Wednesday 28. October 2020
#181- avril 2015

 

Un travail décent – chemin vers la dignité pour tous

 

Quelques mois avant l'adoption prévue du programme de développement durable pour l'après-2015 aux Nations Unies, l'importance d'un travail décent pour le développement durable a été mise en évidence lors d'un débat à haut niveau au Parlement européen.


L'année 2015 ne sera pas seulement l'Année européenne pour le développement, mais ce sera aussi, plus généralement, l'année où des décisions internationales majeures devraient être prises dans ce domaine.

 

Contexte politique

En décembre 2015 se déroulera à Paris la 21ème Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP 21). Les Conférences des Nations Unies sur le climat rassemblent les Etats signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) et les Etats signataires du Protocole de Kyoto. La rencontre de cette année à Paris devrait aboutir à la conclusion d'un accord mondial juridiquement contraignant en matière de climat. Les évêques de la COMECE sont attachés à la protection de la création et suivent donc de près les activités de l'Union européenne dans le domaine de la politique environnementale et climatique. Afin de témoigner de leur solidarité avec la communauté internationale dans le contexte de ces importantes négociations, les évêques ont décidé de tenir leur prochaine Assemblée plénière à Paris cet automne.

 

D'ici là, deux réunions internationales de haut niveau auront donné la possibilité d'approuver un nouveau programme de développement, notamment un ensemble d'objectifs de développement durable, et de se mettre d'accord sur le nouveau partenariat mondial à l'appui de ces objectifs : la troisième Conférence internationale sur le financement du développement à Addis Abeba (Ethiopie) en juillet et le sommet des Nations Unies sur l'adoption du programme de développement durable pour l'après-2015 à New York en septembre. Aujourd'hui, à quelques mois de ces rendez-vous, la préparation de ces deux importantes conférences, des négociations intergouvernementales et des débats entre les parties prenantes bat son plein. A la base de ces discussions se trouvent les 17 objectifs de développement durable qui ont été suggérés par le Groupe de travail ouvert de l'Assemblée générale des Nations Unies et qui sont le fruit d'une longue réflexion sur les enseignements tirés des objectifs du millénaire pour le développement.

 

Dans ce contexte, le secrétariat de la COMECE a organisé un débat au Parlement européen le 17 mars 2015, en collaboration avec les organisations d'inspiration catholique*, sous le patronage de deux membres du Parlement européen, Mme Patrizia Toia (S&D) et M. Davor Ivo Stier (PPE, Rapporteur de la Résolution du Parlement européen du 25 novembre 2014 sur l'Union européenne et le cadre de développement mondial après 2015). Ce débat avait pour thème : "Un travail décent – chemin vers la dignité pour tous".

 

Un travail décent, l'une des pierres angulaires du programme pour l'après-2015

Parmi les 17 objectifs de développement durable qui ont été suggérés, l'Objectif 8 est formulé ainsi : "Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous". Il a pour ambition – comme l'indique l'une des 11 sous-sections de cet Objectif – "de parvenir [d'ici à 2030] au plein emploi productif et garantir un travail décent pour toutes les femmes et tous les hommes, y compris les jeunes et les personnes handicapées, et une rémunération égale pour un travail de valeur égale".

 

Lors du débat au Parlement européen, le Vice-Président de la COMECE, Mgr. Gianni Ambrosio, a souligné dans son intervention l'importance du "travail décent pour le développement durable", en rappelant le rôle essentiel du travail dans l'épanouissement intégral de l'être humain. C'est d'ailleurs aussi le point de départ de la Déclaration des organisations d'inspiration catholique portant sur le travail décent et le programme de développement post-2015. Les organisations mettent l'accent dans cette Déclaration sur l'importance de la protection sociale, de l'éradication de la pauvreté et de la solidarité ainsi que du lien entre solidarité et paix sociale. La Déclaration souligne spécifiquement la situation des groupes de travailleurs les plus vulnérables (en particulier dans l'économie informelle), à savoir les travailleurs migrants et les jeunes. Se référant plus particulièrement à ce dernier point, Mgr. Ambrosio a affirmé : "Nous ne pouvons pas abandonner la jeune génération" et il a insisté sur l'impossibilité de parler de développement durable sans mettre au centre la grave situation du chômage des jeunes en Europe et dans le monde. Mme Toia a ajouté à cette perspective la situation des femmes sur les marchés mondiaux du travail ainsi que le travail des enfants.

