Sunday 31. May 2020
#184 juillet- août 2015

Le cri des pauvres et de la nature

À propos de la lettre encyclique «Laudato si», du Pape François.

Attendue depuis des mois, faisant anticipativement l’objet de nombreux commentaires et critiques, l’encyclique pour l’environnement du Pape François a été rendue publique le 18 juin. Son message fondamental est le suivant : les dangers du changement climatique et l‘exploitation sans scrupule des ressources naturelles menacent l’avenir de notre planète. La question écologique est une question de justice. La communauté des êtres humains a le pouvoir de changer de cap et d’inverser cette dynamique fatale. Pour cela, la tradition judéo-chrétienne et les religions en général sont porteuses d’un potentiel particulier. Sur ce point, la sauvegarde de la création est un thème œcuménique et interreligieux central.

 

Déjà par le choix de son nom, le Pape François a fait de la sauvegarde de la création l’une des priorités essentielles de son pontificat. C’est pourquoi il a choisi comme titre de son encyclique le début du Cantique de Frère Soleil, de Saint François: «Loué sois-Tu», dans lequel le «Poverello» loue et remercie Dieu pour la beauté de la création. Le sous-titre «Sur la sauvegarde de la maison commune» complète le mode majeur du Cantique des Créatures par un mode mineur. Le premier chapitre de l’encyclique, dans lequel le Pape ne s’adresse pas seulement aux catholiques mais à tous les habitants de la planète, résume le consensus de la communauté scientifique: les dangers du changement climatique relèvent en grande partie des actions et de la responsabilité de l’homme. Outre le réchauffement global, la question de l’eau et la perte de biodiversité sont également abordées. Le diagnostic est clair: «Nous n’avons jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers siècles.»

 

Au deuxième chapitre, le Pape esquisse une théologie et une spiritualité de la création. L’idée centrale est que la création est confiée aux hommes comme un don de Dieu qu’il convient de protéger et de préserver. Nous sommes les administrateurs de notre monde commun. En termes théologiques, la relation troublée de l’homme à la création divine est l’expression du péché. Il en découle l’impératif d’une «conversion écologique», déjà formulée par le Pape Jean-Paul II.

 

La question écologique est constamment entendue comme une question de justice. Cela transparaît dans la mise en parallèle du cri des pauvres et du cri de la nature. Ici aussi, le Pape peut se réclamer de François d’Assise: chez lui, la préoccupation pour la création et le souci des pauvres et des abandonnés étaient étroitement liés. Les responsables de la menace du réchauffement et de la dégradation de l’environnement se trouvent majoritairement dans les pays industrialisés du Nord, ceux qui ont à souffrir le plus de leurs conséquences dans les pays pauvres du Sud. Dès lors, le Pape fait sien le principe des «responsabilités communes, mais différenciées» sur lequel les pays membres des Nations unies se sont mis d’accord lors de leur sommet Planète Terre, tenu à Rio en 1992: les pays industrialisés sont les principaux responsables de la crise écologique mondiale et portent donc une responsabilité plus grande dans la transition vers un développement durable.

 

Parmi les autres thèmes récurrents de l’encyclique, on trouve: la justice entre générations, la critique du paradigme techno-économique et progressiste dominant, la conviction que les questions écologiques, économiques et sociales sont étroitement imbriquées, le concept des «biens communs globaux» tels que l’eau, les océans, les forêts et l’atmosphère, la valeur propre de chaque créature, la nécessité de nouveaux modèles de production et de consommation.

 

Dans sa critique de la modernité, le Pape est fortement influencé par l’ouvrage de Romano Guardini, «Das Ende der Neuzeit» («La fin des temps modernes»): la crise écologique est la manifestation extérieure de la crise éthique, culturelle et spirituelle de la modernité. Ce faisant, il ne verse pas dans un pessimisme culturel, mais nuance son propos en reconnaissant également les côtés positifs de la modernité et du progrès technique.

 

Le Pape François propose, avec cette encyclique, sa Magna Charta écologique à laquelle il se référera certainement, en septembre prochain, à l’occasion des discours qu’il prononcera devant le Congrès des États-Unis et devant l’Assemblée des Nations unies. D’aucuns escomptaient peut-être des propositions d’action encore plus concrètes. Toutefois, le Pape déclare expressément qu’il n’entend pas prendre de décisions sur des questions scientifiques ni non plus se substituer aux politiques, mais inviter à débattre en toute honnêteté et transparence. «Laudato si» est suffisamment riche pour inspirer et nourrir tant la politique internationale que le dialogue œcuménique et interreligieux, ainsi que l’action concrète au niveau des municipalités. L’idée directrice de cette mise en œuvre pourrait être: «Penser globalement – agir localement».

Martin Maier SJ

JESC

 

 

Version originale de l’article : allemand

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