leurs demandes seront prises en compte.

 

La République démocratique du Congo est un exemple de l'urgence qu'il y a à réglementer la situation. L'Union européenne a déjà fait preuve en 2013 de sa volonté d'agir avec fermeté en matière de transparence des paiements dans les industries extractives. Les parlementaires européens ont maintenant l'occasion décisive de continuer à s'appuyer sur les succès obtenus en renforçant la proposition actuellement insuffisante de la Commission européenne.

 

L'un des éléments mis en cause dans la proposition de la Commission européenne concerne l'efficacité d'un système volontaire pour atteindre l'objectif de rompre les liens entre les conflits et les ressources naturelles. En RDC et dans la région des Grands Lacs, des règles contraignantes ont récemment été mises en place pour certifier l'origine des matières premières. Les évêques de RDC ont pu constater concrètement l'impact de la Loi américaine Dodd Frank de 2010, section 1502, qui a stimulé la mise en place de changements sur le terrain par les acteurs économiques de toutes nationalités en direction d'un approvisionnement responsable en minerais.

 

Les dignitaires catholiques attirent également l'attention sur la nécessité d'être cohérent au sujet des ressources naturelles concernées. Pour nos sœurs et nos frères qui souffrent d'abus des droits humains et de violence dans les communautés locales, il importe peu que les compagnies minières extraient de l'étain ou de l'or, qui font partie du champ d'application de la proposition actuelle, ou du cuivre et des diamants dans des pays comme le Myanmar ou le Zimbabwe, qui n'en font pas partie. En fait, tous les minéraux peuvent potentiellement être une source de conflit.

 

Rappelons les paroles du pape François au Parlement européen en novembre dernier : "Aujourd’hui, la promotion des droits humains joue un rôle central dans l’engagement de l’Union européenne, en vue de favoriser la dignité de la personne, en son sein comme dans ses rapports avec les autres pays... L’heure est venue de construire ensemble une Europe qui tourne, non pas autour de l’économie, mais autour de la sacralité de la personne humaine, autour de valeurs inaliénables."

 

Denise Auclair

Conseillère politique senior à la CIDSE

 

Version originale de l’article : anglais

 

Video Church leaders united against conflict minerals:

https://www.youtube.com/watch?v=kjVui2lVU0M&feature=youtu.be

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