Monday 25. May 2020
#184 juillet- août 2015

L'économie du changement climatique : quid de la dette écologique ?

Le changement climatique a de multiples dimensions : physiques, sociales, politiques et aussi économiques. L'atténuation de ce changement est un défi pour nos économies. L'attentisme n'est plus possible.

Nous avons tendance à associer le changement climatique à des phénomènes tels que les typhons, les inondations ou les sécheresses. Mais ce changement a également des répercussions sur le plan économique et cet article a pour but d'en examiner quelques-unes.

 

L'analyse économique du changement climatique a pris un nouveau départ après la publication du Rapport Stern en 2006. La principale conclusion du Rapport Stern est que les avantages qu'il y a à prendre de bonne heure des mesures énergiques en matière de changement climatique sont bien supérieurs aux coûts de l'inaction. Selon le rapport, si l'on ne fait rien, les coûts globaux du changement climatique équivaudront à perdre tous les ans au moins 5% du produit intérieur brut (PIB) mondial, dès maintenant et dans un avenir prévisible. Ces coûts pourraient passer à 20% du PIB, voire davantage, en cas d'impacts plus importants, et ce pour une durée indéterminée. Le rapport propose qu'1% du PIB mondial par an soit consacré à des investissements pour éviter les pires effets du changement climatique. En 2008, le rapport Stern a fait passer à 2% du PIB son estimation du coût annuel nécessaire pour arriver à une stabilisation, étant donné que le rythme du changement climatique s'est avéré bien plus rapide que prévu.

 

Les effets du changement climatique s'appellent des "externalités" dans le monde de l'économie. Les agents économiques cherchent à tirer profit de leurs activités ou de la satisfaction des besoins, mais ceci cause parfois des effets indésirables : pollution, appauvrissement des ressources naturelles qui ne seront plus disponibles pour les générations futures, ou accumulation de gaz nocifs pour la température globale de la planète. Dans le cas du changement climatique, la difficulté à établir les causes directes des impacts est moins visible que d'autres problèmes environnementaux tels que la pollution ou l'appauvrissement des ressources naturelles.

 

Qu'est-ce que l'atténuation du changement climatique ?

Une question clé dans le domaine de l'économie du changement climatique est le coût des mesures d'atténuation. Les émissions de gaz à effet de serre - et leur accumulation dans l'atmosphère - sont le vecteur de l'intervention humaine à l'égard du changement climatique. Les mesures d'atténuation sont les activités humaines de base qui visent à inverser - ou à limiter - le changement climatique. Il y a deux indicateurs élémentaires pour mesurer le niveau de risque.

 

Le premier est l'augmentation de la température mondiale moyenne : on estime que cette moyenne devrait être maintenue entre 2° et 4°C. Des hausses de la température moyenne dépassant 4°C rendent très difficile d'en prévoir les impacts mais placent nettement ceux-ci dans la catégorie des grandes catastrophes. Le second indicateur est le nombre de molécules de CO2 exprimé en parties par million (ppm), la limite supérieure de sécurité pour les concentrations atmosphériques de CO2 étant de 350 ppm. Ceci veut dire que toute analyse économique tiendra toujours compte de ces indicateurs et s'efforcera de suggérer des actions pour rester au-dessous de ces limites.

 

Si ces éléments sont les indicateurs physiques qui nous avertissent de la gravité des impacts du changement climatique, il est également intéressant d'identifier les secteurs économiques qui ont un impact plus important que d'autres sur les émissions de gaz à effet de serre. Le premier est le secteur de la production d'électricité (41%); viennent ensuite les transports (19%), l'industrie (19%), le bâtiment (13%) et divers autres (8%). Cette répartition nous aide aussi à mieux comprendre dans quelles directions il faut faire des efforts.

 

L'outil d'analyse économique le plus fréquemment utilisé est l'analyse coûts-bénéfices. Pour ce faire, il faut calculer les dommages et calculer les coûts et il faut aussi appliquer un taux d'actualisation. Mais ce type d'analyse n'est pas aussi évident qu'il y paraît, car il y a de fortes incertitudes quant aux dommages. Notons aussi le risque que les pertes soient beaucoup plus importantes que prévu et le problème d'attribuer une valeur monétaire à des pertes qui sont irréversibles (biodiversité). Il n'y a pas que les dommages qui sont difficiles à estimer, les coûts aussi.

 

En outre, les coûts des mesures d'atténuation dépendent du moment où la politique est mise en œuvre. Plus elle met du temps à lancer des actions, plus ces actions seront coûteuses, mais plus la probabilité augmente de disposer d'une meilleure technologie susceptible de réduire les coûts. Il y a aussi la question du prix attribué au carbone, comme on l'a vu dans les mécanismes d'échanges déjà en place : si ce prix n'est pas réaliste, il ne fournit pas d'informations pertinentes et empêche les transactions. La coopération internationale est également importante car plus il y aura de pays participants, plus il sera facile d'atteindre les objectifs de limitation des émissions. Enfin, en ce qui concerne les objectifs mêmes des concentrations en CO2, on peut dire que plus ils sont ambitieux, plus ils seront coûteux à atteindre. Le taux d'actualisation a lui aussi des répercussions : selon la période d'actualisation - nous parlons ici de longues périodes - il peut conduire à des conclusions fort différentes.

 

L'analyse coûts-bénéfices démontre les efforts de l'économie pour orienter les mesures dans le domaine du changement climatique. Outre le coût des mesures d'atténuation, l'économie du changement climatique doit s'attaquer à des sujets tels que le coût de l'adaptation, une question qui reste ouverte car il est impossible de prévoir aujourd'hui jusqu'où l'adaptation sera nécessaire pour préserver la vie sur terre.

 

Un autre problème est le transfert des ressources vers les pays moins développés, la "dette écologique" reconnue par le pape François dans son encyclique Laudato si - un transfert de ressources qui sert à la fois au financement des efforts en matière d'atténuation et au partage des technologies. Le revers de la médaille, c'est comment financer toutes ces opérations ; des taxes ad hoc paraissent inévitables. La collaboration public-privé est indispensable mais en définitive, la seule option réaliste est le développement d'une économie capable de passer à des modes de production et de consommation plus durables.

 

José Ignacio Garcia

JESC

 

Version originale de l’article : anglais

 

Teilen |
europeinfos

Published in English, French, German
COMECE, 19 square de Meeûs, B-1050 Brussels
Tel: +32/2/235 05 10
e-mail: europeinfos@comece.eu

Editors-in-Chief: Martin Maier SJ

Note: The views expressed in europeinfos are those of the authors and do not necessarily represent the position of the Jesuit European Office and COMECE.
Display:
http://www.europe-infos.eu/