 

Une approche fondée sur les droits de l'homme

Les organisations d'inspiration catholique, représentées par Dr. Hildegard Hagemann (Kolping International / Commission allemande de Justice et Paix), se sont félicitées du processus participatif et transparent qui a conduit à la proposition des 17 objectifs de développement durable et ont soutenu le maintien de ces 17 objectifs assortis de leurs cibles. Mais elles ont identifié trois points qu'elles estiment de la plus haute importance pour le succès de leur mise en œuvre : 1) ancrer le programme de développement durable dans un socle solide et cohérent, à savoir les droits de l'homme ; 2) redynamiser et institutionnaliser le dialogue social ; 3) déterminer des indicateurs appropriés pour surveiller l'équilibre entre toutes les cibles au sein de l'Objectif 8.

 

Inverser les tendances actuelles sur les marchés mondiaux du travail

 

M. Steven Pursey, Directeur du Service de coopération multilatérale de l'Organisation internationale du Travail (OIT), a repris l'idée du Secrétaire Général des Nations Unies, qui avait suggéré que "le nouveau cadre devienne un contrat social mondial qui relie les peuples des Nations Unies aux gouvernements des Nations Unies". Dans le cadre de ce contrat social, le travail décent joue un rôle important. "L'économie mondiale ouverte ne produit pas la quantité et la qualité d'emplois dont les gens ont besoin. Les répercussions de cette situation sont préoccupantes sur le plan politique, préjudiciables sur le plan économique et social et elles entravent les progrès sur le plan environnemental. Inverser les tendances actuelles sur les marchés mondiaux du travail et déterminer la voie à suivre pour réaliser les objectifs de développement durable d'ici 2030 constitue un fondement essentiel à la dynamique politique et la coopération nécessaires pour tenir les promesses de l'ensemble du programme de développement. Nous devons donc veiller à ce que la mise en œuvre du nouveau programme soit également encadrée afin de pouvoir réunir, élargir et maintenir un large consensus politique autour d'une action durable, à l'échelon national et international", a déclaré M. Pursey. Dans le contexte d'un large consensus politique visant à mobiliser les acteurs majeurs, il serait essentiel d'inclure les partenaires sociaux, les universitaires et les organisations confessionnelles. Ce point a également été jugé important par les deux députés européens qui étaient les hôtes du débat, Mme Toia et M. Stier.

 

En outre, le nouveau programme de développement exigera des décideurs qu'ils réussissent beaucoup mieux à intégrer les mesures transversales dans tous les objectifs de développement durable, a souligné M. Pursey.

 

Un débat fructueux

L'un des résultats du débat – outre l'importance du travail décent comme pierre angulaire du développement durable – est le fait que le développement est une responsabilité commune mais différenciée qui incombe aux pays économiquement faibles comme aux pays économiquement forts, tels que les Etats membres de l'Union européenne. Elle est commune parce qu'elle doit lier toutes les parties sur un même pied d'égalité ; mais elle est différenciée en ce sens qu'elle exige de chaque pays ce qu'il est capable de faire en fonction de ses capacités.

 

Néanmoins, comme nous l'a rappelé M. Pursey, le programme de développement durable pour l'après-2015 a un caractère universel, ce qui signifie que l'Union s'engage elle aussi à s'occuper du travail décent et des conditions de travail "chez elle" et pas seulement dans ses politiques d'aide à la coopération à l'égard des pays tiers.

 

Compte tenu de tous les éléments qui précèdent, les institutions de l'Union européenne sont appelées à faire le maximum d'efforts en la matière et à faire montre d'une ambition maximale pour que ce programme devienne réalité.

 

Anna Echterhoff

COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

 

 

* Les organisations d'inspiration catholique engagées dans ce projet sont Caritas International (Confédération internationale d'organisations catholiques à but caritatif), l'Union internationale des associations patronales chrétiennes (UNIAPAC), la Commission catholique internationale sur la migration (CCIM), la Coordination internationale de la jeunesse ouvrière chrétienne (CIJOC-ICYCW), la Jeunesse ouvrière chrétienne internationale (IYCW-JOCI), Kolping International/ la Commission internationale de Justice et Paix, Pax Romana et ses membres affiliés (SIIAEC, ICMICA), la Mission permanente d'observation du Saint-Siège auprès de l'Office des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève, le Conseil Pontifical "Justice et Paix" et le Mouvement mondial des travailleurs chrétiens (MMTC-WMCW-WBCA).

 

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