Saturday 28. March 2020
#183 juin 2015

 

Des « vaches sacrées » à Castel Gandolfo ?

 

Tout le monde sait que Castel Gandolfo est la résidence d'été du Pape. En revanche, peu savent que des vaches y paissent et qu'on y fabrique du fromage. Compte-rendu d'un voyage de reconnaissance.


Lorsqu'au début de l'année, le Secrétaire général de l'Association laitière européenne (EDA) s'est enquis auprès de la COMECE de la possibilité de visiter la « fattoria pontifice »,  l'exploitation laitière hébergée à Castel Gandolfo, nous avons dû reconnaître que nous n'en avions aucune idée. Après un échange de courriels avec le Nonce apostolique et l'agence de presse du Vatican, nous avons réuni de plus amples informations : la « fattoria » fonctionne bel et bien et il est parfaitement possible d'en faire une visite officielle. C'est ainsi que nous avons tout mis en œuvre pour organiser cette visite, qui a finalement eu lieu le 7 mai 2015.

 

Elle s'est déroulée dans un contexte particulier, déconnecté d'une simple curiosité professionnelle ou d'une lubie farfelue ; elle était motivée par une question très sérieuse : alors que le Saint Siège s'exprime de plus en plus sur les questions d'écologie, alors que la première encyclique sur l'écologie et le changement climatique doit être publiée cet été, comment le Vatican gère-t-il sa propre exploitation agricole ? Est-elle conforme aux normes d'une agriculture écologique ? Voici les impressions recueillies par Alexander Anton, Secrétaire général de l'EDA et « spécialiste de l'industrie laitière ».

 

Une exploitation laitière papale

À Castel Gandolfo, à une petite heure de route au sud de Rome, le long de la via Appia, après avoir passé le lac d'Albano, le visiteur découvre l'exploitation laitière dirigée par Dr. Alessandro Reali, un domaine de la taille moyenne d'une exploitation laitière bavaroise, ses 34 vaches laitières et ses six salles de traite. Et comme la plupart des exploitations, elle applique un modèle de gestion classique, consistant à transformer sur place les quelque 1 000 kg de lait fournis quotidiennement en fromage, en lait frais, en beurre et en yaourts.

 

La ferme laitière et la laiterie fondée en 1930, ainsi que l'élevage d'environ 500 poulets, l'exploitation de la vénérable oliveraie, des jardins potagers et fleuristes, et l'élevage de quelques vaches destinées à l'engraissement font pourtant partie intégrante de la résidence d'été du Pape, au même titre que la villa Barberini et les somptueux jardins en terrasse du Belvédère. Ainsi, le Vatican est approvisionné directement en fromage, en lait frais, en beurre et en yaourts fabriqués sur le site de la fattoria.

 

« Nous n'avons pas besoin du label Agriculture biologique puisque nous travaillons aujourd'hui encore comme mon père l'a fait ici avant moi. Nos produits devraient d'ailleurs être considérés comme « super bio », explique le directeur de la fattoria papale, M. Alessandro Reali, en marge de la dégustation des trois sortes de fromages produites (ricotta, mozzarella et fromage à pâte dure). « La seule manière de satisfaire aux exigences de qualité imposées à nos produits et à notre production est de garder la main sur toutes les étapes de fabrication. Cela n'empêche  que notre travail s'inscrit dans un modèle économique et que nous commercialisons une partie de nos produits laitiers », souligne M. Reali.

 

Les bêtes, qui évoluent dans une étable à stabulation libre, ouverte et moderne, sont nourries presque exclusivement avec du foin et de l'ensilage produits sur place. L'exploitation, qui s'étend sur un terrain exposé au vent, à 400 m au-dessus du niveau de la mer, offre un environnement permettant aux bêtes de mieux supporter les jours de fortes chaleurs. La laiterie ne se distingue pas non plus des exploitations traditionnelles ou beaucoup plus grandes : la technique de production moderne et les appareils en inox sont strictement adaptés en fonction la quantité de lait attendue.

 

La philosophie de la gestion de toute la fattoria, de l'ensemble de sa production agricole et alimentaire et de ses 20 employés illustre et prouve de manière très concrète que « l'écologie humaine » est un concept reposant sur le respect de la nature en tant que Création, ainsi que sur  la connaissance de la place de l'homme dans la Création (Alexander Anton, Secrétaire général de l'EDA).

 

Lors de sa visite, le représentant laïc du monde agricole a notamment remarqué la propreté des animaux, et le calme et la sérénité quasi-palpables qui régnaient dans l'étable. Cette atmosphère serait le résultat du contact paisible et respectueux avec les animaux, comme me l'ont expliqué des spécialistes. En effet, ces vaches laitières ne seraient pas considérées comme de simples « facteurs de production ultra-performants », dont il faudrait tirer un rendement optimal, mais comme des créatures vivantes dignes de respect.

 

Dans ce contexte, il est intéressant de relever qu'à l'automne, lors de la prochaine Assemblée générale, le Secrétaire général de l'EDA a mis le thème « Éthique et élevage » à l'ordre du jour d'un groupe de travail libre (« break-out session »). Les participants y aborderont certainement la question de la transposabilité de ce modèle « écologique et sensible », qui fonctionne dans les exploitations de taille moyenne comme celle de la fattoria, aux fermes-usines qui concentrent plus de mille bêtes. Cette question, comme l'a révélé la visite, ainsi que la prise en compte du regard critique des consommateurs fournissent des arguments de plus en plus influents. Si la discussion peut réunir l'industrie et la théologie, c'est une bonne chose.

 

Michael Kuhn

COMECE

 

Version originale de l’article :  allemand

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