Thursday 28. May 2020
#181- avril 2015

 

Eurodéputés : La religion reste importante – mais différemment…

 

Dans la liste des intergroupes parlementaires publiée en décembre 2014 figure également un intergroupe pour la liberté de religion et de conviction. Entre-temps, il a commencé ses travaux, en mettant clairement l'accent sur les objectifs.


Dès 2012, avant la création de l’«intergroupe du Parlement européen sur la liberté de religion et de conviction et la tolérance religieuse», un groupe de travail avait été fondé dont le thème était «Liberté de religion ou de conviction». C’était l’initiative de deux députés néerlandais: Dennis de Jong (SP; NGL/GUE) et Peter van Dalen, (ChristenUnie; ECR), qui s’étaient fixé comme objectif en 2009 d’inscrire la liberté de religion et de conviction au sens large à l’ordre du jour de l’Union européenne et du Parlement.

 

L’intergroupe, dont le bureau est composé de 6 députés européens, intervient toujours lorsque des personnes sont persécutées en raison de leurs convictions religieuses ou philosophiques. En toute logique, cela inclut également les hommes et les femmes qui ne se réclament consciemment d’aucune religion. Ainsi l’intergroupe a-t-il condamné l’assassinat des 21 coptes égyptiens en Libye, la persécution de chrétiens et autres minorités religieuses en Syrie, en Irak et au Nigeria, mais également la conversion forcée de jeunes filles hindoues au Pakistan ou la persécution de la minorité musulmane des Rohingyas en Birmanie. Parallèlement, dans une lettre à Federica Mogherini, l’intergroupe a également signalé les pressions que subissent les humanistes et les athées dans de nombreux pays et leur cortège d’oppression et de harcèlement.

 

La religion continue de jouer un rôle

Pour les Églises, la composition de l’intergroupe – balayant l’éventail politique du Parlement – et l’ampleur de son champ d’activité – rappelant et défendant la liberté de religion au même titre que la liberté de conviction non religieuse – peut sembler inhabituelle. La clé de cette ouverture de l’intergroupe se trouve dans une étude scientifique internationale, que le responsable du groupe d’étude, le professeur François Foret, de l’Université libre de Bruxelles (ULB), et Dennis de Jong ont présenté, le 27 janvier 2015, au Parlement européen. Cette étude, qui aborde la question de l’importance de la conviction religieuse (ou explicitement non religieuse) des députés pour leur travail parlementaire et examine à quel point celle-ci les influence (au total, 167 députés au Parlement européen ont participé à cette étude, soit un peu plus de 20 % de l’assemblée), livre des résultats intéressants sans toutefois être totalement inattendus.

 

Première conclusion, la religion joue un «rôle», et cela à plusieurs égards: outre la conviction religieuse individuelle des députés, qui préside à leur action politique, leur sincérité à l’égard de la religion est, en général, également déterminée par l’importance que celle-ci occupe dans l’espace social de leur pays respectif, sachant qu’il existe à ce propos d’assez grandes différences entre les États membres. Les députés arrivent au Parlement européen avec, dans leurs bagages, leurs expériences nationales – la laïcité à la française, l’attitude pragmatique des Britanniques par rapport à la religion, le modèle allemand de coopération ou la polémique aiguë qui oppose actuellement l’Église catholique et les forces anticléricales en Espagne – pour constater ensuite qu’au niveau européen aucun de ces modèle ne peut être complètement transposé et réalisé. Le Parlement européen a vu l’apparition d’un «système de concordance» qui admet de plus en plus les différences religieuses et idéologiques, sans les réduire.

 

Deux autres résultats de cette étude doivent également interpeller les acteurs ecclésiastiques. À l’échelle de l’Europe (bien qu’avec une rapidité et une intensité différentes d’un pays à l’autre), la sécularisation – en tant que diminution de l’importance de la religion établie – gagne du terrain et, partant, l’individualisation de la religion, ainsi qu’une pluralisation du paysage religieux. Parallèlement, on observe de plus en plus un phénomène de «sédimentation culturelle» du christianisme, qui n’a parfois plus grand-chose à voir avec une foi vécue, mais plutôt avec une (supposée) identité culturelle. C’est le cas par exemple de ces mots d’ordre xénophobes tenus en brandissant des croix.

 

Cette étude devrait être pour les Églises une lecture obligatoire et, à parts égales, «consolation et devoir»: la religion garde de son importance, mais dans le cadre de formes sujettes aux évolutions sociales, qui trouveront leur chemin sur le terrain politique. Il convient de s’y préparer et de s’y adapter.

 

Michael Kuhn

COMECE

 

 

Version originale de l’article : allemand

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://www.europe-infos.eu/