Sunday 31. May 2020
#181- avril 2015

 

L'énigme du changement climatique : les choix de vie sont fondamentaux

 

Comme Néron, occupé à des broutilles pendant l'incendie de Rome, la plupart des politiciens ont opté pour la vie-comme-avant.


La question du changement climatique est rarement absente de l'actualité. La réunion de la COP21 à Paris au début décembre est un point de mire pour 2015, mais ce qui maintient peut-être la problématique en ébullition permanente, c'est la conviction instinctive qu'ont la plupart des gens de l'urgence à prendre des mesures, alors que peu d'entre eux sont disposés à faire eux-mêmes quelque chose de concret.

 

C'est un peu comme pour le Carême : chaque année on prend le Carême au sérieux le jour du mercredi des cendres, mais même si on est spirituellement motivé et que l'on arrive à absorber pendant quarante jours une dose régulière d'auto-flagellation, peu d'entre nous peuvent résister à l'envie de se desserrer la ceinture le jour de Pâques et de prolonger le relâchement de discipline du temps pascal pendant les quarante-six semaines suivantes. Et puis, le coup de clairon du Carême de l'année suivante nous rappelle de nouveau à l'ordre. Notre attitude à l'égard de la problématique du changement climatique est d'une similarité désarmante.

 

Voilà près de dix ans qu'Al Gore a réussi à nous affoler et à nous alarmer tous avec son film spectaculaire, Une vérité qui dérange. A peu près au même moment,  Lord Nicholas Stern, dans le langage froid de la science analytique, calculait l'impact sur l'économie mondiale d'un changement climatique effréné, pour ensuite voir son rapport rejeté par d'autres experts trouvant qu'il comportait "de sérieuses failles". La COMECE avait elle aussi publié un document de réflexion en 2008, postulant que changer de mode de vie était crucial pour résoudre le défi du changement climatique. Nous sommes tous conscients du fait que, en dépit des preuves scientifiques qui sont sous nos yeux, nous traînons les pieds.

 

Comme Néron, occupé à des broutilles pendant l'incendie de Rome, la plupart des politiciens ont opté pour la-vie-comme-avant. Il est clair que les tentatives tant vantées pour négocier un accord de modération à Copenhague et à Lima n'ont absolument pas été à la hauteur des attentes. Il en résulte que les enjeux de Paris et de la COP21 sont encore plus élevés.

 

Et maintenant, il est temps d'aller prendre le pouls de l'homme de la rue qui est parti marcher dans les Ardennes à la mi-mars sous un ciel bleu éclatant, parsemé des traînées de condensation d'innombrables jets. Cette balade de printemps a montré que les prévisions selon lesquelles les voyages aériens devraient augmenter de 100% d'ici 2030 ne sont pas des paroles creuses. Quelques jours après la balade en question dans les Fagnes belges, Sa Majesté la reine Elizabeth II a inauguré le P & O Brittania, un navire de croisière tout neuf qui peut transporter 3.600 passagers et un équipage de 1.350 personnes. Des études ont établi que, quelle que soit la pollution due au trafic aérien, les paquebots et les porte-conteneurs font encore plus de mal à la planète terre. Nous le savons tous, nos cellules grises nous disent que c'est vrai, et pourtant nous continuons à être clients chez Cunard et nous cliquons sur le site web de RYANAIR.

 

La tempérance est l'une des quatre vertus naturelles et le Carême, le Ramadan et le Yom Kippur des religions abrahamiques leur enseignent à quel point la tempérance est bénéfique pour une gestion saine du corps et de l'esprit humain. La tempérance que l'on exerce à l'égard de la manière de traiter notre planète pourrait d'ailleurs être intégrée empiriquement dans le débat sur la COP21. On peut supposer à bon droit que lorsque le pape François s'attaquera à la question de la gérance de la création dans son encyclique tant attendue, il tirera son chapeau - ou, plus exactement, sa calotte - à Thomas d'Aquin et parlera en des termes compréhensibles de tous. Il nous rappellera une vérité que nous reconnaissons tous intrinsèquement à notre sujet et au sujet de notre relation avec la planète terre et nous donnera l'inspiration de galvaniser la force morale que nous avons tous reçue à la naissance pour passer à l'action.

 

Commençons par le plus facile : prendre le bus, sortir la bicyclette, porter ce vieil pull encore une saison, laisser l'e-mail à l'écran plutôt que l'imprimer... Tant de petites choses que vous et moi pouvons faire pour corriger ce que nous savons bien qui ne va pas. Il y a aussi les décisions plus difficiles à prendre que recommandait déjà la COMECE il y a sept ans. Ces décisions sont exposées en détail dans le document, dont le message n'a pas perdu de sa vigueur avec le temps.

 

Une recommandation qui vaut la peine d'être retenue alors que le Carême 2015 disparaît déjà dans le brouillard : recentrons-nous sur les valeurs spirituelles comme source de bonheur et tournons le dos à la consommation ostentatoire. Le défi auquel nous sommes tous confrontés, c'est de se débarrasser des mauvaises habitudes qui alimentent le problème (prolonger les leçons du Carême au-delà de la Semaine Sainte) et développer de bonnes habitudes qui vont contribuer à le résoudre.

 

Patrick H. Daly

COMECE

 

Version originale de l’article : anglais

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